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France

La ministre des cultes remercie l’Eglise catholique

vendredi 6 juillet 2007, par Jeanne Favret-Saada

Le 4 juillet dernier, la Conférence des évêques de France inaugurait ses nouveaux locaux en présence de nombreux représentants des religions, mais surtout de représentants de l’Etat français. Au point, selon La Croix du 5 juillet, que « les vieux murs semblaient brisés, entre Eglise et Etat ». Il y avait là trois ministres, Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur (en charge des cultes), Christine Boutin, ministre du logement et de la ville, et Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie. Emmanuelle Mignon, directeur du cabinet du président de la République, était également présente.

La ministre des cultes a exprimé l’étrange idée qu’elle se faisait de la laïcité : « La conception française des relations entre l’Etat et les cultes est fondée sur la neutralité de l’Etat. Elle repose aussi et surtout sur la tolérance, le dialogue, la confiance et bien entendu le respect des missions de chacun. » Pauvre petite « neutralité », désormais éclipsée par cet « aussi et surtout », et bien seulette en compagnie de ses nouvelles camarades, « tolérance », « dialogue », « confiance » et, « bien entendu », « respect ». Il est bien fini, le temps où la dimension du « dialogue de l’Etat avec les religions » était « occultée ou minimisée au profit d’une présentation simpliste, réductrice et même parfois défensive ». MAM « regrette » que cela ait pu avoir lieu.
Elle évoque en termes sans la nommer la commission Machelon (2006), dont la « démarche démarche lucide, ouverte et sereine a été appréciée de tous. » Tellement appréciée, qu’elle va en tirer « très prochainement », des « solutions pragmatiques, partagées et équilibrées aux questions soulevées en matière d’exercice du culte ». Etrange. Cette commission voulait modifier deux articles de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 afin que l’Etat puisse assurer le financement direct des lieux de culte. Devant le tollé, Nicolas Sarkozy avait affirmé dans La Croix qu’il n’en ferait rien. Donc il y revient ? Attendons. Pour l’instant, notre ministre du culte nous assure qu’elle « ne souhaite pas remettre en cause l’équilibre qui est le nôtre au cœur du Pacte français ». Contentons-nous de sursauter : un « Pacte », avec une majuscule, la Loi de 1905, ou la fin d’une guerre qui, de la Révolution à 1905, a mis aux prises, l’Eglise catholique et l’Etat français ?

Tout au long de son discours, notre ministre des cultes paraît obsédée par la « modernité » que, cela va de soi, elle repère exclusivement dans le gouvernement Sarkozy (et ses idées « modernes » sur la laïcité), et l’Eglise catholique. Et si vous aviez quitté la salle en signe de protestation, vous auriez manqué la péroraison : « Dans un monde qui a vu s’effondrer la plupart des repères idéologiques et moraux, les religions ont plus que jamais vocation à éclairer la société, qu’elle soit civile ou politique. Je remercie l’Eglise catholique de la contribution déterminante qu’elle apporte à ce débat. »