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France : Pas de laïcité à géométrie variable !

mardi 11 juillet 2017, par siawi3

Source : http://www.huffingtonpost.fr/caroline-fourest/creche-mairie-laicite_a_21589093/

Jésus en mairie ou les dangers d’une laïcité à géométrie variable

La laïcité à géométrie variable est toujours un mauvais signal. Comment faire accepter d’enlever son voile en classe si l’on tolère le santon de Jésus dans les mairies ?

21/10/2016 18:15 CEST | Actualisé 23/10/2016 12:34 CEST

Caroline Fourest
Essayiste, journaliste, éditorialiste, scénariste et réalisatrice engagée en faveur de l’égalité et de la laïcité et des droits de l’Homme

Levons tout de suite un malentendu. On peut être laïc et adorer les crèches de Noël. Surtout lorsqu’on a grandi en Provence, ce qui est mon cas. Je garde un souvenir ému de ces moments : les balades en forêt pour aller chercher la mousse, l’achat des santons au marché (les rois mages étaient mes préférés), la composition du village, comme un théâtre, sur la cheminée. Moments magiques.

La loi de 1905 n’interdit à aucune famille de reproduire cette magie de Noël, chez elle ou au marché. La question est de savoir s’il faut mimer la naissance de Jésus, sur fonds publics, dans nos maisons communes que sont les Mairies ou les Conseils généraux ? La réponse est non.

La loi de 1905

Même aux Etats-Unis, cette pratique est jugée contraire au "Mur de Séparation". En France, la loi de 1905 et son article 28 sont très clairs : "Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics".

C’est pour défendre cette séparation, notre laïcité commune, que la Libre Pensée a porté plainte contre plusieurs mairies et conseils généraux violant la loi. Un tribunal administratif lui a donné raison contre le Conseil Général de Vendée. Depuis des années, il choisit d’exposer dans son hall, sur fonds publics, deux statues géantes de Jésus et Marie...

Une gifle à la Séparation que l’on doit à Philippe de Villiers, parfait ambassadeur de cette Vendée cléricale et anti-laïque, sauf bien sûr s’il s’agit de guerroyer contre l’Islam. Toujours un peu rétif à accepter la loi des hommes, le vicomte a qualifié le rappel à la loi républicaine de "totalitaire".

Quant au maire de Béziers, Robert Ménard, il a carrément appelé à la "désobéissance civile" et installé une crèche de Noël dans sa mairie.

Dans ces deux cas, au moins, les choses sont claires. En bafouant la loi de 1905, en traitant la République de dictature anti-chrétienne lorsqu’elle veut faire respecter la Séparation, l’extrême droite et la droite cléricale se dévoilent... Leur conversion tardive à la laïcité n’est qu’un leurre et une conviction uniquement valable pour l’Islam. Autant dire une imposture parfaite.

Mais d’autres citoyens, de bonne foi cette fois, ne voient pas où est le problème. Ceux-là doivent lever leurs yeux des santons et voir plus loin. Car c’est tout l’équilibre de la Séparation que menacent l’ouverture du bal des accommodements. Si on fait une exception pour le petit Jésus, pourquoi ne pas le faire pour d’autres ?

L’engrenage des accommodements

En cédant à la mode sympathique des crèches de Noël, la France risque de mettre le doigt dans un engrenage de revendications et de rivalités communautaires sans fin.

La laïcité à géométrie variable est toujours un mauvais signal. Comment faire accepter d’enlever son voile en classe si l’on tolère le santon de Jésus dans les mairies ?

En matière d’égalité des religions, il n’existe que deux chemins. Soit vous veillez à ne pas privilégier une religion sur une autre par la Séparation, soit vous les reconnaissez toutes et c’est la course aux dérogations. Ce qu’il nous faut, c’est une règle claire et valable pour tous.

Besoin d’un avis clair du Conseil d’Etat

En Vendée, la Libre pensée a gagné. Mais à Melun, contre une autre crèche en marie, elle a perdu. Les décisions de justice variant d’une ville et d’un tribunal à l’autre, il a donc fallu se tourner vers le Conseil d’Etat pour y voir clair.

Son rapporteure public, Aurélie Bretonneau, estime que l’article 28 de la loi de 1905 "n’interdit pas d’installer des crèches sur le domaine public", à moins d’une "intention religieuse". C’est donc une autorisation "sous conditions", qui manque de précision.

S’il s’agit seulement d’interdire le "prosélytisme religieux", comme le précise la rapporteure, certains maires auront vite fait de considérer que représenter un enfant dans une crèche n’a rien de particulièrement "prosélyte".

En réalité, c’est la présence même de signes ou de personnages liés à une religion qui doit être, plus clairement, interdit. La solution que je propose dans Génie de lalaïcité va dans ce sens. Elle respecte à la fois la tradition et l’article 28 de la loi de 1905 : oui aux crèches culturelles, mais sans signe religieux dans les bâtiments publics.

Des crèches profanes

On peut composer des crèches mettant en scène un village provençal, sans Jésus ni Rois mages, ni Joseph ni Marie. Il y a bien d’autres personnages parmi les santons. Certains racontent les vieux métiers de Provence : un meunier, un puisatier... Ces crèches-là nous parlent de nos régions, de notre culture, de ce qui nous rassemble et non de ce qui nous divise. Ces crèches-là, culturelles, non confessionnelles, peuvent avoir leur place dans des bâtiments publics.

À l’image du sapin de Noël, ce beau symbole païen récupéré par les chrétiens, et qui transcende les frontières religieuses. L’"arbre de vie", comme les fêtes de fin d’année, marquent surtout le passage à l’hiver. Vouloir purger l’espace public d’un sapin ou d’un santon, par peur de froisser les "autres cultes", relèverait de l’acculturation. Afficher un Jésus dans nos mairies trahit un vieux de fond de suprématie identitaire.

Entre les deux, personne n’a rien trouvé de mieux que le chemin de la Séparation. Elle nous permet de trier le bon grain de la culture de l’ivraie de la domination.

°°°

Source : http://www.huffingtonpost.fr/caroline-fourest/interdiction-burkini-plage_b_11539556.html

À propos du burkini et du grotesque

16/08/2016 11:28 CEST | Actualisé 05/10/2016 16:58 CEST

Caroline Fourest
Essayiste, journaliste, éditorialiste, scénariste et réalisatrice engagée en faveur de l’égalité et de la laïcité et des droits de l’Homme

Les arrêtés pris par la mairie de Cannes et d’autres mairies de droite du sud pour interdire le burkini, juste après l’attentat de Nice, ont fait sourire Outre-manche et Outre-Atlantique. En France aussi, beaucoup y ont vu une polémique dérisoire, preuve d’une focalisation aberrante sur l’Islam. Il est vrai que la démarche interroge quand elle vient de maires se souciant des droits des femmes l’été, à la plage, mais soutenant les mouvements intégristes ayant retiré les enfants des écoles en raison de programmes voulant les sensibiliser aux stéréotypes de genres le reste de l’année...

La plage n’est pas l’école. Les nageuses ne sont pas des élèves ni des mineures. Refuser qu’on se couvre la tête dans un lieu civique, d’éducation à la citoyenneté et à l’égalité, est une chose. Obliger quelqu’un à se dévoiler dans un lieu de plaisance est plus excessif, sauf bien sûr s’il s’agit d’une plage privée qui possède un règlement.

L’interdiction est plus justifiée dans les bassins de piscine où chacun est censé respecter une tenue réglementaire, relevant de la décence ou de l’hygiène. Les hommes, par exemple, n’ont pas le droit de se baigner en short long. Les femmes n’ont pas le droit de se baigner seins nus. Pourquoi ceux qui invoquent la religion seraient-ils les seuls à pouvoir obtenir des aménagements ?

En revanche, interdire le burkini à la plage, alors que d’autres s’y baignent habillés, n’est pas très cohérent, ni très efficace. Comme pour le voile à l’université, ceux qui croient pouvoir faire reculer la mode intégriste en l’interdisant partout se trompent. Ils obtiendront l’effet contraire à celui recherché : faciliter la propagande victimaire et donc la mode du burkini chez les plus jeunes ou les plus influençables.

Dans tous les cas, qu’on soit pour ou contre l’interdiction, rien ne justifie de sombrer dans l’excès consistant à faciliter cette propagande — en se solidarisant avec ces signes régressifs et sexistes, comme s’il s’agissait d’objets sacrés ou de piliers de l’Islam. Edwy Plenel a battu tous les records d’indécence en publiant sur Mediapart un article sur le Burkini intitulé "un vêtement comme les autres", et en tweetant une photos de nageuses en costume de petits baigneurs datant de la Belle époque, il y a plus d’un siècle, avec cette légende : "Bains de mer habillés en France (sans musulmanes). Liberté des corps = liberté des vêtures." Ce qui revient à mettre un mouchoir sur un siècle de libération, Mai 68 et le MLF compris, pour défendre la réaction... Car il s’est passé un micro-détail depuis le début du vingtième siècle : la libération des femmes et des corps justement. Soutenir le fait de couvrir les corps des femmes comme s’il s’agissait d’une "liberté" et non d’un retour en arrière témoigne d’un esprit profondément réactionnaire, qu’aucun progressiste ne peut soutenir sans trahir son profond machisme orientaliste.

Toute personne un tantinet féministe ou simplement inquiet du radicalisme se sentirait mal à l’aise à l’idée de se baigner à côté d’une femme ou d’un groupe de femmes en burkini. Porter ce maillot intégriste sur la plage revient à dire aux autres qu’ils sont indécents ou que leur semi-nudité vous obsède. Fatigant. Quand on va à la mer, c’est pour se détendre, pas pour se prendre les problèmes psychologiques ou les convictions idéologiques des autres en pleine figure. Si quelqu’un est si mal à l’aise avec son corps et croit en la pudeur, il peut tout simplement éviter de se baigner en public et choisir des espaces plus pudiques... Comme une piscine privée ou sa baignoire.

Si ces nageuses persistent dans l’incohérence, sans vouloir l’interdire sur la plage, on a bien le droit de se lever pour aller se baigner ailleurs voire d’envoyer à son tour un message : en optant pour le nudisme.