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Arabie saoudite : Les fidèles défendent l’imam mélomane

Un pied de nez aux obscurantistes

samedi 28 octobre 2017, par siawi3

Source : https://www.courrierinternational.com/article/2010/07/21/les-fideles-defendent-l-imam-melomane

Arabie saoudite. Les fidèles défendent l’imam mélomane

Khalaf Al-Harbi

Publié le 21/07/2010 - 16:53

Les fidèles saoudiens ne sont pas laissés impressionnés par les déclarations des oulémas.

Des milliers de personnes ont assisté au prêche de l’imam Al-Kalbani vendredi 16 juillet. Ce dernier venait pourtant d’être stigmatisé par le Conseil des grands oulémas saoudiens pour avoir affirmé que la musique était licite. Un pied de nez aux obscurantistes, se félicite le chroniqueur saoudien Khalaf Al-Harbi, dans le quotidien koweïtien Al-Jarida.

Vendredi dernier, à l’heure de la grande prière, le peuple saoudien a
envoyé un message retentissant aux forces de l’extrémisme. Ces forces avaient décrété qu’il ne fallait plus prier sous l’autorité de l’imam Adel Al-Kalbani.
En effet, Saleh Fawzan [un des membres les plus éminents du Conseil des grands oulémas du royaume wahhabite] avait publié une fatwa enjoignant aux Saoudiens de le boycotter. La raison ? Al-Kalbani avait dit que la musique et le chant n’étaient pas interdits par la religion. L’on pouvait penser qu’après cette condamnation le nombre de fidèles allaient se compter sur les doigts d’une seule main dans la mosquée Al-Mouhaissan à Riyad, où officie Al-Kalbani. Or celle-ci a été littéralement envahie par la foule. Pas moins de 5 000 personnes ! Les extrémistes ne s’étaient absolument pas attendus à être contredits par une foule qui représente la majorité silencieuse, ces millions de sans-voix qui se rendent intuitivement
compte que le repli, la crispation et l’extrémisme sont contraires à la
tolérance de l’islam [Pour un portrait d’Al-Kalbani, ancien imam de la grande mosquée de La Mecque, voir CI n° 977].

Les forces de l’obscurantisme étaient confiantes et pensaient apporter la preuve que ce sont elles qui influencent et dirigent la population. Elles pensaient que les autres, tous ceux qui refusaient de se ranger sous leur autorité, allaient comprendre qu’ils étaient condamnés à se retrouver seuls, au ban de la société. Or rien ne s’est passé comme elles le pensaient. Le choc infligé à ces forces-là est historique.

Cette affluence s’explique en partie par des appels sur Internet, même si le temps imparti pour les lancer n’a pas excédé quarante-huit heures, mais la foule n’a pas été composée uniquement de jeunes internautes. Il y avait également des hommes âgés, dont l’un s’est confié à nos confrères du quotidien saoudien Al-Watan.
“Al-Kalbani, ne serait-il pas musulman ? Alors, comment peut-on lui
interdire de conduire la prière ?” Et un autre d’ajouter : “Attendez le ramadan [qui débute à la mi-août] ; vous allez voir le nombre de gens qui vont prier avec lui !” Voici donc Al-Kalbani qui monte en chaire et commence son prêche. Il est plus sage que ses adversaires, puisqu’il ne profite pas de sa place pour régler des comptes personnels, pour défendre telle ou telle faction ou pour mener des batailles idéologiques. Il se contente de parler de bonnes et de mauvaises actions, sujet conforme à l’éthique religieuse.

C’est la première fois que les extrémistes me font autant pitié. Pendant des années, ils nous ont fait croire qu’ils pouvaient parler au nom de la société et que tous les autres étaient quantité négligeable, des minorités de gauchistes sur le déclin et de libéraux sans ancrage dans la population. Ils ont commis une erreur stratégique en fixant l’heure et l’endroit où ils comptaient tester leur popularité. On la croyait écrasante ; elle s’est révélée illusoire. Ils ont commis d’autres erreurs. Ainsi avaient-ils tort de penser que les sentiments religieux et la sympathie spontanée de la population pour tout ce qui est musulman signifiait adhésion aveugle à leurs idées. De même, en se focalisant trop sur la personne d’Al-Kalbani et en l’attaquant sans retenue, ils l’ont fait apparaître dans le rôle de la victime et ont suscité l’empathie autour de lui.

Il est certain que nombre de ceux qui ont prié avec Al-Kalbani ne pensent pas comme lui que la musique est licite. Mais de là à l’interdire de prêche, il y a un pas qu’ils n’étaient pas prêts à franchir. Ils ont donc voulu se joindre à ce message de la majorité silencieuse : non à l’extrémisme !