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Italie : Face aux appels à la haine de l’extrême droite, des milliers de manifestants antifascistes à Macerata

lundi 12 février 2018, par siawi3

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/02/10/italie-des-milliers-de-manifestants-antifascistes-a-macerata_5254914_3214.html#qKm16ERqsIJQzT38.99

Italie : des milliers de manifestants antifascistes à Macerata

Le 3 février, Luca Traini, un jeune homme aux tatouages d’inspiration fasciste, avait tiré sur une dizaine d’Africains à travers la ville, en blessant six.

Le Monde.fr avec AFP

10.02.2018 à 17h22 • Mis à jour le 11.02.2018 à 06h33

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Des milliers de personnes ont défilé, samedi 10 février, à Macerata contre le fascisme.

Des milliers de personnes ont défilé contre le fascisme, samedi 10 février, à Macerata, une semaine après la fusillade raciste qui a fait six blessés dans cette ville du centre de l’Italie.

Lire aussi : En Italie, la petite ville de Macerata frappée de sidération après l’attentat

Les manifestants, venus parfois de loin, ont commencé à défiler dans le calme à l’appel d’associations antifascistes, d’ONG, de syndicats mais aussi de quelques formations politiques de gauche. La préfecture a estimé leur nombre à 10 000, tandis que les organisateurs ont avancé le chiffre de 30 000 personnes.

Beaucoup agitaient des drapeaux de leur mouvement, en chantant Bella ciao et d’autres classiques de l’antifascisme, mais certains avaient apporté des drapeaux italiens. « S’il y a des chômeurs, c’est la faute du gouvernement, pas des migrants », ont scandé les manifestants.

Crainte de débordements

A Macerata, le maire, Romano Carancini (centre gauche), avait pourtant demandé l’annulation de tous les rassemblements pour laisser la ville souffler. Mais la préfecture a donné son autorisation, vendredi soir, pour celui de samedi, à condition que le cortège longe les murs de la ville, sans pénétrer dans le centre historique.

Par crainte de débordements, les écoles sont restées fermées, la messe du samedi soir a été annulée et la plupart des commerces ont fermé à la mi-journée. Le dispositif policier était discret, même si un hélicoptère survolait la ville.

Jeudi soir, des heurts avaient éclaté quand plusieurs dizaines de militants du groupuscule d’extrême droite Forza Nuova avaient manifesté contre l’immigration et adressé le salut fasciste à la police.

D’autres rassemblements, de moindre ampleur, ont eu lieu samedi à travers le pays, comme à Milan, où une manifestante a brandi une pancarte implorant : « Etrangers, ne nous laissez pas seuls avec les fascistes ». A Piacenza (Emilie-Romagne), de échauffourées ont éclaté entre plusieurs dizaines de manifestants antifascistes et les forces de l’ordre.

Lire aussi : En Italie, des heurts à Macerata entre extrême droite et forces de l’ordre

Affaire « close »

Il y a une semaine, Luca Traini, un jeune homme au crâne rasé et aux tatouages d’inspiration fasciste, avait tiré sur une dizaine d’Africains à Macerata, faisant six blessés.

Il a déclaré avoir agi pour venger la mort de Pamela Matropietro, une jeune fille de 18 ans dont le corps a été retrouvé découpé en morceaux, après l’annonce de l’arrestation d’un dealer nigérian soupçonné d’être impliqué dans ce crime.

Deux autres Nigérians ont été arrêtés depuis, et le procureur a annoncé, samedi, devant des médias que l’enquête était « close » et qu’il s’agissait probablement d’un homicide volontaire, alors que la thèse d’une overdose avait été évoquée.

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Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/06/italie-l-inquietante-surenchere-de-la-droite_5252358_3232.html#GqASOrHLd4pjI6UG.99

Italie : l’inquiétante surenchère de la droite

Editorial. En pleine campagne des législatives, l’attentat de Macerata a ressoudé la fragile coalition constituée autour de la droite berlusconienne, des postfascistes et de la Ligue du Nord.

LE MONDE | 06.02.2018 à 10h09 • Mis à jour le 06.02.2018 à 10h55

image : http://img.lemde.fr/2018/02/05/0/0/4448/2965/534/0/60/0/24acfa0_55fc46b27e074809a7a9a4cde9a47e79-55fc46b27e074809a7a9a4cde9a47e79-0.jpg
L’ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi, avec en arrière-plan Matteo Salvini, le dirigeant de la Ligue du Nord, lors de l’enregistrement d’une émission télévisée sur la RAI, à Rome, le 11 janvier 2018.

Editorial du « Monde ».

Il n’est jamais bon signe, lorsque des crimes ont été commis, de voir une partie de l’opinion s’acharner sur les victimes. Ce spectacle désolant, c’est celui que donne l’Italie depuis l’attentat commis, samedi 3 février, par un jeune homme, Luca Traini, qui a ouvert le feu sur des migrants africains au pied du monument aux morts de la petite ville de Macerata, dans le centre du pays, blessant six personnes.

S’il ne s’était agi que du coup de folie d’un simple désaxé, l’attaque aurait été sans doute condamnée sans tergiversation. Mais voilà, l’auteur des faits était militant de la Ligue du Nord, il avait même été présenté aux élections municipales sous les couleurs de ce parti, au printemps 2017. Et, en se ceignant d’une écharpe tricolore avant d’effectuer un salut fasciste en criant « Viva Italia ! », il a clairement cherché à donner à son geste de vengeance – quelques jours plus tôt, un migrant nigérian avait été interpellé pour le meurtre sordide d’une italienne de 18 ans – une dimension politique. De ce point de vue, à moins d’un mois des élections législatives du 4 mars, Luca Traini a réussi au-delà de toute espérance.

Appel à la haine

Depuis samedi, la droite italienne dans son ensemble s’est livrée à une inquiétante surenchère. Dans un bel unanimisme, après avoir dénoncé de façon expéditive le geste d’un « déséquilibré », ses chefs s’en sont pris au gouvernement de centre-gauche, l’accusant d’avoir favorisé ces dernières années une véritable invasion migratoire. Le dirigeant de la Ligue, Matteo Salvini, dont les appels à la haine n’ont rien fait pour apaiser le climat, a ainsi claironné son impatience d’entrer au gouvernement pour « ramener la sécurité, la justice sociale et la sérénité » en Italie, tandis que Silvio Berlusconi ­promettait d’expulser 600 000 migrants ­illégaux, tous « prêts », selon lui, à commettre des crimes.

Lire aussi : Attentat de Macerata en Italie : la droite condamne, mais incrimine le gouvernement

Ainsi donc, « grâce » à Luca Traini, la fragile coalition constituée autour de la droite berlusconienne, des postfascistes et de la Ligue du Nord, qui peinait depuis des mois à masquer ses dissensions sur la politique économique ou l’Europe, s’est soudain ressoudée, face à un bouc émissaire facile.

Devant cette dérive, les appels à la raison du premier ministre, Paolo Gentiloni, semblent inaudibles. Il faut dire que, ces derniers mois, les attaques du ministre de l’intérieur, Marco Minniti, contre les ONG humanitaires opérant en Méditerranée ont largement contribué à alourdir le climat en accentuant le rejet des candidats à l’asile.

L’Europe, de son côté, pourra difficilement éviter un examen de conscience, tant son incapacité à aider l’Italie, laissée seule face à l’urgence migratoire depuis plusieurs années, aura contribué à attiser une colère sur laquelle ont prospéré la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles.

Lire aussi  : En Italie, l’attentat de Macerata bouscule la campagne des législatives

Quant à Silvio Berlusconi, qui a pris le parti de s’aligner sur les positions de Matteo Salvini, sans doute pour mieux garder le contrôler de cet allié encombrant, il pourrait bien avoir perdu dans l’opération les bénéfices de la campagne que ses partisans avaient entreprise ces derniers mois pour restaurer sa crédibilité auprès des instances européennes. Affaiblissant du même coup l’hypothèse de constituer au lendemain du vote une « grande coalition » allant de la gauche à la droite modérée, dernière planche de salut de ceux qui cherchent à éviter des secousses susceptibles, au lendemain du 4 mars, d’ébranler l’Europe entière.