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Triomphe des populismes : comment l’Italie est devenue un pays "Vaffanculo"

lundi 5 mars 2018, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/triomphe-des-populismes-comment-l-italie-est-devenue-un-pays-vaffanculo?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ==

Europe
Triomphe des populismes : comment l’Italie est devenue un pays "Vaffanculo"

Par Étienne Girard

Publié le 05/03/2018 à10:20

Les populistes du Mouvement 5 étoiles apparaissent comme les grands gagnants des élections législatives de ce dimanche 4 mars en Italie, devant les xénophobes de la Ligue. Les partis traditionnels sont écrabouillés et aucune majorité claire ne se dégage.

C’était il y a moins de quatre ans, soit des siècles en politique italienne. Le 25 mai 2014, le Parti démocrate emmené par le président du Conseil Matteo Renzi, obtenait un score historique de 40,8% aux élections européennes. Avec le centre-droit et Forza Italia de Silvio Berlusconi, les partis traditionnels de gouvernement, européistes et modérés, dépassaient même les 60%, face àdes forces antisystème ringardisées. Ce dimanche 4 mars, le rapport de force s’est brutalement inversé. Selon les résultats provisoires des élections législatives, les deux premiers partis du Parlement devraient être le Mouvement 5 étoiles du jeune député Luigi Di Maio (plus de 30%), mouvement dégagiste et profondément antisystème, et la Ligue, le parti d’extrême droite de Matteo Salvini, grand ami de Marine Le Pen, qui arriverait en tête de la coalition conservatrice.

Un tremblement de terre imprévisible ? Pas vraiment tant depuis quatre ans les pièces du puzzle populiste se mettent en place. Que ce soit sur le front de l’emploi, de l’exemplarité des élus ou de l’immigration, aucune réforme n’a trouvé grâce aux yeux des électeurs.

Social-libéralisme rejeté

Social-libéral assumé, Matteo Renzi promettait de faire refluer le chômage grâce àson « Job Act  ». Cette loi, votée en mars 2015, porte àtrois ans la période d’essai d’un CDI. Résultat, le chômage a baissé… mais pas tant que ça. Alors qu’il était de 12,6% en mai 2014, il est désormais de 11%. Dans le même temps, la précarité a explosé et le taux de chômage des jeunes (32,7%) demeure colossal.

Inquiétudes face àl’immigration

En Italie comme en France, l’immigration est un sujet explosif. Alors qu’en 2016, quelque 180.000 migrants ont accosté en Italie, le ministre de l’Intérieur démocrate Marco Minniti a mis en place une politique ultra-répressive plutôt qu’un plan d’intégration. En 2017, le nombre d’arrivées a baissé de plus de 30%, pour se porter à120.000 migrants. Toujours trop pour Silvio Berlusconi, qui a dénoncé pendant la campagne « la bombe sociale que représentent les immigrés. 600.000 n’ont pas le droit de rester en Italie et vivent de petits crimes et d’expédients.  » Et d’ajouter : « Nous les expulserons.  » Le solde négatif entre les naissances et les décès (-183.000 personnes en 2017) favorise l’émergence de théories du « grand remplacement  » au sein de la société italienne.

Finalement, le vieil adage politique qui veut que les électeurs « préfèrent l’original àla copie  » s’est encore une fois vérifié. La xénophobe Ligue, alliée de Silvio Berlusconi, est arrivée en tête des partis de droite. Quant au M5E, il tire profit d’un discours très dur contre l’immigration, développé depuis la création du parti.

Pas de majorité claire

Pourtant, malgré son statut de premier parti d’Italie, le Mouvement 5 étoiles ne devrait pas être en mesure de gouverner. La faute au mode de scrutin illisible concocté… par les partis traditionnels, le Parti démocrate et Forza Italia. Tout n’est évidemment pas de la faute des sociaux-démocrates. En décembre 2016, le projet de réforme constitutionnelle de Matteo Renzi, qui prévoyait justement de changer le système électoral pour permettre au parti arrivé en tête aux élections législatives de gouverner, a été repoussé par 59% des électeurs.

Les parlementaires se sont donc attelés àrédiger un nouveau texte… qui empêche l’émergence d’une majorité claire, si aucune coalition n’obtient plus de 40% des voix. Cette nouvelle loi, nommée Rosatellum du nom de son architecte, le député démocrate Ettore Rosato, a été perçue par les observateurs comme un moyen d’empêcher le mouvement fondé par l’humoriste-activiste Beppe Grillo - qui s’est fait connaître en organisant des journées "Vaffanculo" (littéralement,"va te faire foutre") contre les élites
politiques - d’accéder au pouvoir. Le Mouvement 5 étoiles a profité de ce barrage dressé contre lui pour pointer la fébrilité de ses adversaires. Cette trituration du mode de scrutin se retourne aujourd’hui contre les partis traditionnels, lourdement sanctionnés par les électeurs.