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France : Une jihadiste roubaisienne condamnée à la perpétuité en Irak

mardi 17 avril 2018, par siawi3

Source : https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/roubaix/jihadiste-roubaisienne-condamnee-perpetuite-irak-1460201.html

Une jihadiste roubaisienne condamnée à la perpétuité en Irak

Photo : Djamila Boutoutaou, Roubaisienne de 29 ans, a été condamnée à la perpétuité ce mardi à Bagdad. / © AMMAR KARIM / AFP

La jihadiste roubaisienne Djamila Boutoutaou a été condamnée mardi à la prison à perpétuité pour appartenance au groupe Etat islamique (EI)
par la Cour pénale centrale de Bagdad devant laquelle elle a plaidé avoir été dupée par son mari.

Par Thomas Millot
avec AFP

Publié le 17/04/2018 à 13:57 Mis à jour le 17/04/2018 à 14:05

"Quand je l’ai épousé, il était chanteur de rap, c’est en arrivant en Turquie que j’ai découvert que mon mari était un jihadiste", a affirmé en arabe cette Roubaisienne d’origine algérienne de 29 ans à la cour. Une fois en Turquie, "où nous devions seulement passer une semaine de vacances", "mon mari a été contacté par un homme nommé al-Qourtoubi", a-t-elle encore raconté.

"Je les entendus parler de départ vers la Syrie et l’Irak", a-t-elle dit et aussitôt, ils "m’ont enfermée dans une cave avec mes enfants" Abdallah et Khadija, a-t-elle encore raconté. "Mon mari m’avait dit ’je ne veux plus t’entendre’ et il m’a forcé à rester dans cette cave". Abdallah, dont elle n’a pas donné l’âge, a ensuite "été tué dans un bombardement", au cours de la longue et meurtrière contre-offensive des forces irakiennes pour repousser les jihadistes après leur percée fulgurante de 2014, a-t-elle dit. "Avant sa mort, je pesais 122 kilos, aujourd’hui, à cause de ma tristesse, je n’en pèse plus que 47".

Sans défense à la barre

Avant de commencer à l’interroger, le juge a demandé à la jeune femme qui s’est présentée en arabe comme "mère au foyer née en 1989" si elle était assistée d’un avocat. Brandissant une lettre qu’elle a présentée comme celle "d’un avocat français nommé Martin Pradel transmise par (sa) mère", la jeune femme a indiqué ne pas savoir si son défenseur avait pu faire le déplacement.

A trois reprises, les huissiers de la cour ont appelé l’avocat français par son nom. Faute de réponse, le juge a assigné un avocat commis d’office qui a plaidé pour la clémence, arguant que Djamila Boutoutaou avait été forcée par son mari de rejoindre l’EI. A la question du juge : "as-tu rejoint l’EI avec ton mari Mohammed Nassereddine et tes deux enfants ?", la jeune femme qui a comparu dans un box grillagé en bois vêtue d’une tunique rose et d’un foulard marron, a répondu qu’elle l’avait fait contre son gré.

Contacté par téléphone, l’avocat de la Roubaisienne Martin Pradel n’a pour l’instant pas souhaité communiquer sur la condamnation de sa cliente. Me Pradel a simpler indiqué qu’il disposait de "deux informations contradictoires". La première par voie de presse étant la condamnation de Djamila Boutoutaou, la seconde venant du Quai d’Orsay qui aurait informé l’avocat que sa cliente était emprisonné mais qu’elle n’avait pas été jugée.

Amine Elbahi, un Roubaisien, dont la soeur a été tuée en zone irako-syrienne, et qui accompagne les familles dont un ou des proches ont rejoint le djihad dénonce la condamnation de la Nordiste comme "une décision intervient à quelques jours des élections en Irak. On a l’impression que c’est une décision qui est prise pour satisfaire l’opinion publique". "Elle ne nie pas sa responsabilité, elle est prête à assumer, mais pas devant une justice expéditive. Le procès s’est déroulé en cinq minutes. Elle a reçu la visite des autorités françaises qui ne lui avaient pas signalé qu’elle allait être jugée. On ne lui a pas laissé le droit de se défendre", a-t-il ajouté.

’Obligée’ de rejoindre l’EI

"C’est mon mari qui m’a obligée", a-t-elle dit et redit. "Pendant les dix mois que j’ai passés en Irak, je n’ai pas vu mon mari qui passait son temps hors de la maison", a-t-elle poursuivi. "Il a été tué près de Mossoul, alors nos voisins nous ont emmenés à Tal Afar, et là-bas la femme de mon voisin et moi-même nous nous sommes rendues aux peshmergas", les combattants kurdes qui tenaient alors de larges pans du nord de la province de Ninive, où se trouvent Mossoul et Tal Afar.

Là, elle a été retenue dans le camp Tel Keif, avec d’autres femmes et enfants de jihadistes. En pleurs, elle a ajouté : "c’est comme si j’avais passé deux ans en prison : dix mois chez l’EI puis plus d’un an en prison".

Selon Amine Elbahi, "cette dame n’est pas coupable, mais victime. Dès 2008, sa mère avait signalé aux services de police et au procureur de la république que sa fille était endoctriné par un groupe sectaire. Elle n’a pas du tout été entendue ni prise au sérieux. Djamila a été recrutée par une famille, qui l’a ensuite emmenée en Algérie".

"Le prochain combat sera celui de la faire rapatrier et rejuger en France. Elle a une fille qui elle, n’a pas le droit d’être condamnée à la perpétuité. Elle doit être prise en charge, il y a une famille qui l’attend. C’est une famille qui aujourd’hui est complètement bouleversée" a commenté M. Elbahi.