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France : Attaque au couteau à Paris : "Daech se sert du passé tchétchène pour manipuler la nouvelle génération"

mardi 15 mai 2018, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/attaque-au-couteau-paris-daech-se-sert-du-passe-tchetchene-pour-manipuler-la-nouvelle?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ==

Attaque au couteau à Paris : "Daech se sert du passé tchétchène pour manipuler la nouvelle génération"

Par Anthony Cortes

Publié le 14/05/2018 à 18:53

Perpétrée par un homme d’origine tchétchène, l’attaque terroriste au couteau de ce samedi 12 mai qui a fait un mort et quatre blessés en plein centre de Paris souligne une fois de plus les liens entre le groupe Etat islamique et la Tchétchénie.

Si l’attentat perpétré sur le marathon de Boston en 2013 était du fait des frères Tsarnaev, c’est la première fois qu’un terroriste d’origine tchétchène frappe la France. Dans la soirée de ce samedi 12 mai, Khamzat Azimov vise au hasard plusieurs passants dans le quartier de l’Opéra à Paris. Armé d’un couteau, il tuera l’un d’eux et en blessera quatre autres avant d’être neutralisé par les forces de police. Plusieurs jours après les faits, les motivations de ce fiché S, qui avait des liens supposés avec un homme dont l’épouse était partie en Syrie, demeurent floues. Mais ses origines tchétchènes confirment un peu plus le lien particulier qui unit l’organisation terroriste Etat islamique et cette république autonome de la Fédération de Russie, grande pourvoyeuse de terroristes vers le Moyen-Orient.
Opération de séduction

Dès 2014, les thèses de l’autoproclamé Etat Islamique gagnent le Caucase par de nombreuses vidéos d’endoctrinement. Trois ans plus tard, la Russie devient le premier pays exportateur de combattants étrangers dans les rangs de l’EI avec 3.400 personnes, en majorité des Tchétchènes, selon la propagande de l’organisation.

"Depuis la proclamation du Califat, Daech s’est particulièrement employé à attirer les Tchétchènes jusqu’à eux, explique à Marianne François-Bernard Huyghes, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur de "Terrorisme : violence et propagande". Une revue a même été éditée spécialement pour cette communauté issue de cette terre d’Islam", carrefour entre l’Europe et le Moyen-Orient. La plus célèbre de ses prises : Tarkhan Batirachvili, ex-membre d’une unité de renseignement de l’armée géorgienne. Ministre de la Défense de l’EI de 2013 jusqu’à sa mort en 2016, il est aussi connu sous le nom d’Omar le Tchétchène de par ses origines.

Pour Daech, les Tchétchènes ne forment pas un peuple comme les autres, d’où ses efforts pour le séduire. De par sa culture islamique (l’immense majorité des habitants de cette région est musulmane) et sa position géographique, mais pas seulement. "Daech croit fermement dans le mythe du Tchétchène : violent, combatif, dévoué. Ses généraux ont toujours eu en mémoire les guerres que les Tchétchènes ont menées contre les Russes. Pour eux, ce sont des résistants, des modèles", poursuit le chercheur, faisant référence aux conflits de 1994 et 1999 menés pour obtenir l’indépendance vis-à-vis de Moscou. Les séparatistes connaîtront deux défaites face à la répression russe mais non sans opposer une sérieuse résistance, notamment via des attentats sanglants.

"Daech croit fermement dans le mythe du Tchétchène : violent, combatif, dévoué"

7 à 8% des Français d’origine tchétchène dans les filières djihadistes

Même si la "République tchétchène" jouit actuellement d’une large autonomie face au Kremlin, une certaine rancœur agite encore la population. Un sentiment sur lequel l’EI a su surfer pour séduire certains de ses ressortissants. "L’organisation terroriste se sert de ce passé, de cette haine qui dormait, pour manipuler les foules, que ce soit la nouvelle génération ou les anciens combattants, analyse François-Bernard Huyghes. Et elle ajoute certains éléments bien actuels, comme la position de Moscou dans le conflit syrien : allié au régime de Bachar al-Assad. C’est un discours qui porte auprès des générations actuelles. Elles y voient une possibilité d’obtenir une revanche militaire contre la Russie et ses alliés alors que rien ne lie les deux conflits."

Un discours qui semble même toucher ceux qui ont quitté la région, jusqu’en France. Selon le président du Centre d’analyse du terrorisme, Jean-Charles Brisard, "7 à 8% des Français impliqués dans les filières djihadistes en Syrie et en Irak (velléitaires, soutiens ou combattants sur zone) sont d’origine tchétchène". Et certains étaient même décidés à frapper en France, bien avant Khamzat Azimov. Comme Youssoup Nassoulkhanov, ancien assistant infographiste pour la mairie de Schiltigheim (Bas-Rhin), apparu en 2015 dans une vidéo de propagande tournée en Syrie pour annoncer des attaques sur le territoire français et "partout en Europe". Ou encore le Tourangeau Issa Khassiev, condamné en mars 2017 à six ans de prison pour un projet d’attentat visant des policiers. Mais pour l’actuel dirigeant tchétchène, Ramzan Kadyrov, tenant d’un islam radical, les fautes ne sont qu’à imputer à la France. Pays où l’assaillant a "grandi et formé sa personnalité", a-t-il communiqué via la messagerie cryptée Telegram…

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