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France : Le point sur les accusations de viol contre T .Ramadan

samedi 9 juin 2018, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/tariq-ramadan-accuse-de-viol-c-est-moi-qui-suis-harcele-les-femmes-viennent-me-chercher?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ==

L’islamologue répète à qui veut l’entendre qu’il a été "élu parmi les sept hommes les plus sexy du monde" - UGO AMEZ/SIPA
Société
Il a osé le dire
Tariq Ramadan, accusé de viol : "C’est moi qui suis harcelé, les femmes viennent me chercher"
Par Hadrien Mathoux
Publié le 07/06/2018 à 10:32

France Inter s’est procuré le procès verbal de l’interrogatoire du prédicateur par les juges d’instruction. Tariq Ramadan y admet pour la première fois avoir eu des relations extraconjugales avec cinq femmes. Mais se défend toujours de les avoir contraintes."Ce sont les femmes qui viennent me chercher", a-t-il osé...

La femme tentatrice, à l’origine du péché : cette vision est omniprésente dans toutes les religions monothéistes, dont l’islam. Et c’est l’explication choisie par Tariq Ramadan pour justifier le fait d’avoir entretenu des relations sexuelles avec au moins cinq femmes, hors mariage, bien loin des principes rigoristes qu’il a l’habitude de défendre en public. France Inter s’est procuré le procès-verbal des interrogatoires de Tariq Ramadan devant les juges d’instruction. Le prédicateur, mis en examen, fait l’objet de multiples plaintes pour viol, et est incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. Lors de sa garde à vue initiale, Ramadan avait refusé de s’étendre sur sa vie sexuelle devant les policiers. Cette fois-ci, il s’est livré... dans le but de construire sa défense.

Je passe au Bourget pour une conférence, et le service d’ordre doit sortir trois femmes des toilettes parce que j’y vais...
Tariq Ramadan,mis en examen pour viol

S’il conteste être l’auteur de viols, l’islamologue admet... être un Tartuffe. En marge des conférences lors desquelles il professait une pratique conservatrice de l’islam, Tariq Ramadan a eu des relations extraconjugales avec au moins cinq femmes. "J’ai eu des hauts et des bas, des fois où j’ai été totalement en cohérence avec mes principes et d’autres où j’étais plus fragile", avoue-t-il aux juges. Comment l’expliquer ? Revenant bien vite aux fondamentaux de sa vision des femmes, l’universitaire estime... être victime de son succès. "Ce sont des femmes qui viennent me chercher", plaide-t-il, expliquant être "pas seulement sollicité comme un intellectuel mais aussi comme un homme". Le récit qu’il fait aux juges de sa vie quotidienne est celle d’un séducteur involontaire, poursuivi par des femmes incapables de résister à son charme. "Je passe au Bourget pour une conférence, et le service d’ordre doit sortir trois femmes des toilettes parce que j’y vais", relate-t-il, rappelant aux juges qu’il a été "élu parmi les sept hommes les plus sexy du monde" dans un journal.

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Tariq Ramadan s’exprime également sur la nature de ses relations avec les femmes. Il avoue avoir cédé à la tentation, pour s’engager dans un "jeu sexuel" avec certaines. Le plus souvent d’après lui, ces rapports sont restés "virtuels", et n’ont pas donné lieu à des rencontres en chair et en os. Il concède toutefois avoir eu des relations physiques avec la troisième femme qui a porté plainte contre lui pour viol, surnommée Marie. "C’est moi qui étais harcelé, j’étais dépassé", ose Ramadan, qui a vu Marie, une ancienne escort-girl, pendant deux ans. Avec ses autres maîtresses, le prédicateur échangeait des messages au ton parfois ambigu : "Si je te vois, je te viole", aurait-il écrit à une femme. Interrogé par les juges, Ramadan jure n’avoir "jamais exercé de violence sur une femme", évoquant des "rapports fougueux, de domination" dans un "cadre de consentement et de complicité". Un récit éloigné du témoignage de Marie, qui décrit des rapports de soumission extrêmement violents ayant débouché sur un viol, mais qui a convaincu les juges : ceux-ci ont décidé de ne pas faire déboucher cette plainte sur une mise en examen. "Je le dis et je le répète, je ne suis pas violeur", lance l’islamologue aux juges. "Quand on me dit ’non’, c’est non." Et lorsque la juge lui demande si les femmes qu’il fréquente sont "toujours en mesure de [lui] dire non", il affirme avoir déjà essuyé des refus, et ne pas avoir "utilisé [son] statut pour maintenir les femmes sous [son] emprise".
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Avec Henda Ayari, des "mots crus" et rien de plus

En ce qui concerne les deux premières femmes qui ont porté plainte contre lui, Christelle et Henda Ayari, Tariq Ramadan nie en revanche toute relation sexuelle. A propos de Christelle, qui a témoigné pour Marianne, il certifie que leurs relations, entamées par la femme de 42 ans via Facebook, sont restées "de nature virtuelle et sexuelle". Reconnaissant l’avoir rencontrée dans son hôtel à Lyon, il nie l’avoir faite monter dans sa chambre. Pour ce qui est de Henda Ayari, Tariq Ramadan raconte là aussi que c’est elle qui lui aurait demandé, avec des "mots crus", d’être "dominée". Pour l’islamologue, les plaignantes sont déterminées à lui nuire, étant téléguidées par ses adversaires, comme l’essayiste d’extrême droite Alain Soral ou Caroline Fourest (contributrice à Marianne).

Cinq femmes ont pour l’heure porté plainte pour viol contre Tariq Ramadan. Trois d’entre elles sont françaises : si la plainte de Marie n’a pas abouti, celles de Henda Ayari et Christelle ont débouché sur des mises en examen. Tariq Ramadan est également poursuivi pour viol aux Etats-Unis. Enfin, une cinquième femme a porté plainte en Suisse et son témoignage doit être versé au dossier français.

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Source : https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/06/09/les-rapports-fougueux-de-tariq-ramadan-avec-les-femmes_5312034_1653578.html

Devant ses juges, Tariq Ramadan conteste les viols mais reconnaît des
relations extraconjugales

Mis en examen le 2 février pour « viol » et « viol sur personne vulnérable », le prédicateur musulman s’est livré sur sa relation avec les femmes au cours d’un long interrogatoire, mardi, au tribunal de grande instancede Paris.

LE MONDE | 09.06.2018 à 06h38 • Mis à jour le 09.06.2018 à

09h09

ParYann Bouchez

Et Tariq Ramadan… parla des femmes. Pas de la sienne, avec laquelle il est marié depuis plus de trente ans. Plutôt de celles qui le contactent, à travers les réseaux sociaux, souvent à l’issue de chacune de ses apparitions
télévisées. De celles qui s’adressent autant à l’homme qu’au prédicateur
musulman.« Je suis une personne publique, je reçois énormément de
messages de type religieux, c’est vrai, dit-il aux trois juges qui l’interrogent, ce mardi 5 juin, dans les locaux du tribunal de grande instance de Paris.Mais je vais vous dire un truc, en 2005, j’ai été élu parmi les sept hommes les plus sexy du monde par un journal suisse, Le Matin. J’ai été très sollicité pour autre chose que le plan religieux. »

Cet intérêt des femmes à son égard, qu’il décrit longuement, le quinquagénaire s’en accommode.« C’est un constat objectif que je fais, être sollicité parce qu’on plaît, ça n’a rien de gênant », assure Tariq Ramadan au cours de son long interrogatoire, queLe Monde a pu consulter. Et d’ajouter :« Il y a toujours eu ça dans ma vie. C’est moi qu’on vient chercher, ce n’est pas moi qui cherche. C’est moi qui suis harcelé. »

Rapports « dominé-dominant »

Mis en examen le 2 février pour « viol » et « viol sur personne vulnérable », plus de trois mois aprèsles plaintes de Henda Ayari et de « Christelle » (un prénom d’emprunt), les 20 et 27 octobre 2017, l’islamologue suisse avait jusqu’alors refusé de parler de sa sexualité et de son rapport aux femmes. Comme si, au-delà de sa défense judiciaire, s’ajoutait une dimension religieuse et de réputation, l’empêchant d’évoquer le sujet, pourtant au cœur de la procédure judiciaire. En fin de garde à vue, le 1 er février, il avait opposé son droit au silence à de nombreuses questions des policiers – concernant le port ou non du préservatif lors de ses rapports, l’existence de relations hors mariage, ses pratiques sexuelles… –, et même refusé de signer plusieurs procès-verbaux.

Mardi, Tariq Ramadan a continué à nier toute relation sexuelle avec ces deux plaignantes. Confronté à des échanges sur Skype, il reconnaît ce qu’il définit comme« des rapports de nature sexuelle et virtuelle » avec « Christelle ». Mais conteste fermement l’avoir emmenée dans sa chambre d’hôtel, lors de leur rencontre au Hilton de Lyon, le 9 octobre 2009. La femme dit avoir vécu des scènes d’une grande violence, ce jour-là. « Pure invention. Rien de tout ça n’est vrai », répète-t-il face aux juges. Il dément avoir envoyé les SMS que « Christelle » a montrés aux enquêteurs. Quel était son état d’esprit ce jour-là, en la voyant pour la première fois, après un« jeu de séduction » de plusieurs mois ?« Je n’attend [ais]absolument rien de cette rencontre », assure-t-il.

Alors qu’il est, depuis début mars,visé par la plainte d’une troisième femme, Mounia,ancienne escort-girl, Tariq Ramadan a en revanche admis des rapports sexuels avec cinq femmes figurant dans le dossier d’instruction.« Oui, il m’est arrivé d’avoir des relations extraconjugales », a-t-il expliqué. Mounia, qui a apporté des éléments matériels désormais versés au dossier d’instruction, en fait partie. Tout comme deux témoins sous X, aux récits circonstanciés, qui ont décrit des scènes de viol mais n’ont pour l’instant pas porté plainte.

Dans chaque cas, il s’agissait de relations consenties, a assuré le petit-fils
du fondateur des Frères musulmans.« Je suis profondément révolté d’être là
où je suis, explique-t-il.Car, de toute ma vie, je n’ai jamais exercé de violence sur une femme, et quand une femme m’a dit non, c’est non, il n’y a pas à tergiverser là-dessus. Au sens de l’indicatif présent absolu. »

Evoquant sa pratique de rapports« dominé-dominant », Tariq Ramadan
réfute la moindre contrainte exercée sur ses partenaires.« Dans le cadre de
consentement et de complicité, j’ai pu avoir des relations dont à aucun moment je ne peux utiliser le mot violent, car la violence suppose qu’on l’impose à l’autre. En revanche, je parle de rapports fougueux, de domination, je n’ai eu dans ma vie que cela. » Pour illustrer ses dires, il s’appuie sur l’exemple de Denise W., qui a parlé de sa relation consentie avec lui, entre 2005 et 2009.

« M. Ramadan pleure »

Les juges lui demandent de réagir aux propos de cette ancienne maîtresse –« Il aime les paroles vulgaires, il aime sentir qu’il domine, il me disait qu’il me voulait soumise mais je n’étais pas dans ce registre-là. J’ai senti qu’il avait envie de dévier dans une sexualité hard, presque violente. Par exemple, il me tirait par les cheveux. Je lui ai dit que je n’aimais pas ça. Il n’a pas continué. » Réponse de Ramadan :« Qu’est-ce que je retiens de tout cela ? Une chose capitale : elle me dit non, et j’ai arrêté. » Quelques questions plus tard, il précise : « Pour moi, quand on parle de violence, c’est une chose qu’on subit sans consentement, sinon ce n’est pas de la violence. »

Mais qu’en est-il des autres femmes, celles qui parlent de viol ? Emprise que le théologien aurait pu avoir, de par sa position d’autorité en matière
religieuse, pourrait-elle expliquer que certaines d’entre elles aient subi des
relations de domination sans pour autant oser faire part de leur désaccord lors de rapports sexuels ? Tariq Ramadan réfute s’être servi de sa position :« Il y a une différence entre avoir un statut public et le fait que j’en use. » Il n’a pas utilisé, explique-t-il, son rôle de« référence religieuse pour mener les femmes à quelque chose d’ordre sexuel. Je m’inscris en faux, totalement en faux, ça n’est jamais arrivé. » S’il acceptait d’entamer des conversations avec certaines, il assure ne pas avoir profité de la religion pour glisser vers des sujets plus intimes, comme le dénoncent pourtant les plaignantes et les témoins sous X.

« Toutes les personnes qui viennent à moi sur le plan religieux, je ne reste que sur le plan religieux. Je n’utilise pas l’un pour l’autre », explique-t-il, se
défendant d’un quelconque mélange des genres. Les juges n’ont pas relevé.
Pourtant, ces propos peuvent paraître en contradiction avec ce qu’avait dit le
même Tariq Ramadan aux policiers, lors de sa garde à vue, le 31 janvier.
Interrogé sur les premiers sujets abordés avec « Christelle » lors de leurs
échanges de messages, il avait répondu :« Dans un premier temps,
essentiellement des questions de religion. »

« Au nombre de sollicitations que j’ai eues, j’ai dit très, très, très souvent
non », a rappelé le théologien, mardi. Puis, les relations engagées, il
rappelle :« Je n’ai jamais voulu passer pour un homme parfait.(…) J’ai eu des
hauts et des bas, des fois où j’ai été totalement en cohérence avec mes
principes et d’autres où j’étais plus fragile. » Après une journée passée au
tribunal, la fatigue s’installe, la tension aussi.« M. Ramadan pleure », notent, à deux reprises, les greffières.

En fin de soirée, mardi, Tariq Ramadan et son avocat ont signé la
retranscription de ces longues heures d’audition. Avant que le théologien ne
retourne à la prison de Fresnes (Val-de-Marne), où il est actuellement détenu, une phrase de l’interrogatoire a cependant été changée, à la demande des deux hommes.« A la relecture, M. Ramadan et son conseil font observer que (…) M. Ramadan a déclaré : “Mon discours public a toujours été de dire que j’essayais d’être ce que je disais”, et non pas : “mon image publique était de faire ce que je disais, j’ai toujours dit ça.” »

°

Affaire Tariq Ramadan : la bataille se durcit entre maîtres Szpiner et
Marsigny

Entre l’avocat des plaignantes et celui de la défense, la tension monte par
médias interposés.

LE MONDE | 09.06.2018 à 09h56 • Mis à jour le 09.06.2018 à

11h14

|ParYann Bouchez

Dans l’affaire Tariq Ramadan, depuis l’audition par les juges, mardi 5 juin,
du prédicateur musulman accusé de viols, la bataille de la communication entre avocats n’a jamais été aussi âpre. Le dernier épisode remonte à vendredi 8 juin, lorsque M e Francis Szpiner, l’avocat de deux plaignantes, Henda Ayari et Mounia, a, sur un plateau télévisé, traité son confrère, M e Emmanuel Marsigny, défenseur de Tariq Ramadan, de« menteur ».« Je l’invite à me poursuivre en diffamation, a-t-il ajouté.Et devant les juges, nous nous expliquerons. »

La raison de ce courroux ? Une conférence de presse improvisée d’Emmanuel Marsigny, mardi 5 juin au soir, à l’issue d’un« interrogatoire extrêmement long »au tribunal de grande instance de Paris.« Les magistrats ont considéré, à la suite des explications de Tariq Ramadan et des documents qui ont pu être fournis, qu’il n’y avait pas lieu de le mettre en examen concernant Mounia,explique-t-il alors à une poignée de journalistes et de caméras. C’est bien évidemment un tournant dans cette affaire. »

La déclaration est rapidement reprise par les agences de presse. Dans les titres, l’accent est mis sur le fait que« Tariq Ramadan échappe à une mise
en examen » après avoir été interrogé sur les accusations de cette ancienne
escort girl qui, le 7 mars, a porté plainte contre lui pour viols, plus de quatre
mois après les deux premières plaignantes.

« Incohérences » et « mensonges »

Cette présentation des faits a ulcéré les avocats des plaignantes, M es Francis Szpiner et Eric Morain. Car s’il est vrai que Tariq Ramadan n’a pas
été mis une troisième fois en examen, comme les juges auraient pu le faire,
elles ne l’ont pas questionné sur les accusations de Mounia lors de l’interrogatoire, que Le Monde a pu consulter.

« Des investigations sont en cours, vous serez interrogé ultérieurement
sur ces faits », lui ont indiqué les magistrates, en fin d’audition, tout en
demandant au mis en cause s’il souhaitait faire connaître sa position,« sous le statut objectif de témoin assisté », quant à la plainte de Mounia.« Surpris » de ne pas avoir été interrogé sur cette« troisième personne », Tariq Ramadan ne s’est pas privé de donner sa version, évoquant une relation consentie. Il devrait être à nouveau convoqué en juillet.

« Oui, il y a bien un tournant. Ce n’est pas celui dont parle Emmanuel
Marsigny, mais plutôt le fait que le masque de Tariq Ramadan tombe », affirme au Monde M e Francis Szpiner, en référence aux relations extraconjugales que le théologien a reconnues.

Au-delà de cette joute technico-judiciaire, les piques se multiplient par
médias interposés. Auprès de Franceinfo, M e Marsigny a dénoncé les« incohérences » et les« mensonges » de Henda Ayari, qui date désormais
le viol dont elle accuse Tariq Ramadan au 26 mai 2012, et non plus en mars-
avril de cette même année.« On change d’hôtel, on change de date, bientôt on changera aussi d’auteur des faits », a-t-il ironisé, fin mai, peu après une
nouvelle audition de la plaignante.

« M e Marsigny traite ces femmes de menteuses, mais en termes de
mensonges, celui qui tient une double vie faite de dissimulations depuis
plusieurs années, c’est Tariq Ramadan », rétorque Francis Szpiner. Une
brutalité verbale assumée des deux côtés.