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France : Maurice Audin, militant communiste tué pendant la guerre d’Algérie

jeudi 13 septembre 2018, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/09/13/01016-20180913ARTFIG00130-maurice-audin-le-flou-subsiste-sur-les-circonstances-de-sa-mort.php

Maurice Audin : le flou subsiste sur les circonstances de sa mort

Par Roland Gauron

Mis à jour le 13/09/2018 à 15:30 Publié le 13/09/2018 à 13:04

VIDÉO - Emmanuel Macron a reconnu l’implication de l’État dans la disparition, après son arrestation, du mathématicien et militant communiste Maurice Audin, en 1957 à Alger, durant la guerre d’Algérie : 1:19

Il est 23 heures, en ce 11 juin 1957, quand les parachutistes viennent frapper à la porte de Maurice Audin, au premier étage d’un HLM de la rue Flaubert à Alger. Assistant de mathématiques à l’université, le jeune homme de 25 ans est soupçonné par les militaires d’héberger des membres de la cellule armée du Parti communiste algérien. La « bataille d’Alger » bat son plein. Depuis six mois, le général Massu dispose des pleins pouvoirs civils et militaires sur la ville. Dix jours après l’arrestation, son épouse Josette, mère de trois enfants, apprend officiellement que son mari s’est évadé « en sautant de la jeep qui le conduisait de nuit à un interrogatoire ». Toutefois, elle ne se fait guère d’illusions sur le sort qui lui a été réservé et dépose sa première plainte pour homicide volontaire le 4 juillet 1957.

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Un peu plus de soixante ans après les faits, Emmanuel Macron a rendu visite ce mercredi à la veuve, aujourd’hui âgée de 87 ans. Il a à cette occasion reconnu l’implication de l’État dans la mort du militant communiste « du fait d’un système institué par la France ». « Je ne pensais pas que ça arriverait », a réagi Josette Audin. En dépit du temps qui passe, la veuve n’avait jusqu’ici arrêté son combat. Pas même en 2014, quand l’ancien président François Hollande a reconnu que le mathématicien ne s’était par évadé mais était bien mort durant sa détention. Car, entre-temps, ni les documents ni les témoignages évoqués par l’ex-chef de l’État « n’ont été révélés », déplorait ainsi en mai 2017 une quarantaine d’intellectuels réclamant la « vérité historique » dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron.
Un faisceau de témoignages

Les circonstances exactes du décès ne seront sans doute jamais connues. Année après année, des témoignages sont toutefois venus éclaircir les conditions de la disparition du mathématicien. Arrêté le lendemain de Maurice Audin, Henri Alleg, futur auteur de La Question, où il dénonce l’usage de la torture en Algérie, racontera l’avoir vu le 12 juin au centre El-Biar où lui-même était retenu. L’année suivante, dans le livre L’Affaire Audin, l’enquête de l’historien Pierre Vidal-Naquet conclut que l’intéressé est mort sous la torture. Selon lui, Maurice Audin a été étranglé par un lieutenant parachutiste dans la Villa des Tourelles, où les prisonniers étaient soumis à la question. L’auteur se fonde alors sur le témoignage de Jean Builles, commissaire d’Alger, lors de l’instruction de la première plainte de Josette Audin. Quelques années plus tard, dans un autre ouvrage, Pierre Vidal Naquet pointe la responsabilité d’un autre homme : le général Paul Aussaresses.

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« On l’a tué au couteau pour faire croire que c’était les Arabes qui l’avaient tué. »

Le général Paul Aussaresses

Sur son lit de mort, en 2014, ce dernier confiera au journaliste Jean-Charles Deniau : « On a tué Audin ». « On l’a tué au couteau pour faire croire que c’était les Arabes qui l’avaient tué », précise-t-il, assumant au passage avoir ordonné sa mort. Mais, à croire le journaliste, auteur de La vérité sur la mort de Maurice Audin, il n’aurait fait que répercuter un ordre du général Jacques Massu, patron de la 10e division parachutiste. Ces confessions tardives restent contestées à ce jour en raison du grand âge et de la personnalité du général Aussaresses. Un dernier témoignage est encore venu s’ajouter en début d’année dans l’Humanité. Un ancien appelé âgé de 82 ans affirmait avoir enterré sur ordre un homme, peut-être Audin, qualifié par son supérieur de « saloperie de communiste ». Le corps de Maurice Audin n’a jamais été retrouvé.

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