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France : Coloniser ’Le Ventre des femmes’

vendredi 5 octobre 2018, par siawi3

Source : https://www.revue-ballast.fr/cartouches-35/

☰ Le Ventre des femmes — Capitalisme, racialisation, féminisme, de Françoise Vergès

Septembre 2018

Fin des années 1960, sur l’île de La Réunion : des médecins avortent et stérilisent des milliers de femmes, de force. Toutes sont entrées enceintes à la clinique Saint-Benoît pour en sortir sans leur enfant, et sans avoir été informées de ces opérations. De ce scandale, rendu public en juin 1970 — mais n’ayant permis, à ce jour, d’inculper aucun responsable —, Françoise Vergès nous expose toutes les ramifications : de l’abus de pouvoir et de confiance du personnel hospitalier à la compromission des représentants locaux de l’État français et de l’Église catholique, en passant par l’organisation, au profit des médecins, d’un vaste détournement d’aides sociales publiques. Mais cette affaire, aussi effroyable soit-elle, n’est pour l’auteure que le point de départ d’une réflexion plus vaste : comment de tels « centres d’avortements » ont-ils pu voir le jour et accomplir ainsi leur sinistre tâche, en toute impunité ? C’est alors tout un arsenal rhétorique, juridique et biopolitique déployé par le pouvoir pour contrôler « le ventre des femmes » et décider « qui doit naître ou ne pas naître », qu’il s’agit d’exhumer et d’interroger dans une perspective racialiste et féministe. Car, de fait, au sein même d’une République française autoproclamée « une et indivisible », cette politique des corps et des naissances témoigne de la permanence d’une dissymétrie d’héritage colonial : alors qu’en métropole la contraception et l’avortement sont criminalisés, de violentes politiques antinatalistes sont mises en place dans les DOM. Contre cette « cartographie mutilée » — dont même les militantes du MLF se rendent coupables, en articulant leur lutte de libération des femmes autour de la question du droit à l’avortement, et ce quelques mois à peine après la révélation du scandale de La Réunion —, Vergès affirme ici l’ambition de « repolitiser » et de « provincialiser » le féminisme afin d’« envisager de nouveaux processus de décolonisation ». [L.M.]

Éditions Albin Michel, 2017