Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Tunisie : Procès de l’attentat du Bardo

Tunisie : Procès de l’attentat du Bardo

mercredi 7 novembre 2018, par siawi3

Source : https://www.20minutes.fr/justice/2366487-20181106-proces-attentat-bardo-deux-jours-juger-56-personnes-aberrant-regrettent-victimes-francaises

Procès de l’attentat du Bardo : « Deux jours pour juger 56 personnes, c’est aberrant », regrettent les victimes françaises

INTERVIEW Après plusieurs renvois, le procès de l’attentat du musée du Bardo survenu le 18 mars 2015 s’ouvre ce mardi à Tunis...

Propos recueillis par Helene Sergent

Publié le 06/11/18 à 12h13 — Mis à jour le 06/11/18 à 12h35

Photo : Plus de trois ans après l’attaque revendiquée par Daesh au musée du Bardo, le procès s’ouvre le 6 novembre 2018 à Tunis. — FETHI BELAID / AFP

Vingt-deux personnes sont mortes le 18 mars 2015 lors de l’attaque menée par deux terroristes et revendiquée par Daesh dans le musée tunisien du Bardo.
Quatre citoyens français ont été tués et plusieurs dizaines d’autres ont été traumatisés par cet attentat.
Depuis le début des investigations et jusqu’au procès qui s’ouvre ce mardi 6 novembre, les victimes et leurs proches ont rencontré de nombreuses difficultés pour faire valoir leurs droits.

Le 18 mars 2015, deux hommes armés de kalachnikovs s’introduisent dans le prestigieux musée du Bardo à Tunis. Pendant plusieurs heures, les terroristes arpentent les étages du bâtiment très fréquenté par les touristes et abattent 22 personnes. Revendiquée par Daesh, cette attaque terroriste a coûté la vie à quatre Français et traumatisé des centaines de personnes. Trois ans après, le procès de cet attentat s’ouvre ce mardi à Tunis après plusieurs renvois survenus ces derniers mois.

Cette audience, particulièrement attendue par les victimes et leurs proches en France est retransmise au palais de Justice de Paris par vidéo. Une décision satisfaisante pour Serge Mayet, président de l’association de défense et de mémoire des victimes de l’attentat du musée du Bardo à Tunis mais insuffisante au regard des nombreux manquements.

Dans quelles conditions les victimes françaises vont-elles pouvoir suivre ce procès ? Êtes-vous satisfaits ?

Pas pleinement, non. Là où nous sommes satisfaits, c’est sur la mise en place d’une vidéotransmission depuis Tunis vers Paris rendue possible, entre autres, grâce à l’intervention du président de la République qui a œuvré en ce sens. Certains d’entre nous ne pouvaient ou ne voulaient pas retourner en Tunisie, ça nous permet donc de suivre l’audience à distance. Le procès, qui s’est ouvert à 10h ce matin, se déroule entièrement en arabe mais nous pourrons écouter les débats grâce à des traducteurs présents ici.

En revanche, et c’est là où nous ne sommes pas satisfaits, nous ne pourrons pas intervenir directement lors de l’audience. Nous ne pourrons pas témoigner et nos avocats ne pourront pas intervenir depuis Paris. C’est frustrant, évidemment. Notre avocat, Gerard Chemla, qui représente plusieurs victimes à titre individuel mais aussi la Fenvac (Fédération Nationale des Victimes d’Attentats et d’Accidents Collectifs) et notre association de victimes, est parti à Tunis. Il pourra plaider la semaine prochaine mais son intervention sera limitée visiblement.

Qu’attendez-vous de ce procès ?

La justice tunisienne a prévu de juger 56 personnes en deux jours. C’est aberrant. On se pose forcément des questions : est-ce qu’on va apprendre de nouvelles choses sur les complicités qui ont permis aux terroristes d’agir ? Qui les a aidés ? Pour toutes les personnes qui ont perdu quelqu’un, il faut des réponses.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de votre parcours judiciaire ?

Nous n’avons reçu qu’une partie du dossier et seule une très petite partie a été traduite en français. Ca coûte cher de le faire et nous n’en avions pas les moyens. Nous n’avons pas pu bénéficier de l’aide juridictionnelle qui permet notamment de financer les frais d’avocats. Lorsque les faits ont lieu à l’étranger, celle-ci n’est pas octroyée.

L’État français a toutefois pris en charge les déplacements d’une victime qui a tenu à assister au procès en Tunisie et ceux des autres victimes pour suivre la retransmission depuis Paris. Mais que ce soit lors des investigations ou pendant la prise en charge, une victime française d’un attentat à l’étranger par rapport à une victime d’attentat en France n’a pas les mêmes leviers et le même accompagnement. On a parfois le sentiment d’être deux fois victimes. On a également rencontré des difficultés avec le FGTI chargé de l’indemnisation des victimes de terrorisme et avec les assurances juridiques. Le traitement diffère d’une personne à l’autre et de nombreuses victimes ont eu le sentiment d’être flouées.

Comment remédier à ces problèmes ?

Nous avons organisé et participé à de nombreuses réunions de travail avec la Fenvac et toutes les associations de victimes d’attentat à l’étranger pour identifier les problèmes rencontrés et trouver des solutions. On a le sentiment que le président de la République est à l’écoute. Il est possible qu’une évolution de l’aide juridictionnelle intervienne, notamment pour permettre aux victimes d’attentats qui ne se sont pas déroulés en France d’en bénéficier. Même si ça ne nous profite pas directement, il faut le faire pour les futures victimes potentielles.

°°°

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2018/11/06/01003-20181106ARTFIG00105-tunisie-le-proces-du-bardo-s-ouvre-en-l-absence-des-victimes-francaises.php


Tunisie : le procès du Bardo reprend en l’absence des victimes françaises

Par Journaliste Figaro Le figaro.fr

Mis à jour le 06/11/2018 à 18:14 Publié le 06/11/2018 à 11:47

Trois ans après l’attaque du musée qui avait fait 22 morts, le 18 mars 2015 à Tunis, le procès de 56 accusés plusieurs fois reporté après deux premières séances confuses reprend ce mardi.

Il a déjà été maintes fois reporté pour des questions logistiques. Le procès de l’attentat du Bardo devait reprendre ce mardi devant une cour criminelle de la justice tunisienne. Sur le banc des accusés, 26 complices présumés de l’attaque qui avait fait 22 morts le 18 mars 2015 à Tunis. Une trentaine de personnes est également poursuivie par contumace. Les deux terroristes qui étaient parvenus à s’introduire à l’intérieur du musée ont été tués ce jour-là. L’audience doit seulement durer trois jours. Les accusés, dont l’identité n’a pas été dévoilée, sont jugés en vertu d’une loi antiterroriste adoptée à l’été 2015 pour « crimes terroristes ». Ils sont passibles de la peine capitale. Cette sentence fait toutefois l’objet d’un moratoire depuis 1991 en Tunisie.

L’attaque avait été revendiquée par l’État islamique. Le 18 mars 2015, deux terroristes, Jaber Khachnaoui et Yassine Laabidi, ouvraient le feu à proximité puis à l’intérieur de ce haut lieu touristique de la capitale tunisienne. L’attaque se poursuit trois heures durant avant l’intervention des forces de l’ordre. Bilan : 21 touristes tués, dont quatre Français, ainsi qu’un policier tunisien. Six autres Français avaient été blessés. Dans la foulée, les autorités tunisiennes procédaient à l’arrestation d’une vingtaine de personnes, en affirmant avoir démantelé « 80% de la cellule » impliquée. Quelques mois plus tard, huit d’entre elles, dont l’homme un temps présenté comme le principal responsable, sont relâchées. Durant l’enquête, les avocats des parties civiles françaises ont à plusieurs reprises dénoncé des « zones d’ombre ».
Une grande confusion et des doutes

Le procès s’était ouvert en catimini à l’été 2017, sans faire l’objet d’aucune annonce préalable. Les deux premières audiences ont été dominées par une grande confusion. D’après Le Parisien , deux avocats des parties civiles ont d’ailleurs fait part de leur perplexité dans un courrier envoyé en octobre au premier ministre Édouard Philippe. Mes Géraldine Berger-Strenger et Gérard Chemla y expriment notamment leurs « doutes quant à la capacité de la justice tunisienne à gérer ce procès dans des conditions de transparence et d’équité acceptables ». Ils affirment n’avoir eu qu’un accès restreint au dossier, faute de traduction. Me Philippe de Veulle, qui défend cinq des victimes françaises, a quant à lui décidé de boycotter l’audience.

 » LIRE AUSSI - La Tunisie peine à juger les attentats du Bardo et de Sousse

La tenue de ce procès express ne risque pas d’atténuer la frustration de leurs clients. L’audience se déroule sans eux. L’État français a refusé de prendre en charge leur déplacement. Seule une retransmission sur écran géant était prévue depuis une salle de la cour d’appel de Paris. « On est satisfait que ce procès ait lieu mais en colère de voir que la France a laissé tomber des gens face à cette situation dramatique », se désole Me Alexandre Martin, interrogé par La Dépêche . L’avocat toulousain a tout de même prévu de faire le déplacement pour représenter « la mémoire de ceux qui ont été assassinés et surtout pour que le banc des parties civiles ne soit pas vide ».