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Belgique /Iran: les lois sur le voile

Sunday 30 May 2010, by siawi2 (Date of earlier publishing: 30 May 2010).

Tout le monde est égal mais il y en a qui sont plus égaux que les autres

Depuis des années, le débat sur le voile est identifié comme une question complexe, non seulement dans les pays musulmans mais également en occident. Au cours de la dernière semaine d’avril 2010, deux discussions sur le voile ont eu lieu simultanément, en deux endroits du monde. En Belgique, le parlement mit en débat un projet de loi interdisant aux femmes de porter la burqa dans les lieux publics. En Iran, les officiels du gouvernement annoncèrent leurs projets d’expansion et d’application des lois sur le voile et de celles sur la chasteté. Selon la loi belge, si une femme se couvre le corps entièrement, y compris le visage, elle recevra une amende de 15 à 25 € - ou sera emprisonnée pour une période de sept jours. Selon le plan d’action iranien sur l’expansion et l’application du voile et de la chasteté, les services gouvernementaux doivent inventer encore plus de restrictions et de limitations sur les questions de voile et de ségrégation de genre dans tout espace public.

Dans une déclaration, l’organisation de droits humains Amnesty International a incité le parlement belge à ne pas voter cette loi qui interdit de porter la burqa en public. Amnesty a déclaré que cette loi viole les droits humains des femmes:

’ Une interdiction générale de porter un voile total violerait les droits à la liberté d’expression et de religion pour celles de ces femmes qui choisissent d’exprimer leur identité ou leurs croyances de cette façon’.

De même, Human Rights Watch a fait une déclaration condamnant l’interdiction et a incité la Belgique à ne pas voter cette loi:

" Ils violent les droits de celles qui choisissent de porter le voile, et ne font rien pour aider celles qui sont forcées de le porter’.

Jusqu’à aujourd’hui, ni l’une ni l’autre de ces organisations n’a eu aucune réaction devant l’application de plus en plus stricte du voile obligatoire par l’Iran, qui se traduit par une répression accrue contre les femmes en Iran.

Il n’est pas dans mes intentions de formuler une critique féministe des actions d’Amnesty International ou de Human Rights Watch, ni d’élaborer sur le sujet complexe de savoir si le port de la burqa et celui du voile sont comparables. Je ne veux me centrer ici que sur les actions de ces deux organisations de droits humains concernant les lois sur le voile dans deux pays différents: l’Iran et la Belgique.

Le droit d’une femme vis à vis du voile comporte et la liberté de se voiler et celle de ne pas se voiler. De même, le droit de ne pas exprimer publiquement ses sentiments religieux doit être reconnu comme faisant partie du droit de l’individu à exprimer ses sentiments religieux. Le choix de ne pas observer de pratique religieuse doit être respecté de la même façon que le choix d’observer des pratiques religieuses.

Après la prise du pouvoir par les dirigeants islamistes de l’Iran en février 1979, ils ont immédiatement imposé l’obligation de porter le voile. Pendant ces trente et une dernières années, ils ont continué, à cet égard, de violer les droits de toutes les femmes non musulmanes et non religieuses. Le plan récent du gouvernement iranien initie un nouveau cycle de répression contre les femmes, que ce soit au travail, à l’université, dans les écoles ou les stades, ou dans d’autres lieux publics.

Ainsi, les droits humains des femmes iraniennes, qui représentent la moitié des 70 millions de la population iranienne, continuent à être violés sans que les principales organisations de droits humains ne fassent aucune déclaration, sans aucune expression d’inquiétude ou aucune réaction. Ces mêmes organisations déclarent de façon urgente et passionnée leur opposition à la loi belge interdisant la burqa, qui, par contraste, n’affecte que 25 ou 30 femmes.

On tient pour acquis que, quand on parle de droits humains, on parle bien des droits de tous les humains partout dans le monde sans aucune exception et sans donner plus d’importance à certaines populations qu’à d’autres. Cependant il semble qu’ Amnesty International et Human Rights Watch utilisent des standards différents quand il s’agit de l’Iran et de sa mise en vigueur encore plus stricte de l’obligation de se voiler.

Le temps est venu que ces organisations expriment de façon explicite leur position vis à vis de l’usage croissant de la force que fait le gouvernement iranien, concernant sa politique d’habillement des femmes. Considérant l’obligation de se voiler qu’endurent des millions de femmes iraniennes et la répression continue qui s’abat sur elles, celles ci ont droit à une explication quant au fait que leur réalité n’est pas considérée comme digne d’être traitée en haute priorité.

Shadi Sadr

20 mai 2010

Shadi Sadr est une avocate iranienne, défenseure des droits humains des femmes. Elle a reçu le prix des défenseures droits humains Tulip en 2009.