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Algerie : les expéditions punitives menées contre les femmes sous prétexte de moralisation de la société

samedi 23 juillet 2011, par siawi

El Watan, 21 juillet 2011

L’Observatoire des violences contre les femmes (OVIF) a dénoncé, hier, les expéditions punitives menées par certains groupes d’hommes contre les femmes sous prétexte de moralisation de la société.

Lors d’une conférence de presse animée hier à Alger, Cherifa Khadar et Dalila Djerbal, deux responsables de l’OVIF, ont qualifié de scandaleux ce qui s’est passé dernièrement à M’sila et avant cela à Ouargla, Remchi, Hassi Messaoud et Bordj. Considérées par leur voisinage comme « des prostituées potentielles », car elles vivent seules et sous prétexte d’assainissement des mœurs, des groupes d’individus organisent des expéditions punitives contre ces femmes. « Dans beaucoup de cas,
c’est la rumeur qui tient lieu d’acte d’accusation. Des personnes, dont la moralité et la crédibilité ne sont pas toujours démontrées, s’érigent en tribunal ; elles dressent l’acte d’accusation et mobilisent l’opinion pour l’exécution sommaire ! » s’offusque Dalila Djerbal. Elle est persuadée que ces « justiciers », qui se mettent à plusieurs centaines pour se donner du courage et se rassurer du bien-fondé de leur crime, qui brûlent les maisons des femmes, les agressent au nom de la morale, sont les mêmes à utiliser les femmes comme des objets sexuels pour assouvir leurs frustrations.

Des actions, affirme-t-elle, doivent être engagées pour la protection des citoyens, car les femmes restent le maillon faible qui sert d’exutoire à la mal-vie et aux injustices, et la prostitution n’est qu’un alibi, mais un alibi systématique. Dans la foulée, l’observatoire condamne la manière laxiste avec laquelle les pouvoirs publics réagissent à ces expéditions punitives : « Ce que nous dénonçons dans l’affaire de M’sila et toutes celles qui l’ont précédée, c’est l’absence de l’Etat qui fait que tout individu peut se substituer à la loi et trouver prétexte dans la moralisation de la société pour attenter à la sécurité des femmes », s’insurge l’oratrice qui insiste sur le fait que les auteurs de ces expéditions punitives avancent à chaque fois l’argument de la prostitution.

VULNÉRABILITÉ ET DÉTRESSE SOCIALE

L’observatoire considère à cet effet que « le système de prostitution » est une forme grave de violence contre les femmes qui se situe dans le même continuum que les autres. « La prostitution est d’abord un système qui bénéficie aux hommes. Ce sont eux les “consommateurs” et elle alimente en milliards des réseaux mafieux bien protégés et auxquels participent parfois des femmes. La prostitution, par contre, détruit les vraies victimes : des femmes, des enfants et des jeunes hommes », déclare la représentante de l’OVIF qui note que le système de prostitution prospère grâce à la précarité sociale de plus en plus large, parce que des catégories sociales traînent de lourdes détresses familiales ou des violences jamais dénoncées et surtout impunies. Pour les associations féminines, le phénomène de la prostitution est toléré, même par les potentiels agresseurs, quand il est caché.

L’observatoire dénonce ces réseaux criminels qui profitent de la vulnérabilité et de la détresse sociale de certaines femmes pour les exploiter et condamne le fait que certaines personnes se substituent à la justice, qui doit être la seule, a insisté Mme Djerbal, habilitée à se prononcer sur des faits quelle qu’en soit la nature. Pour elle,
il est impératif que l’Etat s’implique pour mettre un terme aux violences contre les femmes ou, au moins, en atténuer les proportions. « Quand bien même des faits de prostitution sont prouvés, personne n’a le doit de faire le travail de la justice. Il y a le code pénal, il y a des lois internationales ratifiées par l’Algérie comme la charte contre la traite des humains », martèle-t-elle.

Ainsi, les associations membres de l’OVIF demandent aux pouvoirs publics de mettre en place les mécanismes nécessaires pour interdire la prostitution. « On demande seulement de respecter les conventions ratifiées par l’Algérie dont celle qui considère la prostitution comme étant incompatible avec la dignité et la valeur de la personne humaine », précise pour sa part Cherifa Kheddar.

Nabila Amir

Pour signer la petition STOP aux attaques réitérées contre les femmes, cliquez sur le lien http://www.siawi.org/article2455.html

- President de la Republique : El Mouradia BP Alger Gare . fax : 00213 21691595

- Monsieur Tayeb Belaiz, ministre de la justice, garde des Sceaux
- 8, place Bir Hakem Alger ; fax : 00213 21922956 ou 00213 21921701

- Monsieur Dahou Ould Kablia,
- ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales
- Pamais du Gouvernement, Rue Docteur Saadane, Alger
- Fax:00213 21737681

- Me Nouara Saadia Djaffar,
ministre déléguée auprès du ministre de la Solidarité nationale et de la famille, chargée de la famille et de la Condition féminine
- 125 boulevard Abderrahmane Laala El Madania 16075 Alger
- fax : 0021321667574

Allez sur ce lien : http://www.siawi.org/article2455.html

Article paru dans le journal El watan

le 22.07.11

Descentes punitives à M’sila : une famille relève la « passivité » de la police

Livrées à la vindicte populaire dans différents quartiers de M’sila, où elles ont failli être lynchées pour les unes et brûlées vives pour les autres, ces femmes seules, noyées momentanément dans le brouhaha de la chasse aux sorcières, ne baissent pas les bras.

Du moins l’une d’entre elles qui, en cette journée du 10 juillet, s’est déplacée au bureau d’El Watan pour relater la nuit d’horreur du 1er au 2 juillet, où sa famille attaquée au cocktail Molotov a failli être brûlée vive, d’une part, et pour dénoncer le silence suspect des magistrats et des services de sécurité qui ont assisté sans broncher aux tentatives répétées de massacre de femmes et d’enfants, d’autre part. « C’est honteux qu’une famille entière de onze membres, dont quatre enfants en bas âge (10, 9, 4 ans et 4 mois), lâche Mme R., ait à subir des assauts répétés durant la nuit du 1er au 2 juillet de la part de délinquants qui se sont acharnés à l’aide
de cocktails Molotov à bombarder notre appartement avec l’intention de nous brûler vifs, sans qu’aucune instance de sécurité ne daigne bouger le petit doigt pour assurer la protection de personnes en danger de mort. »
Mme R., mère de 5 enfants, accusée d’exercer le plus vieux métier du monde, n’en revient pas face à cette hargne des riverains à vouloir en découdre avec sa famille en salissant la réputation de ses filles. « Moi, dit-elle, qui ai vécu plus de 12 ans dans ce quartier sans que personne ne trouve à redire. » Pour elle, il est inconcevable qu’un habitant au cœur de la ville de M’sila, au milieu des institutions de l’Etat, se fasse massacrer par une bande de délinquants, sans qu’aucune instance réagisse pour protéger des vies humaines. Et d’ajouter : « Le silence en réponse à nos 120 appels de détresse adressés à la police (3e sûreté urbaine) et la sûreté de wilaya nous a éclairés sur cette velléité de l’administration en charge de la sécurité publique à nous jeter en pâture et être au diapason avec les délinquants. » « Pire, le lendemain, après avoir survécu à la nuit d’horreur de la veille, personne n’a voulu me recevoir pour déposer une plainte. Il a fallu que je me rende au ministère de la Justice le 3 juillet pour que le procureur général daigne accepter ma plainte, et que les services établissent un procès-verbal d’audition. »

Nuit d’horreur

Les dérobades des services de police ne se sont pas arrêtées là : après avoir survécu à cette nuit d’horreur, cette famille a été conseillée par le commissaire Hakim de quitter la ville, tout en la rassurant que l’appartement sera sous bonne garde. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, la promesse du commissaire Hakim n’a pas tenu face à la déferlante qui a ciblé l’appartement de Mme R. Celui-ci a été incendié, pillé sous le regard des policiers, qui n’ont pas levé le petit doigt pour dissuader ces jeunes en furie, qui s’en sont donné à cœur joie pour jeter une famille entière dans la rue et traumatiser à jamais des enfants, dont le seul tort était d’être là en cette nuit du 1er juillet chez leurs grands-parents. « Au jour d’aujourd’hui, note Mme R., aucune suite n’a été donnée à la plainte contre les auteurs présumés des tentatives de brûler les occupants de l’appartement, qui a été réduit en cendres le lendemain. »

Ghellab Smail

- http://www.elwatan.com/weekend/7jours/descentes-punitives-a-m-sila-une-famille-releve-la-passivite-de-la-police-22-07-2011-133570_178.php-