Publié le Vendredi 27 Janvier 2012 à 16:33
« Le centre d’étude sur l’Islam et la Démocratie »(CSID), Think tank tuniso-américain, lancé par le professeur Radhouane Masmoudi, a organisé ce matin à Tunis une conférence sur les relations tuniso-américaines après la révolution.
A travers ce centre, Radhouane Masmoudi s’est dit s’être rapproché des décideurs américains « pour les convaincre de la nécessité de prendre en compte les islamistes dans les pays arabes et de les laisser participer à la vie politique. Si nous organisons des élections dans ces pays là, les islamistes remporteront au moins 1/3 des voix. Il est impossible d’instaurer une démocratie en excluant un tiers de la population », a-t-il dit.
Un groupe de penseurs, d’intellectuels et d’hommes politiques ont assisté à cette table-ronde pour étayer la discussion autour des relations futures entre les deux pays. L’expert américain dans la politique internationale et l’islamisme dans les pays du Maghreb, William Zartman, a affirmé que les Etats-Unis ont favorablement accueilli ce soulèvement contre la dictature en Tunisie. « Nous étions contents que cela arrive en Tunisie, un pays que nous avions toujours regardé avec sympathie…Pour l’avenir, il faut que les médias transmettent se qui se passe avec exactitude, sans que les évènements isolés ne deviennent au centre de cette révolution. D’ailleurs l’Etat doit se charger de ces débordements », dit-il avant d’ajouter « La question est : Est-ce possible de satisfaire les attentes économiques et sociales du peuple tunisien, car c’est de cela que dépendra la stabilité du pays ! ».
William Zartman appelle également à la concrétisation des accords de libre échange entre la Tunisie et les Etats-Unis.
Ayant vécu aux USA pendant 30 ans, Radhouane Masmoudi parle des relations qu’ont entretenu son pays d’origine avec son pays d’adoption. « Au début des années 1990, les deux pays entretenaient d’excellentes relations. Surtout que Ben Ali avait rassuré les Américains au sujet de l’instauration d’un pays démocratique une fois qu’il se serait débarrassé de ce qu’il appelait la menace islamiste. C’était au même moment où les Américains voyaient ce qui se passait en Algérie et avait peur que cela ne se reproduise en Tunisie. Ensuite, Ben Ali a failli à sa promesse bien que les USA l’aient rappelé au devoir. D’ailleurs, trois visites officielles de Ben Ali à Washington avaient été annulées à cause de la situation des libertés en Tunisie ». Radhouane Masmoudi dit avoir appris de source digne de foi, que lors de la visite de Ben Ali à Washington qui a eu finalement eu lieu en 2004, les responsables américains auraient clairement dit à l’ancien président « que les relations entre les deux pays ne seraient plus possibles si la situation en Tunisie ne s’améliorait pas ».
Au sujet de la situation économique, Radhouane Masmoudi préconise un plan Marshall pour sauver la Tunisie. « Il y en a qui disent que nous n’avons pas besoins de dons…Mais bien sur qu’il y a des gens qui ont en besoin. Nous n’avons pas besoin de prêts, dans l’état actuel des choses. Et nous ne sommes pas prêts pour les investissements puisque la situation politique n’est pas claire. Qui investirait dans un pays où il n’existe même pas de constitution ? En revanche, nous aurons besoin d’un plan d’aide de près de 5 milliards de dollars par an, renouvelable pendant 5 ans, et auquel participeraient plusieurs pays. Il faut convaincre les USA qu’ils ne trouveront pas un meilleur allié que la Tunisie, dans le monde pour donner naissance à une vraie démocratie arabe ».
Ajmi Ourimi, du bureau exécutif d’Ennahdha est intervenu pour commenter le rôle des médias dans le traitement de l’information : « Le gouvernement actuel est élu, c’est un gouvernement de révolution et de réforme. Et ce n’est pas un gouvernement Ennahdha. On y trouve même des gens de la gauche. Il faut que les médias reflètent la réalité telle qu’elle est…Toutes les libertés sont actuellement garanties…ceci n’empêche pas que je condamne toute acte de violence contre l’intégrité physique des gens et de leurs libertés ».
Abdelwaheb El Hani, président du parti Al Majd, s’est pour sa part interrogé si les USA pouvaient investir en Tunisie pour créer de l’intelligence comme ils ont fait en Inde. La Tunisie, a actuellement besoin de miser sur l’intelligence ».
Hamadi Redissi, politologue, a relevé que les USA ont certes parié sur une démocratie tunisienne, mais reste méfiants. « l attendent qu’il y ait des résultats positifs et je peux vous dire que jusque là, le gouvernement est en train d’accumuler des bévues. Et puis nous donner 5 milliards de dollars comme si la Tunisie allait devenir l’Israel du Monde Arabe…Faut-il que nous ayons les attitudes qui aillent avec ».
Chiraz kef