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Les Marocains dénonce une fatwa autorisant le mariage des mineurs

par Imane Belhaj

vendredi 19 septembre 2008, par siawi

Les Marocains réagissent vigoureusement à une fatwa autorisant le mariage des mineurs

Un cheikh marocain a déclaré que les parents avaient le droit de marier leurs filles mineures. Les associations de défense des droits de l’Homme et de défense de l’enfance, ainsi que de nombreux Marocains, dénoncent cette fatwa, affirmant qu’elle "équivaut à un viol".

Par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 12 septembre 2008

[Photo :] [Naoufel Dekkaki] Le cheikh marocain Mohammed Maghraoui a suscité une forte indignation au sein des associations de défense des droits de l’Homme et des citoyens qui dénoncent sa récente fatwa autorisant le mariage de jeunes filles de neuf ans.

Les Marocains et les défenseurs des droits de l’Homme s’opposent à une récente fatwa qui permettrait aux parents de marier leurs filles mineures.

Pour les opposants à la fatwa du cheikh Mohammed Maghraoui, le mariage de fillettes de neuf ans est une violation des droits de l’Homme en général, et des droits des enfants en particulier.

Maghraoui affirme qu’à l’âge de neuf ans, les filles sont capables de se marier, comme l’a fait Aisha lorsque le Prophète Mahomet l’a épousée.

"Nous pensions être débarrassés de ce type d’attitude après l’adoption du Code de la famille, qui comporte un certain nombre de garanties visant à protéger les enfants contre le mariage précoce, et après avoir instauré le Conseil des Fatwas", a déclaré la Ligue Démocratique pour les Droits des Femmes (LDDF) dans un communiqué.

Cette fatwa "équivaut à un viol et à un abus sur un enfant âgé de neuf ans", poursuit ce communiqué, ajoutant que l’organisation estime que cette fatwa va à l’encontre de la convention sur les droits des enfants et des traditions du peuple marocain.

Le nouveau Code de la famille au Maroc stipule que les hommes et les femmes ne peuvent se marier qu’à l’âge de 18 ans. Il stipule également que le mariage pour des individus n’ayant pas atteint l’âge légal ne peut être décidé que par un juge. La loi autorise le juge à accorder une telle autorisation uniquement s’il estime que le mariage est dans l’intérêt des parties concernées, et seulement après avoir consulté les parents ou le tuteur légal de l’enfant mineur, et en tenant compte de conseils médicaux et des résultats d’enquêtes sur la situation sociale.

La fatwa du cheikh Maghraoui a été émise en réponse à une question sur le fait de savoir si une femme pouvait se marier avant d’avoir atteint l’âge de la menstruation. Dans sa réponse, El Maghraoui affirmait que le mariage n’était pas lié à la menstruation. Selon son site web, cette fatwa avait été lue 1 642 fois le 9 septembre, plus que toutes les autres fatwas sur ce site, après qu’elle eut été relevée par plusieurs journaux locaux.

Me Mourad Bakouri a déclaré à la presse, jeudi 11 septembre, qu’il avait porté plainte contre Maghraoui pour incitation à l’abus sur mineurs.

"J’ai déposé plainte pour non-respect du Code de la famille, des droits de l’enfance et pour les risques de viol", a déclaré cet avocat.

"Cela nous fait sentir les dangers qui menacent nos familles et la stabilité sociale", a déclaré Najat Anwar, présidente de l’association Touche pas à mon Enfant. Des leaders religieux tels que Maghraoui ne devraient pas être autorisés à publier librement de telles fatwas, explique-t-elle.

L’intellectuel islamique Abdelbari Zemzem a déclaré aux journalistes que cette fatwa est inacceptable d’un point de vue religieux. Le mariage de jeunes filles mineures est inapplicable dans les sociétés modernes, explique-t-il, où aucun intérêt éthique, religieux ou social ne saurait justifier le mariage d’une jeune fille de neuf ans.

Nombre de citoyens marocains partagent cet avis.

Khaled Najib, un étudiant, explique que de telles fatwas déforment la religion et "donnent aux ennemis de l’Islam une bonne raison de nous attaquer et de nous qualifier d’esprits retardés."

Fatima Banani, une femme au foyer, déclare : "Je ne pense pas que deux parents sains d’esprit, qui se préoccupent du meilleur intérêt de leur fille, qui n’a pas encore atteint l’âge de la menstruation, accepteront de la marier, même si le prétendant est un homme bon et honorable."

(Source : Magharebia, 12 septembre 2008)