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Hier, la Tunisie : Le niqab divise l’opinion tunisienne

mercredi 19 mars 2014, par siawi3

Source : http://www.latunisievote.org/ar/societe/item/372-le-niqab-divise-lopinion-tunisienne

Un article sur le niqab paru le 25 octobre 2011, soit deux jours après les élections pour l’Assemblée Nationale Constituante  :

Le Niqab (voile intégral) est apparu après l’avènement de la Révolution. Les femmes intégralement voilées ont divisé les Tunisiens en deux clans. Le premier rejette ce phénomène et estime qu’il est antinomique avec la liberté de la femme et n’a aucun lien avec les traditions. Le second considère le port de cette tenue comme une manifestation de la liberté individuelle dont bénéficient les Tunisiens depuis la Révolution.
Le problème des femmes portant le niqab a été soulevé au cours des dernières semaines à maintes reprises. La dernière en date a été le refus d’inscrire Marwa Saadi à la faculté de Lettres de Sousse au centre du pays. Cet incident a généré des actes de violence suite à l’intrusion de l’enceinte universitaire d’un groupe à tendance salafiste, ce qui a provoqué des réactions divergentes.
Il n’existe pas de données chiffrées et précises sur le nombre des femmes voilées intégralement en Tunisie. Cependant, on peut estimer que leur nombre ne dépasse guère les quelques centaines dans tout le pays et que cette pratique reste limitée au courant salafiste qui considère cette tenue vestimentaire comme une obligation légale. Appartenant au rite malékite modéré, la majorité des Tunisiens considèrent cet habillement noir qui couvre tout le corps de la femme à l’exception de ses yeux, comme étranger aux traditions tunisiennes. « Le niqab n’a rien de tunisien. C’est une pratique importée du Machrek », constate Houda Abbassi, fonctionnaire qui refuse de traiter avec celle qui le porte, en dépit de son attachement au principe de la liberté pour chaque personne à porter ce qu’elle souhaite.

La tenue traditionnelle est le sefseri

Les tenues vestimentaires modernes sont fortement présentes en Tunisie, en raison du développement socioculturel qu’a connu la société tunisienne en général et la femme en particulier, au long du demi-siècle dernier. Le Code du statut personnel, qui distingue la Tunisie des autres pays arabes, a octroyé de nombreux droits aux femmes, en plus de la gratuité et à la propagation de l’enseignement. Ces facteurs ont permis aux femmes d’occuper une place privilégiée dans la vie économique du pays. La tenue traditionnelle des femmes en Tunisie, qui n’est plus portée aujourd’hui, est le Sefseri, un long voile blanc dont se drape la femme, et qui laisse apparaitre son visage en entier. Contrairement au sefseri tunisien, le niqab noir existe dans plusieurs pays du Golfe arabe ainsi que dans des pays tels que l’Afghanistan et le Pakistan. Ce voile intégral est lié aux traditions islamiques très conservatrices dans ces pays.

Respect de la Charia

Cependant, les femmes tunisiennes portant le voile intégral considèrent le niqab comme un habit légal institué par les textes coraniques. Zohra Jendoubi, une étudiante portant un voile noir couvrant toutes les parties de son corps, dit qu’elle est attachée au port du niqab et défend sa position par « respect à la Chariaa » et non seulement par attachement à la liberté individuelle. La position de Zohra et d’autres femmes dans son cas est défendue par plusieurs symboles du salafisme en Tunisie, tel que Seifellah Ben Hassine qui a passé une décennie dans les geôles de Ben Ali après avoir été accusé de terrorisme avant qu’il ne soit libéré après l’annonce de l’amnistie général durant le printemps dernier. Le mouvement islamiste Ennahdha parait appuyer les personnes en faveur du port du niqab. Bien que ce mouvement n’ait pas adopté l’opinion de jurisconsultes qui considèrent le niqab comme étant une obligation légale, il n’en demeure pas moins que plusieurs de ses dirigeants penchent, à travers leurs déclarations, vers le soutien au droit des femmes intégralement voilées à porter ce que bon leur semble.

Circulaire 108

Cependant, Ajmi Ourimi, dirigeant au Mouvement d’Ennahdha considère le Niqab comme étant un épiphénomène limité, soulevé pour des raisons encore occultes. Ajmi Ourimi ajoute que le Mouvement n’encourage pas le port du voile intégral bien qu’il affirme que son port s’inscrit dans le cadre de la liberté individuelle. Le Mouvement Ennahdha, considéré comme le plus grand mouvement islamiste en Tunisie, a mené en Tunisie un grand combat en vue d’abroger la circulaire 108 interdisant le port du voile (hijab) dans les écoles et les administrations publiques, texte abrogé après la fuite de Ben Ali. Paradoxalement, le soutien au port du niqab s’étend au-delà du milieu des salafistes, et les organisations des droits de l’Homme estiment que le port du niqab relève d’une liberté individuelle. Wissem Ben Othmen, prrésident de l’Association des jeunes musulmans indique que « le niqab s’inscrit dans le cadre de la liberté accordée à chaque personne de porter ce qu’elle souhaite », ajoutant que l’argument consistant à imposer la reconnaissance de la personne et à décliner son identité est fallacieux dans la mesure où l’identité peut être établie avec une carte d’identité.

Liberté individuelle

L’association Liberté et Justice fait partie des principaux défenseurs du port du niqab. Imen Triki, secrétaire générale de l’association estime que le niqab fait partie des libertés individuelles, considérant la polémique soulevée au sujet de son port est une polémique créée de toute pièce qui a pour objectif de détourner l’attention d’autres enjeux plus importantes. De même, d’autres associations de la société civile ont soutenu les femmes portant le niqab, à l’instar du Conseil National des Libertés en Tunisie (CNLT) qui estime, selon un communiqué publié à ce sujet, que cette tenue s’inscrit dans le cadre de la liberté individuelle, qualifiant les mesures prises à l’encontre des femmes voilées intégralement à l’université « d’abusives et de répressives ».A l’opposée de la position en faveur du port du niqab qui le permet au nom de la liberté individuelle ou sous prétexte d’obligation légale (religieuse), les autorités publiques représentées par Taieb Baccouche, ministre de l’Education rejettent catégoriquement ce genre d’habits dans les écoles et les universités et considèrent qu’il est contraire aux règles basiques de pédagogie et de communication. Par ailleurs, il pose des problèmes de sécurité compte tenu de l’impossibilité de reconnaitre l’identité des femmes le portant. Khadija Ben Hassine, militante des droits de l’Homme, estime que « le niqab entrave la reconnaissance de l’identité d’autrui et la communication avec les tiers de manière claire ». De nombreux militants des droits de l’Homme estiment que le niqab représente une menace pour la société et sa sérénité, et constitue une difficulté en termes de communication.

Un avilissement de soi

Les principaux mouvements féministes en Tunisie se positionnent comme étant les plus farouches détracteurs du port du niqab en Tunisie. Myriam Zeghidi, membre de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) déclare que « l’identité fait partie des attributs de la femme et le port du niqab constitue un mur qui dissimule cette identité et signifie que la femme se considère comme obscène, avec comme conséquence l’avilissement de soi et la peur de l’autre ».La position des mouvements féministes en Tunisie, farouche opposant au niqab est soutenue par les élites culturelles dans le pays, notamment, les enseignants du supérieur qui ont fait face à ce phénomène au cours de la dernière période. Hatem Chelli, professeur estime que « le port du niqab empêche la communication, qui implique une reconnaissance des traits de l’étudiant ainsi que de ses réactions envers son interlocuteur ». Chelli ajoute « je ne permettrai pas à une étudiant portant le niqab d’accéder à ma classe », mettant l’accent sur le fait que le niqab ne fait pas partie de la liberté de s’habiller dans la mesure où il transgresse les règles élémentaires de la vie en société. La position de Chelli, similaire à celle de nombreux enseignants universitaires, est appuyée par des partis politiques considérés comme progressistes, qui considèrent le niqab est une manifestation rétrograde et contraire aux droits des femmes.Il apparaît clairement à travers la position affichée par Pr Chelli et d’autres élites politiques et culturelles tunisiennes, que nous sommes face à une nouvelle problématique qui se pose sur la scène tunisienne post-révolutionnaire. Une partie des Tunisiens ne souhaite pas rentrer dans la polémique et situe ce phénomène dans le contexte particulier de la prolifération des manifestations d’extrémisme religieux, suite aux décennies de répression subie par les islamistes sous le régime du président Ben Ali. Dans cette optique, le niqab est appelé à disparaître progressivement de la rue tunisienne réputée depuis des siècles par son ouverture et sa modération.