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Canada : Le Québec doit se munir d’une Charte de la laïcité

vendredi 29 mai 2009, par siawi

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Le Journal de Montréal, 21/05/2009
- 

Fonction publique :

Pour une charte de la laïcité

par Mathieu Turbide

Le Québec devrait se doter d’une Charte de la laïcité afin d’éviter que les éternels débats sur le port du voile islamique ou d’autres signes religieux ne divisent davantage la population, estime un nouveau collectif, qui expliquera sa position en conférence de presse ce matin

Interpellé par le débat suscité par la prise de position de la Fédération des femmes du Québec contre l’interdiction du port de signes religieux dans la fonction publique, ce nouveau collectif réunit des intellectuelles québécoises, dont l’auteure Djemila Benhabib et la présidente du Mouvement laïque québécois (MLQ), Marie-Michelle Poisson.

Ces femmes jugent que le débat actuel est faussé parce qu’il lie la question du port des symboles religieux à l’intégration des immigrants. « À entendre le débat actuellement, c’est comme si tous les immigrants étaient des religieux extrémistes. Or, ce n’est pas le cas, les études le démontrent. »

Pas plus religieux

« Les immigrants ne sont pas plus religieux que la moyenne des Québécois, disons, de souche », prétend Mme Poisson, du MLQ.

Ces femmes se rangent derrière la position du Conseil du statut de la femme, qui suggère au gouvernement Charest d’interdire le port de tout signe religieux ostentatoire dans la fonction publique, ce que stipulerait une éventuelle « Charte de la laïcité ».

Selon Mme Poisson, les libéraux de Jean Charest ont peur de prendre position pour la laïcité dans les institutions publiques, car ils craignent de se mettre à dos une partie de la population qui veut conserver les signes religieux catholiques.

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Metro Monteral, 22 mai 2009

Un état laïque pour l’égalité des citoyens

par JOSÉE-RAPHAËLE BRODEUR

Le Québec doit se munir d’une Charte de la laïcité s’il veut assurer la liberté de religion et éviter de diviser davantage la population, a défendu hier en conférence de presse un collectif de citoyens.

Métro s’est entretenu avec Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran et membre d’un collectif dédié à la question de la laïcité.

Pourquoi le Québec doit-il se doter d’une Charte de la laïcité ?

Il doit se doter d’une telle Charte, car nous assistons à une augmentation des demandes religieuses. L’État n’a pas à servir les citoyens à la carte, en fonction de la religion. Nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Quels genres de problèmes entraînent l’affichage de symboles religieux dans le domaine public ?

Il s’agit de notre cohésion sociale. Les citoyens doivent aller au-delà des croyances pour réfléchir ensemble et évoluer dans la même direction. La religion est un facteur de division, alors que la laïcité met tout le monde sur un pied d’égalité et permet à chacun de vivre ses croyances dans le domaine privé.

À quoi s’oppose principalement votre collectif ?

Nous nous opposons au port du voile dans la fonction publique et à l’aménagement de salles de prière au travail ou à l’ école. La religion doit se vivre dans les lieux de culte. Lorsqu’elle déborde de ces espaces, cela devient du prosélytisme.

À qui s’adresse cet appel pour une Charte de la laïcité ?

On interpelle les politiciens pour qu’ils en débattent à l’Assemblée nationale. On invite les citoyens à participer et à donner leur avis sur la laïcité. Cette charte doit être l’aboutissement d’un consensus social, au même titre que la Charte de la langue française.

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(Source : http://www.cabinetavocats.qc.ca/dossiers/dossier.php?id=119 )

Réflexon pour une charte au Québec pour la laïcité

L’urgence d’une Charte de la laïcité

Correspondante : Louise Mailloux
- Publié le : 21/05/2009 à 11h48

Montréal, le 21 mai 2009 - De nouveau, la société québécoise est confrontée à des visions antagoniques sur la place du religieux dans l’espace public et plus particulièrement dans les services publics. Reconnaissons que ce débat complexe ne peut se faire sans que nous ayons défini, au préalable, ce que devrait être la laïcité de l’État. Nous souhaitons favoriser un tel débat et nous invitons nos concitoyens, de partout au Québec, à y participer

Parce que

  1. Les concepts et les normes n’ont jamais été collectivement clairement définis,
  2. Il est temps de préciser les valeurs, fondamentales et non négociables, qui lient l’ensemble des citoyennes et des citoyens du Québec,
  3. Il est temps d’arrêter d’imputer aux immigrants notre difficulté à définir la laïcité de nos institutions publiques,
  4. Nous avons à cœur l’intégration des immigrants de toutes les origines,
  5. Parce que le Québec n’échappe pas à la montée des fondamentalismes religieux et il ne peut faire fi du contexte politique international.

Pour toutes ces raisons

Notre société a besoin de construire un consensus autour de la laïcité comme elle s’en est construit un avec la Charte de la langue française au fil du temps.

Nous devons et pouvons le faire : autant la Charte de la langue française a été essentielle, autant cette Charte de la laïcité s’impose aujourd’hui. Ayons le courage de continuer à définir le Québec.

Conception de la laïcité

« Le but de l’organisation en société c’est la liberté », affirmait Spinoza. Seule la laïcité peut être garante de la liberté car elle organise la Cité en préservant et en respectant la neutralité de l’action publique. Ne promouvoir ni l’athéisme, ni la croyance religieuse, telle est notre compréhension de la neutralité de l’État que nous considérons vitale pour l’accomplissement du vivre ensemble. « La puissance publique ne doit imposer aucune croyance », affirmait Condorcet. Dans une perspective laïque, l’État, à travers ses fonctionnaires, ainsi que les organismes qui le représentent doivent donc, afficher la plus grande impartialité et la plus grande apparence d’impartialité dans l’exercice de leurs fonctions et de représentativité.

Nous, citoyennes et citoyens convaincus du caractère essentiel de la laïcité pour une société québécoise plurielle et inclusive, tournée vers l’universel, demandons au gouvernement du Québec de débattre de cette question à l’Assemblée nationale. Cette démarche devrait mener à l’adoption d’une Charte québécoise de la Laïcité. Cette dernière, avec la Charte des droits et libertés de la personne et certains éléments fondamentaux de la Charte de la langue française, devrait être considérée comme partie intégrante de la Constitution du Québec et avoir, à ce titre, priorité sur toutes les autres lois.

Nous croyons que la population québécoise a le droit de recevoir des services publics neutres, c’est-à-dire sans connotation religieuse ou politique. Les services publics, en effet, ont cette particularité d’appartenir à tous les citoyens du Québec, peu importe leur origine, leur condition sociale, leurs croyances religieuses ou leur non-croyance, etc. Il est donc normal d’exiger que les employé-es des services publics s’abstiennent, dans l’exercice de leurs fonctions, d’afficher ou de défendre leurs opinions personnelles. Par contre, ils ont le devoir de défendre et de respecter les lois issues d’un large consensus et destinées à favoriser la laïcité et l’égalité entre les femmes et les hommes. D’ailleurs, le devoir de réserve des employé-es de la fonction publique relativement à l’expression de leurs opinions politiques a déjà été reconnu et encadré par les articles 10 et 11 de la Loi sur la fonction publique. Tout le monde accepte ces restrictions à la liberté d’expression et d’opinion, et l’État pourrait étendre la portée de cette loi aux opinions religieuses.

Nous demandons à l’Assemblée nationale du Québec d’élaborer une Charte de la laïcité qui pourrait concilier droit à la liberté religieuse et obligation de neutralité et de laïcité de l’État. Sur la base de valeurs communes devant y être consignées, cette charte définirait clairement en quoi consiste la neutralité de l’État, des institutions publiques et des lois à l’égard des religions, et les moyens de la réaliser. La Charte de la laïcité serait un outil adapté à la société québécoise contemporaine, qui est diversifiée, ouverte à l’immigration, et attachée à son histoire et à ses valeurs. En outre, la démarche qui permettra à la société québécoise de se doter d’une telle charte serait l’occasion de construire un consensus social sur cette question complexe.

C’est en proclamant officiellement et en faisant respecter la neutralité et le caractère laïque de ses institutions et des services publics que l’État assurera à tous les citoyens et citoyennes la liberté de religion et de conscience.

Élaine Audet et Micheline Carrier, éditrices de Sisyphe.org, Diane Guilbault, auteure de Démocratie et égalité des sexes
Sisyphe/ netfemmes