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Hommage àFatima Mernissi, sociologue marocaine, morte à75 ans

Wednesday 2 December 2015, by siawi3

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Source: http://www.wluml.org/news/wluml-pays-tribute-fatima-mernissi-moroccan-sociologist-dead-75

1.12.2015

par Fatou Sow
Directrice du réseau international Femmes Sous Lois Musulmanes

Quelle terrible et triste nouvelle.

Je connais Fatima Mernissi, depuis 1977. Nous nous étions rencontrées àla conférence de fondation de l’Association des femmes pour la recherche et le développement (AFARD), àDakar, au Sénégal. C’était la première fois que des femmes africaines organisaient une grande réunion en Afrique même, pour décoloniser les sciences sociales africaines, déconstruire le féminisme occidental et créer notre propre agenda.

A cette même conférence, je rencontrais pour la première fois Marième Hélie Lucas (Algérie), Ayesha Imam (Nigeria), Achola Pala (Kenya), Philomena Steady (Sierra Leone), pour ne citer que quelques noms. C’était le début d’un « compagnonnage » avec pour objectif la création de mouvement(s) de femmes panafricains. Mais ce que je ne savais pas c’est que c’était le début d’un long voyage avec Marième Hélie Lucas et Ayesha Imam, bien que je n’ai pas eu l’occasion de beaucoup leur parler. C’était la première fois que j’entendais parler d’elles. Ayesha, revue dans d’autres circonstances, m’invitait, une quinzaine d’années plus tard, àjoindre WLUML.

Je me rappelle encore la conférence donnée par Fatima Mernissi, quelques années plus tard, àl’Université de Dakar, sur le thème Femmes et islam. L’amphithéâtre fut littéralement envahi par des associations musulmanes sénégalaises, prêtes àen découdre avec elle (sinon la manger crue). L’organisatrice de la conférence était Marie-Angélique Savané, une ardente féministe sénégalaise de renom, qui se trouvait être chrétienne. Fatima avait été assez fine pour comprendre le contexte et flairer la tension ambiante. Elle commençait son discours en récitant une prière (quelques phrases d’un verset) du Coran. Puis, elle ponctuait toutes ses phrases d’une citation (ou de plusieurs) en arabe. Personne (en tous cas pas moi) ne savait si elles les tenaient du « livre saint » ou pas. A la fin de la conférence, elle recevait une ovation monstre pour avoir expliqué que les femmes devaient lire le Coran par et pour elles-mêmes. Pour ma part, elle m’avait convaincue (ce n’était sans doute pas son objectif) de ne pas m’engager dans un débat religieux pour ma lutte en faveur des droits des femmes. Elle m’avait donné de nouveaux outils.

La dernière fois que j’ai eu l’occasion de discuter avec Fatima, c’était en 2006, àRabat, àune conférence sur Genre et globalisation, organisée par Malika Benradi, une professeure de droit marocaine et notre alliée.

Fatima Mernissi avait une très forte personnalité que j’appréciais pour ses connaissances et ses talents d’écriture. On se souviendra d’elle àtravers son Å“uvre.