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France : Le documentaire « Salafistes » interdit aux moins de 18 ans

samedi 30 janvier 2016, par siawi3

Source : http://next.liberation.fr/cinema/2016/01/27/le-documentaire-salafistes-interdit-aux-moins-de-18-ans_1429406

Polémique
Le documentaire « Salafistes » interdit aux moins de 18 ans

Par Didier Péron

27 janvier 2016 à19:37

Jusqu’au bout, les représentants du ministère de l’Intérieur ont prôné son interdiction pure et simple.

Capture d’écran du documentaire « Salafistes » réalisé par Lemine Ould M. Salem et François Margolin. DR

Il a fallu attendre 13 heures mercredi pour que Fleur Pellerin annonce finalement la décision d’interdire aux moins de 18 ans avec avertissement le documentaire Salafistes, co-réalisé par François Margolin et Lemine Ould M. Salem. Le film est repassé en commission de classification du Centre national du cinéma (CNC) mardi dans une version nouvelle avec pas moins de quatre coupes. Les réalisateurs ont ainsi retiré les images du policier Ahmed Merabet au moment où il est au sol et assassiné àbout portant par les frères Kouachi devant Charlie Hebdo. Une longue séquence de main tranchée en public a, elle, été légèrement raccourcie et deux autres images sanglantes ont été expurgées afin d’atténuer le caractère jugé trop choquant de certaines scènes.

Il semblerait que jusqu’au bout, du côté des représentants du ministère de l’Intérieur siégeant dans un des trois collèges de neuf personnes qui constituent la commission de classification, la demande d’interdiction ait été clairement reformulée dans les mêmes termes que lors de la première version pour la première commission. Le film représenterait un « appel au meurtre » et diffuserait le message terroriste, il fallait donc, selon eux, ne pas lui octroyer de visa d’exploitation. Le collège des professionnels du cinéma et celui composé de représentants des familles, des psys, etc. ont exprimé des réticences fortes àl’égard du film mais il est aussi apparu que de nombreux représentants ont rappelé que leur rôle était de protéger les jeunes spectateurs et non d’empêcher des adultes de voir un film quel qu’il soit. Le collège cinéma (où siègent àla fois des producteurs, des exploitants, des cinéastes, des critiques etc.) estimant qu’une interdiction aux moins de 12 ans et aux moins de 16 ans n’avait aucune chance d’aboutir, a donc porté son avis sur une interdiction aux moins de 18 ans, qui a été adoptée à15 voix contre 9.

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Il est beaucoup reproché au film son manque de distance et de mise en contexte. Les réalisateurs alternent des longues interviews avec des « intellectuels » ou théologiens salafistes et des images d’atrocités commises au nom d’une vérité divine dont ces derniers s’estiment détenteurs. Les conditions d’accès àces personnalités extrémistes, rencontrés en particuliers par le journaliste mauritanien Lemine Ould M. Salem soulèvent d’autres questions puisqu’il lui a fallu évidemment travailler dans le cadre imposé par les jihadistes àTombouctou (il était constamment sous escorte, ne pouvait pas tout filmer etc.). On peut regretter aussi que le cursus pénitentiaire des intervenants ne soit pas rappelé, comme c’est le cas pour le cheikh mauritanien Mohamed Salem al-Majlissi, qui a passé quatre ans en prison et a encore été interpellé en aoà»t 2015 pour apologie de l’Etat islamique.

Le film est un peu fabriqué pour provoquer une polémique, et ses auteurs ne pouvaient évidemment pas douter qu’ils allaient au-devant d’une levée de bouclier mais il semble tout de même sidérant d’entendre ici et làque le docu fait en quoi que ce soit l’apologie du terrorisme ou qu’il est rempli d’appels au meurtre. Les intervenants multiplient les contre-vérités et les sentences de mort pour àpeu près toute personne qui ne serait pas en accord avec elles, tout en ne cessant de vilipender par ailleurs la tyrannie idéologique de l’Occident. Le film nous met au contact d’une réalité discursive, religieuse, politique, guerrière effroyablement pénible àentendre et regarder. On pourra toujours se raconter qu’un type s’est auto radicalisé àune projection de Salafistes au Sept-Parnassien ou au Trois-Luxembourg, les deux salles parisiennes qui le projettent, mais ça ne semble pas la menace la plus sérieuse qui pèse sur le pays en ce moment.