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Musique. Faraj Suleiman, un air de jazz venu de Galilée

En concert le 10 mars

samedi 9 mars 2019, par siawi3

Source : https://www.humanite.fr/musique-faraj-suleiman-un-air-de-jazz-venu-de-galilee-668711

Photo : Aujourd’hui, Faraj Suleiman rêve de partager les planches avec le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf. Vincent Arbelet

Musique. Faraj Suleiman, un air de jazz venu de Galilée

Vendredi, 1 Mars, 2019

Stéphane Aubouard

En concert le 10 mars dans le cadre des Arabofolies, qui commencent aujourd’hui à l’Institut du monde arabe, le pianiste palestinien joue sa vie à chaque note.

Lorsque Faraj Suleiman voit le jour il y a trente-cinq ans sous le soleil de Galilée, rien ne prédispose ce fils d’un marchand de jouets et d’une fleuriste à devenir le premier pianiste de jazz de Palestine. « Dans mon entourage proche, seul un oncle maternel jouait de la musique arabe au violon, et jusqu’à 5 ou 6 ans je me souviens avoir passé de longs moments à ses côtés », confie à l’Humanité le compositeur actuellement en résidence à la Cité des arts à Paris. Cet oncle sera le seul petit crochet mélodique de l’enfance du jeune Faraj, loin encore des salles de concert et du papier à musique qui font aujourd’hui son quotidien. De 6 à 18 ans, les parties de football sur la place du village de Ramy occuperont la majeure partie de son temps, avant que la musique réémerge à l’heure des études supérieures. « J’étais intéressé par le droit et la psychologie. Mais à l’université de Haïfa j’ai fait une rencontre décisive. » Arie Shapira, un professeur de musique israélien, le prend sous son aile. « Non seulement nous parlions de technique et d’harmonie, mais aussi de philosophie. Nous discutions de la vie de tous les jours, des relations entre Palestiniens et Israéliens… Il m’a fait comprendre que si je voulais devenir musicien, je ne pouvais dissocier ma personne, mon histoire, de la musique que je jouais… et qu’il fallait être curieux. » Le jeune pianiste rencontre alors d’autres maîtres : Jean-Sébastien Bach, Ludwig van Beethoven, mais aussi John Lennon, Paul McCartney ou encore Keith Jarrett.

Un phrasé unique au détour d’un solo mémorable

Pendant près de dix ans, sur un vieux piano russe, il parcourt de ses doigts l’ensemble des champs lexicaux de l’art de Pythagore. Il n’oublie pas les conseils de son professeur israélien et égrène aussi le répertoire de la musique arabe avec zèle. Le résultat est à la hauteur du travail investi. Bientôt l’alchimie entre Orient et Occident opère.

L’an dernier, Faraj Suleiman est invité sur la prestigieuse scène du Montreux Jazz Festival. Le public découvre un phrasé unique au détour d’un solo mémorable durant lequel l’artiste fait étalage du « tout-monde » qui l’habite. Une longue échappée où la nostalgie d’une ballade orientale s’agrège, sans heurt, au sujet naissant d’une fugue de Bach, tandis qu’une tension brutale rattrape bientôt le jeune homme frappant les touches de son clavier de manière épileptique sous un rythme de tango.

Mais cette expressivité assumée n’a pas toujours été l’apanage de cet homme qui rêve aujourd’hui de partager les planches avec le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf. « Lors de mon premier concert à Haïfa, en 2013, j’étais tellement mal à l’aise que je crois avoir commis la performance pianistique la plus catastrophique de l’histoire », sourit le jeune musicien. Au concert suivant, Faraj décide d’user un remède radical : « Je me suis mis à boire quelques bières avant de monter sur scène. Cela m’a libéré… » La méthode est peu académique pour un jeune homme de culture musulmane mais cela fonctionne. « Mes parents voudraient que je rentre et que je me marie, mais je n’en ai nulle envie. Ce que je veux, c’est que le piano devienne un instrument palestinien. Sur scène, je laisse ma vie et ce qui m’entoure me guider… la musique vient d’elle-même, il m’arrive même de me mettre à danser autour de mon piano. Je prends aussi beaucoup de l’énergie des villes par où je passe. J’ai vécu à Haïfa, à Jérusalem aussi, où la guerre se trouve en bas de chez vous dans la rue. Je vis depuis six mois à Paris… C’est encore une autre histoire. Un opéra pourrait peut-être en sortir un jour », conclut celui qui ces dernières années a enregistré quatre albums et dont le cinquième est actuellement financé par crowdfunding.

Dimanche 10 mars, à l’Institut du monde arabe (IMA), les Parisiens auront la chance d’assister pour la première fois en France à un concert de ce talent palestinien hors normes. Faraj Suleiman y jouera en quintette, accompagné de noms importants du jazz français comme Baptiste de Chabaneix à la batterie, Julien Alour à la trompette et Emmanuel Forster à la contrebasse. Le oudiste et compositeur syrien Mohannad Nasser complète la formation. À écouter et donc à voir sans modération.

Video ici 8:56

Tout le programme des Arabofolies sur le site de l’Institut du monde arabe www.imarabe.org/fr