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Algérie : « Maintenant, c’est le clan Bouteflika qui doit partir »

mercredi 13 mars 2019, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2019/03/11/01003-20190311ARTFIG00227-samir-yahiaoui-c-est-maintenant-le-clan-bouteflika-qui-doit-partir.php

Samir Yahiaoui : « Maintenant, c’est le clan Bouteflika qui doit partir »

« La mobilisation va continuer jusqu’àce que le clan Bouteflika dans son ensemble renonce au pouvoir. Car le mot d’ordre, désormais, c’est la fin d’un système », appelle Samir Yahiaoui.

Par Charles Jaigu

Mis àjour le 11/03/2019 à22h55 | Publié le 11/03/2019 à20h07

INTERVIEW - Le responsable du mouvement citoyen Ibtykar, en pointe dans la mobilisation actuelle, appelle àla démission des principaux responsables des institutions algériennes, après la décision du président actuel de ne pas se présenter pour un cinquième mandat. Il donne également sa feuille de route pour une transition démocratique.

Samir Yahiaoui a été l’un des premiers membres du mouvement Ibtykar, lancé en 2017 par Sammy Oussedik, figure de la société civile algérienne, décédé l’été dernier. Ce mouvement, qui compte environ 10.000 sympathisants, est àl’image de beaucoup d’autres de cette génération civique qui a réussi le tour de force d’imposer son agenda àl’État-FLN. Alors que le président algérien a renoncé àbriguer un cinquième mandat, Samir Yahiaoui analyse depuis Paris les ressorts d’une mobilisation qui surprend le monde.

LE FIGARO. - Le retrait de la candidature Bouteflika et le report de l’élection présidentielle sont une victoire pour les manifestants. Est-ce la fin du mouvement ?

Samir YAHIAOUI. - Maintenir ces élections et cette candidature, c’était mettre le pays en danger. C’est donc une preuve de lucidité. Mais la mobilisation va continuer jusqu’àce que le clan Bouteflika dans son ensemble renonce au pouvoir. Car le mot d’ordre, désormais, c’est la fin d’un système. Les Algériens veulent que tous les responsables qui l’ont incarné s’en aillent. En revanche, il y a de nombreux cadres de l’État, des Assemblées et de l’armée qui sont compétents et qui veulent participer àla transition. Nous ne pourrons pas avancer vers de nouvelles institutions sans eux.

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[(« Il faut qu’un comité de sages ou un gouvernement de transition, composé de personnalités consensuelles, prépare l’élection d’une Assemblée constituante dans des conditions sereines »
Samir Yahiaoui)]

La mobilisation continue, mais pas de chasse aux sorcières…
Nous ne le voulons pas, nous avons déjàgoà»té àla guerre civile. Nous voulons remettre en marche les institutions, et pour cela il faut prendre un peu de temps, et le départ de Bouteflika n’annonce rien de tel. Il faut que les principaux responsables de ces institutions démissionnent. Il faut, comme l’a suggéré le général Benhadid qu’un comité de sages ou un gouvernement de transition, composé de personnalités consensuelles, prépare l’élection d’une Assemblée constituante dans des conditions sereines. Une nouvelle Assemblée élue dans des conditions démocratiques pourra alors réfléchir àune IIe République.

D’où vient le succès de cette insurrection de velours ? Cette « génération spontanée » obéit àdes mots d’ordre. D’où viennent-ils ?

Les mouvements d’étudiants, d’avocats, d’architectes, de médecins ont une tradition d’organisation et de réflexion politique qui date de la fin des années 1980 - au moment où le régime a semblé s’ouvrir une première fois. Cette fois-ci, les leçons ont été tirées des erreurs commises. La rédaction des « Dix-huit commandements du manifestant algérien » en est la preuve. Rappelons que le premier commandement est « Pacifiquement et tranquillement je marcherai » Ils ont inondé les réseaux sociaux et ils ont été imprimés et diffusés partout par les premiers dissidents de février.

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D’où partent les appels àmanifester ?

Tous ceux qui se battent pour la démocratisation du pays, en Algérie ou en France, se parlent tous les jours, au téléphone ou par mail. Il y a une direction mouvante, informelle, qui essaye d’anticiper la réaction du pouvoir, et d’éviter de tomber dans les pièges tendus. La semaine dernière, nous avons senti monter le risque de heurts avec les forces de l’ordre. Un mot d’ordre de grève générale a circulé entre nous et il a été validé. Quand les gens restent chez eux, c’est moins dangereux que de manifester !

On a dit que la grève générale avait été mal suivie.

Qui l’a dit ? Les grandes villes, les ports et même les raffineries ont très bien suivi la grève. Un peu moins dans les campagnes. Cette grève était aussi un symbole. La grève générale du FLN dans les années 1950 est connue de tous. Ce qu’ils ont incarné àl’époque, nous l’incarnons aujourd’hui.

[(« Si ce mouvement a un meneur, c’est la jeunesse. Et parmi elle, la jeunesse étudiante »
Samir Yahiaoui)]

L’Algérie est le pays de la jeunesse. Peut-on dire que les étudiants donnent le ton ?

Si ce mouvement a un meneur, c’est la jeunesse. Et parmi elle, la jeunesse étudiante. Ils sont imbattables en informatique et le pouvoir est pris de vitesse par les ruses qu’ils emploient pour communiquer. Quand Internet a été coupé il y a quelques semaines, ils ont trouvé d’autres moyens d’échanger. Ils ont donc un leadership technologique et un poids démographique. Mais ils ne sont pas coupés de leurs aînés. Ils ont tous grandi dans des familles qui ont gardé la mémoire de quarante ans de cleptocratie.

La diaspora n’est-elle pas en décalage avec la rue algérienne qui plébiscite un Rachid Nekkaz ?

Je ne pense pas. Nous sommes en symbiose avec les Algériens d’Algérie. Nos familles sont là-bas, et on y voyage souvent. Regardez les slogans et les valeurs que défendent les manifestants. Ils ont la même maturité politique que nous. Quant àRachid Nekkaz, nous connaissons cet homme depuis longtemps. Il n’est pas sérieux, et sa disgrâce devrait arriver rapidement, car les Algériens vont voir qu’il ne respecte aucune des règles de droit pour lesquelles ils se battent en ce moment - son dépôt de candidature àla présidentielle était illégal et il a donc envoyé son cousin garagiste. Comme le dit Kamel Daoud : « On ne peut pas passer d’un cadavre àun clown. » La politique, c’est une affaire sérieuse.

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On ne voit aucun leader nouveau. N’est-ce pas un inconvénient ?
Bien au contraire, c’est un avantage. Il n’y a pas de leader, parce que le système a décapité tous les leaders ces dernières années. Aujourd’hui, il ne peut plus rien décapiter puisque aucune tête n’émerge. Dix millions de têtes, c’est difficile àdécapiter.

[(« Il s’agit d’un mouvement civique, pas d’une révolution religieuse. Les manifestants demandent la liberté d’expression, le pluralisme démocratique, le respect des droits »
Samir Yahiaoui)]

Vous avez vu monter depuis longtemps l’état d’exaspération des Algériens. Vous vous attendiez àune telle mobilisation ?

Depuis des mois on constatait des signes d’exaspération partout en Algérie : manifestations de plus en plus nombreuses dans le pays, slogans anti-Bouteflika de plus en plus provocateurs dans les stades de foot, expressions de colère dans les réseaux sociaux. Tout cela passait inaperçu àl’étranger, parce que les observateurs étaient convaincus de la solidité du système. Mais ce n’était pas le cas, car cette fois-ci, Bouteflika était vraiment au bout du rouleau. Et ses proches n’avaient pas de solution de remplacement.

Les islamistes se tiennent tranquilles…

Il y a une vigilance des Algériens sur ce point. Il s’agit d’un mouvement civique, pas d’une révolution religieuse. Les manifestants demandent la liberté d’expression, le pluralisme démocratique, le respect des droits. Les gens ont même quitté les mosquées qui ont demandé àne pas manifester.

Vous avez participé àla création du mouvement Ibtykar. L’idée était de recréer une conscience politique en dehors des partis. Objectif atteint ?

Nous voulions retisser une forme de confiance dans l’action publique, car nous étions face àun peuple très détaché de tout ça. Sammy Oussedik pensait qu’une transition était possible si on réussissait àremobiliser la société algérienne autour de sujets de citoyenneté. Nous voulions être prêts àproposer une plateforme civique pour changer le régime, si jamais les conditions étaient enfin réunies. Je crois qu’elles sont plus que réunies aujourd’hui.

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 12/03/2019.

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Source : https://www.tsa-algerie.com/naissance-dibtykar-un-mouvement-citoyen-et-politique/

Naissance d’Ibtykar, « un mouvement citoyen et politique  »
L’Actualité en temps réel

Par : Fayçal Métaoui

04 Déc. 2017 à16:04
Archives

Ibtykar (Innovation) est officiellement lancé. « Ensemble pour une Algérie meilleure  » est son slogan. « Ibtykar est un mouvement citoyen et politique, intergénérationnel, collaboratif et qui prône l’égalité homme-femme  », a annoncé, ce lundi 4 décembre, Sammy Oussedik, coordinateur du mouvement, lors d’une conférence de presse au siège d’Interface Médias àAlger.

Ibtykar, né en 2014, défend aussi l’État de droit, la pluralité politique et sociale, les libertés individuelles et collectives, l’alternance au pouvoir, le respect des minorités et la justice sociale. « Notre mouvement, qui veut être présent dans la réflexion et dans l’action, est ouvert aux personnes, aux associations et aux partis qui partagent l’objectif de contribuer àla mise en place d’une République algérienne démocratique, pluraliste, sociale, moderne, ouverte au monde. Nous nous inscrivons dans une démarche de soutien au rassemblement des forces démocratiques, quelles que soient leurs options politiques, dès lors qu’elles respectent nos valeurs  », a-t-il détaillé.

Selon Samir Yahiaoui, membre du comité stratégique d’Ibtykar, le champ politique est verrouillé en Algérie. « Nous vivons une crise inédite. L’Algérie vit un tournant dans son histoire. Tous les voyants sociaux et économiques de l’Algérie sont au rouge. Les ressources financières du système, ou de la Matrice comme nous l’appelons, se raréfient. Ces ressources ont permis àce système de se perpétuer d’une façon inefficace. Aujourd’hui, la société est devenue rentière. Autour de cette rente, elle a créé des clients au lieu de citoyens. On ne peut exercer sa citoyenneté. Celle-ci comprend des devoirs et des droits  », a-t-il déploré. Les Algériens ont, selon lui, tourné le dos àla politique.

« La notion d’intérêt général a disparu  »

Il a cité l’exemple de la forte abstention lors des élections législatives de mai 2017. « Les deux tiers des Algériens n’ont pas voté. Pourquoi ? Parce que l’offre politique actuelle ne correspond pas partiellement àla demande et aux préoccupations des Algériens. Les partis politiques sont entravés dans leurs actions et, il existe peu de mouvements citoyens. Ils sont réprimés. La liberté de la presse est de jour en jour menacée. Et, les forces démocratiques sont fragmentées parce qu’elles sont enfermées dans l’agenda du système  », a analysé Samir Yahiaoui.

Il a parlé de la poussée démographique (1 million de naissances par an) qui impose de nouveaux défis. « Plus de 75% des Algériens ont moins de 35 ans. Mais, la jeunesse vit sans espoir, dépossédée de son horizon. Les jeunes veulent partir, d’autres versent dans l’informel. C’est malheureux pour un pays aussi jeune et aussi riche. La question qui se pose pour nous est le devenir de l’État et de la nation algérienne. Ne pas poser cette question aujourd’hui, c’est faire preuve de non-assistance àun pays en danger  », a-t-il prévenu.

Selon Sammy Oussedik, la société est en perte de valeurs et de repères. « La notion d’intérêt général a disparu. Cette notion doit être remise au centre de notre réflexion. Même l’État n’agit plus en fonction de l’intérêt général. Notre capacité collective àappréhender l’avenir n’est plus là. Nous n’avons pas de visions d’avenir. Nous sommes sans voix, sans message. Nous ne parlons plus au monde. Nous nous sommes retirés du monde. Aujourd’hui, l’Algérie pèse moins que dans les années 1960 et 1970. Nous avons dilapidé tout le soft power qui a fait que l’Algérie avait toute sa place dans le concert des nations  », a-t-il souligné, critiquant « la diplomatie discrète  » et « le culte du secret  ». Selon lui, l’Algérie n’est pas préparée aux défis du monde actuel, comme la globalisation, les changements climatiques et la transformation digitale.

Sortir du statut quo

« Nous ne pouvons plus rester dans ce statut quo. C’est pour cela que nous allons essayer de faire autre chose pour en sortir. Le système est aujourd’hui au minimum inefficace pour régler les problèmes quotidiens des Algériens et pour aborder l’avenir. Il détruit les richesses au lieu de les produire. Il fait fuir l’intelligence et les talents  », a-t-il dit.

Il a illustré son propos par la récente bousculade d’étudiants àcôté de l’Institut français d’Algérie (IFA) àAlger.

Ibtykar s’appuie sur trois piliers : avenir, jeunesse et innovation, selon lui. « Il est temps de parler aux citoyens de façon positive de l’avenir. La majorité des discours sont défaitistes. Nous voulons porter une autre voix, celle de l’espoir. Tant qu’elle croit àl’avenir, la jeunesse est une force. Ibtykar, qui n’est pas un think tank, est basé sur un socle de valeurs qui allie tradition et modernité  », a noté Sammy Oussedik.

Selon Faiza Hammoutène, membre du comité stratégique d’Ibtykar, le nouveau mouvement défend les valeurs de solidarité, de générosité, du respect de l’autre et du partage. « Nous avons des idéaux démocratiques qui doivent permettre une gouvernance saine et juste. État et citoyens doivent respecter les lois de la République, votées par un Parlement élu démocratiquement. L’indépendance de la justice est indispensable. Chaque citoyen doit exercer librement ses droits. L’alternance au pouvoir, après des élections libres et démocratiques, renforce la légitimité de la Constitution et l’adhésion des citoyens. Tant qu’elle n’a pas produit d’alternances, la démocratie reste inachevée  », a-t-elle estimé.

Ibtykar entend s’appuyer sur la communication digitale et participer aux activités citoyennes et politiques avec d’autres partis et mouvements. « Nous organisons une instance de concertation avec toutes les associations qui militent pour le changement démocratique. Nous allons proposer des initiatives de notre côté et adhérer àcelles déjàexistantes. Nous allons organiser des réunions publiques ouvertes aux citoyens sur l’éducation, l’énergie et la société solidaire. Notre objectif est de faire émerger les forces démocratiques. Il n’y a que de cette manière que le changement arrivera. Pour nous, le digital est un outil supplémentaire pour notre action sur le terrain. Nous voulons innover dans la manière de faire de la politique et le digital met la citoyenneté àportée de clic d’une jeunesse qui est déjàconnectée  », a souligné, pour sa part, Amina Afaf Chouaib, membre du comité stratégique d’Ibtykar.

Le digital permet, d’après elle, de contourner les contraintes liées àl’exercice des libertés, de donner de nouveaux outils « pour aboutir au changement  » et accéder au plus grand nombre. Ibtykar est présent sur les réseaux sociaux. Son site est : www.ibtykar.org.