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Algérie: Marcher pour une deuxième République sans le régime !

Friday 15 March 2019, by siawi3

Source: https://www.elwatan.com/a-la-une/marcher-pour-une-deuxieme-republique-sans-le-regime-15-03-2019

Une nouvelle marche souveraine aujourd’hui : Dégagez !
Marcher pour une deuxième République sans le régime !

(Photo : B. Souhil)

Samir Ghezlaoui

15 mars 2019 à10 h 00 min

Les Algériens continueront leur marche aujourd’hui pour le quatrième vendredi consécutif. Le soi-disant retrait de Bouteflika de briguer un 5e mandat et surtout l’annulation de l’élection présidentielle n’arrangent pas tout àfait les choses. Il y a de la ruse et de la manœuvre dans la démarche. Le peuple exige le «départ de tout le régime».

Le régime, aux abois depuis le début du mouvement populaire le 22 février, est vraiment àbout de souffle. Il a abattu vainement toute ses cartes pour se redresser et redémarrer sa machine de propagande médiatico-politique, pensant qu’il a encore une marge de manœuvre pour s’en sortir indemne ou avec le minimum de préjudices.

Toutes les manœuvres anticonstitutionnelles orchestrées ces derniers jours par les «décideurs» au nom du président Bouteflika servent, au mieux, àgagner du temps pour sauver les intérêts des dignitaires du pouvoir, au pire, àtenter de confisquer la victoire de la révolution citoyenne pacifique contre l’autoritarisme et la corruption.

Pour ce faire, les gens aux manettes comptent sur l’essoufflement des mobilisations multisectorielles et la création de divisions au sein de l’opposition et de la société civile, sur fond de mise en place d’un supposé gouvernement d’union nationale et de la préparation de la conférence nationale de transition. Or, tous ces desseins n’ont aucune chance d’aboutir si la rue ne décolère pas.
Rendez-vous iranien avec Simone de Beauvoir

Chahla Chafiq (Auteur) - Paru le 11/01/2019 chez Ixe

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Le seul véritable rapport de force que détient le peuple algérien, particulièrement la jeunesse, pour imposer sa propre feuille de route pouvant enclencher un réel processus de changement démocratique dans le pays, en rupture totale avec une quelconque transition clanique ou un recyclage d’anciens agents du régime, c’est la poursuite des manifestations et des rassemblements en force. Et ce, pour au moins trois bonnes raisons.

1 La revendication initiale, principale, liée au refus d’un 5e mandat, n’est satisfaite qu’àmoitié, voire pas du tout, même s’il s’agit d’une victoire symbolique des manifestants qui ont réussi àfaire reculer le clan présidentiel. Alors que l’un des points qui ont exacerbé la colère populaire était l’inconstitutionnalité de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika, sans sa présence et dans un état de santé qui devrait le disqualifier d’office, son entourage a violé une nouvelle fois la Constitution en annulant l’élection présidentielle sans raison constitutionnelle valable, prolongeant ainsi le mandat en cours. Au final, tel que l’ont bien résumé certains protestataires : «On a voulu des élections sans Bouteflika et on a eu Bouteflika sans les élections.»

2 Le discours conciliant du nouveau tandem de l’Exécutif, Bedoui-Lamamra, et les soi-disant concessions annoncées ne doivent duper personne. Il faut en effet avoir en tête le cas égyptien de 2011, les tenants du pouvoir avaient alors fait semblant d’abdiquer et réussi àrefroidir l’élan d’une révolte qui était censée renverser la dictature de Moubarak.

C’était finalement pour les acteurs du régime autocratique une stratégie payante pour prendre du recul et avoir les moyens de se réorganiser, aidés par la fin du soulèvement populaire pacifique et l’évacuation de la place Tahrir.

Cela leur a permis de reprendre le dessus sur l’opposition et de mener des représailles féroces contre les leaders de la contestation. C’est dire si les Algériens ont tout àgagner en poursuivant leur mobilisation jusqu’àsatisfaction des revendications essentielles, àcommencer par le départ effectif de Bouteflika et de sa «clique», la même qui gouverne depuis 1999.

3 Le pays n’aura peut-être jamais d’autre occasion pour se doter d’un Etat de droit digne de ce nom, par la voie pacifique et consensuelle. Depuis le putsch contre le GPRA en 1962, l’opposition démocratique, qu’elle soit partisane ou citoyenne, n’a pas pu avoir un rapport de force aussi important en sa faveur pour pouvoir espérer l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale constituante libre.

Ce rêve est désormais àportée de main, àcondition que la population reste unie et persévérante en défilant dans la rue, pacifiquement et de manière civilisée, comme on l’a vu jusqu’àmaintenant, pour disloquer ce qui reste de l’ossature du régime.

Continuer la mobilisation sur le terrain, c’est garder son destin loin des tractations opaques des survivants du système, c’est aller au bout du rêve de construire une deuxième république algérienne foncièrement démocratique et sociale.

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Source: https://www.elwatan.com/edition/actualite/4-des-scenarios-possibles-15-03-2019

4 des scénarios possibles

(Photo : B. Souhil)

Ryma Maria Benyakoub

15 mars 2019 à9 h 45 min

Les constitutionalistes proposent quatre scénarios. D’abord, se mettre àtable et dire la vérité au peuple, c’est-à-dire «on ne quittera pas le pouvoir». Puis, si le peuple continue de rejeter le Président et ses propositions, qu’adviendra-t-il des institutions légitimes. Le troisième scénario évoque le décès de Bouteflika et le quatrième la dissolution du Parlement. Chaque scénario a ses conséquences, mais le meilleur serait d’écouter le peuple. Décryptage.

1 La vérité

Que le pouvoir actuel ose dire la vérité au peuple, avoue que le chef d’Etat actuel – qui veut une présidence àvie malgré son incapacité – et n’entretienne plus cette opacité et l’amalgame dont les effets peuvent être très dangereux sur le devenir de la nation. Ce serait le point de départ du «scénario de la vérité», le «meilleur film qu’on pourrait voir», selon le juriste et militant Hakim Saheb. «Après le cri du cœur et de colère lancé par les Algériens sortis dans la rue, le meilleur scénario qu’on puisse imaginer serait que le pouvoir en place réponde positivement aux aspirations du peuple en en évacuant les lieux et en laissant la place àun nouveau gouvernement», développe-t-il.

Et d’ajouter que si le pouvoir en place fait se choix, une période de transition apaisée, pacifique et tranquille sera organisée avec l’ensemble des segments de la société civile. Mais attention, rêver est permis, mais il ne faut pas se faire trop d’illusions non plus ! Selon le juriste, si on se permet de souhaiter un tel scénario, il est toutefois nécessaire de ne pas oublier la nature «autoritaire et dictatoriale» de ce pouvoir. «Connaissant l’autisme de ce pouvoir àla nature autoritaire et dictatoriale, on sait que ce schéma est hypothétique, on ne se fait pas beaucoup d’illusions. Nous sommes conscients que pouvoir est bâti et fondé sur la force, la violence et la manipulation, donc on ne se fait pas d’illusion», souligne-t-il.

En effet, pour Hakim Saheb, cette supposition est malheureusement contredite par la réaction du pouvoir aux revendications du mouvement social. Il parle d’une manœuvre «malveillante», qui prouve une fois de plus l’irresponsabilité du pouvoir préoccupé qu’il est par la pérennité de ses intérêts et son maintient. «La réponse faite par Bouteflika et ses affilés vu qu’on ignore l’identité de l’auteur de la lettre, àpartir du moment où le chef d’Etat ne s’est pas présenté et qu’il est incapable de le faire compte tenu de son impotence et son incapacité, est un coup d’Etat de plus.

De tout façon, ce système a été bâti par une succession de coups de force et de coup d’Etat, il passe donc outre la constitution et les lois qu’il a lui-même fixées de manière unilatérale et autoritaire», explique-t-il. D’ailleurs, pour ce dernier, la première chose par quoi le pouvoir doit commencer, c’est la contradiction flagrante entre les deux lettres produites en l’espace de quelques jours et le faux dossier déposé et accepté par le Conseil constitutionnel.

2 L’illégitimité

Pour la constitutionnaliste Fatiha Benabbou, si le mouvement social maintient sa mobilisation et rejette la décision de la Présidence de reporter l’élection, l’Algérie se retrouvera, àla fin du mois d’avril, sans fonction présidentielle. «Le Président est rejeté par le peuple qui ne veut pas de lui pour assurer la période de transition. On va donc se retrouver sans institutions légitimes», assure-t-elle. Si cela arrive, la meilleure issue, pour la constitutionnaliste, serait de revenir sur les solutions qu’on a déjàvu fleurir dans les années 1990 en Afrique. «Parce qu’on va peut-être reprendre les solutions africaines qui sont proches de nous et ne nos spécificités. Pourquoi ? Parce que lors des conférences nationales, il va falloir véritablement s’entendre sur un pacte politique.

C’est-à-dire qu’on va venir avec toutes nos spécificités et essayer de les surmonter en ayant recours àun lien qui nous rattache : le lien de citoyenneté», explique Fatiha Benabbou. Et de préciser que ce lien d’allégeance est àl’Etat algérien en tant que personne morale, qui n’est pas le pouvoir. Ainsi, cette personne morale unit les Algériens présents, les Algériens décédés et les générations àvenir. Ensuite, la constitutionnaliste ajoute qu’il faudra avancer sur un «smig démocratique», qui permettra de nous unir et de vivre ensemble. «Quand on fait cette conférence nationale, il va falloir bien sûr arriver àun consensus politique àpartir duquel on pourra faire fonctionner l’Etat algérien sur une base consensuelle de tous les acteurs politiques.

A partir de là, il va falloir aussi échafauder la deuxième étape, qui est l’écriture de la Constitution de la deuxième république», continue-t-elle. En plus de la conférence nationale, il faudra aussi, selon Fatiha Benabbou, installer un directoire qui sera une institution plurielle réunissant plusieurs personnalités, où toutes les sensibilités algériennes seront représentées. «Comme cela, il n’y aura pas de division», conclu-t-elle, tout en précisant que même le décès du Président ne sera pas un problème pour suivre ce schéma, vu que l’article 102 de la Constitution, qui va assurer la continuité de l’Etat, sera appliqué.

3 Décès du Président

Les spéculations sur le décès, ou pas, du Président se sont multipliées depuis son AVC en 2013. Des rumeurs faisant état de sa mort, on en a eu sans modération. Hakim Saheb justifie la spéculation actuelle de la rue par rapport au décès et le doute de l’existence du président Bouteflika par «l’opacité et la non-transparence qui caractérisent la gestion des affaires publiques».

Après le soulèvement de la rue contre le régime Boutfelika et depuis sa dernière hospitalisation àla clinique suisse HUG, une question s’impose dans la rue : que se passera-t-il s’il meurt ? Pour le militant et juriste, «dans le cas où on annonce le décès de Bouteflika, la Constitution prévoit des mécanismes poursuivant la pérennité de l’Etat parce que le statut de président de la République est censé incarner l’Etat et l’unité de la nation». Et de souligner que ce qui est prévu comme mécanisme de pérennité institutionnelle et étatique c’est la proclamation d’une vacance présidentielle, ensuite le président du Conseil de la nation aura àorganiser dans les quarante jours qui suivent une élection présidentielle.

4 Dissolution du Parlement

«Si l’APN et le Sénat sont dissous, on se retrouvera encore une fois devant la possibilité de l’application du scénario de janvier 1992. Mais àmon avis, le président du Conseil constitutionnel aura àassurer l’intérim», assure Hakim Saheb. Toutefois, ce dernier met l’accent sur une «erreur que font les Algériens actuellement». Pour lui, ils se trompent en se focalisant sur les mécanismes prévus par la Constitution pour de telles situations, «or le système politique algérien depuis 1962 s’est imposé par la force et a survécu par une succession de viols de la Constitution, ce ne s’accommode guère des lois prévues par cette dernière. C’est-à-dire qu’il ne connaît pas le constitutionnalisme, ne se gêne pas d’attenter àses propres lois.

A partir de cela, je pense que la solution est plus politique que juridique», conclu-t-il. Pour sa part, la constitutionnaliste Fatiha Benabbou n’imagine même pas ce scénario. D’après elle, on ne pourra pas dissoudre le Conseil de la nation. «Il ne se dissout pas et il n’y a aucune disposition qui peut le faire ! On dit : oui, la Constitution est suspendue. Mais qui a pris la décision de la suspendre ? Pour moi, la Constitution n’est pas suspendue parce qu’il y a aussi une liberté publique», soulève-t-elle.

Et d’ajouter que même s’il certaines institutions ne sont plus fonctionnelles, telles que la présidence de la république et l’APN, il n’en demeure pas moins qu’il restera le Conseil de la nation et d’autres institutions qui sont constitutionnelles.

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Source: https://www.elwatan.com/edition/actualite/sofiane-benyounes-fondateur-du-groupe-facebook-de-debat-algerie-debout-nous-devons-opposer-le-vpn-democratique-aux-virus-de-la-dictature-15-03-2019

Sofiane Benyounes Fondateur du groupe Facebook de débat †Algérie Debout ! †: Nous devons opposer le VPN démocratique aux Virus de la dictature !

Meziane Abane

15 mars 2019 à9 h 20 min

Il est né en juin 1971 àAlger. Il est titulaire d’un diplôme en sciences économiques àParis et d’un master en Marketing obtenu en Algérie. Il travaille, depuis 1995, comme cadre de plusieurs multinationales dans la communication, le conseil et les technologies de l’information.

Devenus incontournables depuis le début des manifestations contre le 5e mandat, les réseaux sociaux ont beaucoup contribué dans la construction de ce mouvement pacifique. Retour sur ce sujet avec Sofiane Benyounes, fondateur de l’un des groupes de discussions Facebook le plus actif en ce moment.

Vous qui organisez les débats dans votre pertinent groupe Facebook durant cette période de révolte populaire contre le 5e mandat et pour le changement en Algérie, quelle est votre lecture de la situation ?

Le pouvoir fait encore la sourde oreille aux doléances du peuple. Il pense que ce dernier peut se passer de sa dignité et de sa soif àla liberté contre une redistribution inégale de la rente pétrolière ou d’un chantage au chaos. Un peuple qu’on muselle ne peut pas s’acheter. Il finit par exploser au visage de ceux pour qui l’expression libre est un blasphème et l’alternance, une insulte.

Le 5e mandat a été perçu par le peuple comme une gifle àson orgueil déjàfortement ébranlé par sept ans d’une présidence fantôme et 20 ans de corruption, de régionalisme, de mépris et de pillage des richesses du pays par l’oligarchie.

Son annonce par les dépositaires de la continuité a réveillé l’instinct de la résistance chez les Algériens et a mis en branle la conscience collective sur la nécessité d’unir les rangs pour en finir avec ce système. Nous vivons une incroyable marche pacifique vers la liberté. Mais c’est la révolution joyeuse que nous menons qui rend ce moment encore unique.

Comment voyez-vous la suite des événements ?

Pour ma part, Bouteflika c’est du passé. Ses soutiens l’ont sacrifié dans l’espoir de faire perdurer le régime et continuer àprofiter de la manne d’argent qu’ils spolient grâce au règne de la terreur et du chantage au chaos. C’est pourquoi nous devons systématiquement refuser toute négociation jusqu’àce que nous obtenions le départ définitif du pouvoir. Nous devons impérativement refuser que l’armée joue un rôle politique durant la transition. Elle devra se limiter àla préservation de la sécurité nationale et des frontières, àla lutte contre le terrorisme et les dangers de la subversion.

L’histoire a montré que les révolutions comme la nôtre ont toujours fini par triompher. Il faut être très vigilant pour ne pas rééditer les erreurs et les spoliations de 1962, les manipulations de 1988 et les trahisons de 1992. Sinon, je suis très confiant et optimiste pour la suite du mouvement.

Comment est venu votre intérêt pour les réseaux sociaux et pourquoi créer un groupe Facebook en ce moment ?

Je suis arrivé sur les réseaux sociaux en 2008 et j’ai vite compris que ce média allait devenir un interstice indispensable pour l’ouverture démocratique et pour le combat pour la libre pensée dans notre pays. Mon parcours de militant et mon addiction aux luttes démocratiques depuis 1989 ont trouvé en Facebook un terrain d’expression unique et singulier.

J’ai donc créé au départ plusieurs pages et groupes Facebook qui étaient tous liés àla revendication démocratique. Mais il y a deux mois, l’un de ces groupes dont le nom est Algérie Debout ! a été piraté et fermé par une officine du pouvoir.

J’ai donc décidé de rouvrir un autre auquel j’ai donné le même nom. A l’orée de cette révolution, il est devenu par la force des événements et des convictions de ses membres l’un des groupes les plus actifs de cette période. C’est avant tout un moyen pour les membres de s’informer, de débattre, de partager, parfois de critiquer et de proposer des solutions pour la situation actuelle.

Comment expliquez-vous cette soudaine importance des réseaux sociaux dans ce qui se passe en Algérie ?

Les réseaux sociaux ont très vite pris de l’importance dans la pays malgré toutes les entraves et les restrictions qui nous ont été imposées par la dictature, notamment le débit d’internet très faible. C’est l’un des plus faibles au monde. Par contre, ce qui est nouveau, c’est la capacité de mobilisation des réseaux sociaux sur des événements politiques.

En effet, jusqu’àil y a très peu de temps, des pages de plusieurs millions de personnes n’avaient aucun impact. Cette élection présidentielle a tout changé. Avec ou sans les réseaux sociaux, il y aurait eu certainement de la contestation. Mais les réseaux sociaux ont été l’accélérateur. Pour preuve, ils existaient en 2011, mais la volonté des Algériens n’y était pas.

Vous qui êtes très actif sur les réseaux sociaux, avez-vous prédit ce mouvement ?

Les gens n’ont pas arrêté de s’exprimer, de dénoncer et de mobiliser sur les réseaux sociaux, et ce, malgré les intimidations dont l’arrestation des blogueurs, l’interpellation des militants et l’emprisonnement de journalistes. Ils ont refusé de se taire. Puis, sont venus les merveilleux chants des stades, les banderoles contestataires et les premiers slogans sur les réseaux sociaux.

C’est àce moment làque j’ai senti l’arrivée du moment tant attendu. On le sentait notamment sur Facebook, même si on pensait que cela allait être dur d’en arriver là. Cette jeunesse nous donne de véritables leçons. Je suis aujourd’hui convaincu qu’avec ces mêmes jeunes nous aurions réussi le 5 Octobre 1988.

Quels sont les sujets les plus discutés dans votre groupe et les membres qui qui y activent pensent-ils àdes solutions concrètes pour l’avenir ?

Pour le moment, c’est un groupe plus revendicatif et informatif. Nous discutons de tout dont la deuxième République et son organisation, de la manière de concevoir la transition et aux personnalités auxquelles les Algériens font confiance. Mais c’est aussi un groupe qui lance des actions et appelle aux manifestations. Nous participons activement àla révolution.

Quelle est, selon vous, la place des réseaux sociaux dans le combat politique actuel ?

Dans le contexte actuel, les réseaux sociaux ont un rôle primordial. Exclus de la rue, des salles de meeting, et de la grande majorité des médias publics et privés, nous nous sommes retrouvés naturellement sur les réseaux sociaux. C’est dans cet espace, notamment Facebook, que la majorité des Algériens se retrouvent. C’est un moyen accessible pour tout le monde.

Le pouvoir, qui voulait nous cantonner, nous a finalement donné une arme fatale qui se retourne contre lui. C’est grâce àla volonté populaire et les réseaux sociaux, outil d’éveil des consciences, que nous avons fini par reconquérir la rue.

Il y a Twitter, Snapchat et Instagram qui sont eux aussi importants en ce moment. Pensez-vous que ces outils technologiques peuvent encadrer et orienter les jeunes contestataires aujourd’hui ?

Twitter et Instagram sont deux réseaux totalement différents par les CSP (Catégories socioprofessionnelles) auxquelles ils s’adressent. Twitter est plutôt un média élitiste, pas dans le sens intellectuel, mais de par la qualité de ses influenceurs et suiveurs. C’est certainement l’outil de communication préféré des hommes politiques, des stars et des agences medias, etc.

Les messages y sont brefs, concis, souvent pragmatiques sans aller dans le fond, mais en exprimant parfaitement la forme. Instagram est orienté vers la photo et snapchat vers la vidéo. Instagram est certainement le média le plus populaire et le plus recherché par les annonceurs. Quant àSnapchat, il est plutôt orienté vers les jeunes.

Les réseaux sont toujours àdouble tranchant car on y trouve de la qualité comme de la subversion. C’est pourquoi on doit absolument intégrer àl’école des instruments pédagogiques qui permettront une éducation àl’esprit critique et àla vigilance afin d’apprendre ànos enfants de distinguer la culture du «fake» pour lui opposer la culture du bon sens. Ceci, bien sûr, ne peut se faire que dans des Etats démocratiques libérés du totalitarisme.

Avez-vous des solutions àproposer aux internautes durant cette période, notamment pour les coupures d’internet et de téléphone ?

Continuer le combat et la mobilisation pour la liberté, la démocratie et la République, et ce, jusqu’au changement du régime. C’est pour moi le seul moyen de lutter contre la censure et les lois liberticides. Nous devons opposer le VPN démocratique aux Virus de la dictature.

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Source: https://www.elwatan.com/edition/actualite/les-5-lecons-dun-mouvement-reussi-15-03-2019

Les 5 leçons d’un mouvement réussi

(Photo : H. Lyes)

Meziane Abane

15 mars 2019 à9 h 35 min

Des jeunes, dont certains font leur première expérience des mouvements de contestation, ont répondu ànos questions. Nous avons donné la parole àLouze Djalal (militant politique non partisan), àNesrine Chimouni (artiste engagée), àYanis Adjlia (militant actif àBéjaïa) et àHania Chabane (militante politique du MDS).

1 La non-violence

Les Algériens n’ont pas participé massivement aux manifestations contre le 4e mandat de Bouteflika pour des raisons connues. L’envie ne leur manquait pas, mais ils avaient peur. On avait devant nous les expériences syrienne et libyenne et ce n’était pas facile. Les manifestations pour le changement dans ces deux pays ont engendré des guerres meurtrières durant lesquelles des dizaines de personnes ont été tuées chaque jour. De plus, le terrorisme apparaît tout le temps dans ce genre de situations. Nous l’avons vécu avant eux et nous n’avions pas envie de revivre l’expérience sanglante de la décennie noire. Autre point : nous savons comment le pouvoir réprime ce genre d’action, lui qui interdit toute contestation et étouffe violemment toute voix discordante.

Mais le cumul des déceptions et le sentiment d’humiliation qu’a engendré l’annonce d’un 5e mandat étaient la goutte qui a fait déborder le vase. Les Algériens ont décidé de sortir, mais sans violence, pour éviter les expériences du passé et celles des pays voisins. Ils savent que la violence n’engendre que la violence. Les policiers ont laissé faire au début, car ils pensaient que nous allions finir dans le désordre. C’était la stratégie du pouvoir. Sauf que nous les avons surpris par le nombre et par notre pacifisme et notre civisme. Ils ne s’y attendaient pas.

Nous sommes plusieurs millions àsortir dans la rue. C’est notre union, notre tolérance les uns envers les autres malgré nos différences et notre détermination face ànotre même objectif, qui ont permis de réussir le mouvement. Les Algériens ont compris qu’ils se soignent tous, au final, dans les mêmes hôpitaux et étudient tous dans les mêmes écoles publiques. Ils vivent la même misère et ont le même destin. J’ai senti beaucoup d’ouverture d’esprit chez nos compatriotes. Ils se battent pacifiquement pour une Algérie meilleure, moderne. Ils veulent tous un changement pacifique et radical du système.

2 Pas de leadership

Il était facile par le passé d’essouffler les mouvements en neutralisant les meneurs. Pour ce faire, le pouvoir s’appuyait sur deux méthodes : la première consistait àtyranniser les leaders par le biais de ses services secrets, de ses appareils de répression et de son institution judiciaire. Ainsi, les meneurs se retrouvaient dans la tourmente. Ils étaient poussés, avec le temps, àabandonner petit àpetit leur combat, contraints àpasser leur temps dans les tribunaux ou finissaient carrément en prison.

C’était une méthode efficace notamment quand les services secrets infiltraient les mouvements et remontaient les meneurs les uns contres les autres jusqu’àles détruire. Sinon, vous avez la deuxième méthode qui, elle, est nouvelle par rapport aux anciens mouvements. C’est l’arme des médias pro-pouvoir que ce dernier utilise contre les leaders et leurs mouvements. Les propagandes de dénigrement des médias contre ceux qui s’opposaient àla candidature de Bouteflika, notamment en 2014, n’ont pas arrangé les choses. Nous avons vécu l’expérience dans tous les mouvements créés depuis l’apparition des médias, notamment privés, àl’image d’Ennahar (journal et télévision) et Numidia News àl’époque de son ancien directeur retrouvé mort chez lui.

C’était une arme fatale, ce qui n’a pas été utilisé cette fois-ci. De plus, les mouvements et leurs leaders ont beaucoup déçu les Algériens, raison pour laquelle le peuple refuse d’avoir une direction. Il ne veut plus de représentation car il se considère seul àpouvoir s’adresser aux tenants du pouvoir. Plus de contrôle du pouvoir sur les mouvements ! Je pense que c’est l’un des points de leur réussite. Les gens qui cherchent àtout prix àencadrer ce mouvement ou le doter d’une direction veulent, directement ou indirectement, son essoufflement.

3 Une jeunesse joyeuse et créative

Les jeunes Algériens se sentaient frustrés et rejetés par ce système. Ils ont pris conscience que la source de leur mal venait d’en haut, de ce système qui ne leur a reconnu aucun droit mais au contraire, les utilisait. Ils savent que les dispositifs Ansej, CNAC et autres projets fantômes ne sont que poudre aux yeux afin d’acheter leur silence. Ils ont passé cinq ans sans que cela change quoi que ce soit àleur situations. C’est la même chose avec les contrats àdurée déterminée de l’Anem qui ne leur assure ni avenir ni retraite. Ils ne sont pas permanisés après plusieurs années de travail.

C’est pourquoi ils ont décidé que cela devait changer. Mais ce qui a embelli ce mouvement de jeunes est son sens artistique et sa gaieté. L’art est omniprésent durant les manifestations et c’est ce qui leur a donné, entre autres, ce caractère pacifique. C’est une sorte de bouclier derrière lequel on se protèg ! Vous avez vu l’humour de nos jeunes ? Ils sont tellement créatifs ! Sans parler des jeunes des stades et leurs chansons expressives qui donnent vraiment la chair de poule ! Ils sont d’une conscience politique exemplaire. Nous sommes sortis avec nos instruments pour participer àla manifestation du 8 mars àAlger. Nous avons vécu des moment extraordinaires avec des jeunes qu’on appelait «voyous». Il n’y a eu aucun dépassement, aucun commentaire mal placé et aucun incident. On ne voyait au contraire que de la joie de vivre dans leurs yeux et surtout leur détermination àvouloir changer les choses. Ces manifestations que mènent les jeunes en force sont l’écriture de notre histoire moderne. Le monde reste bouche bée devant tout ce que nous réalisons, comme si c’était la Révolution de 1954 que nous revivons. Nous sommes conscients de cela et c’est pourquoi nous allons continuer de la même manière jusqu’àobtenir gain de cause.

4 Une force estudiantine

Une force. Une organisation spectaculaire. Les étudiants, même s’ils étaient nombreux le 22 février, le 24 ils ont paralysé le pays. Ils étaient tous debout dans leur campus. Certains ont même investi la rue. Puis chaque dimanche, le mot d’ordre est donné. Tous unis pour une seule cause. Boycott des cours, rassemblement et marche. Leur voix était là. Et le pouvoir ne semble pas avoir la mémoire courte. Il s’est vite rendu àl’évidence que les étudiants sont une force. Une force qui inquiète même. Le ministre de l’Enseignement supérieur a d’ailleurs avancé les vacances de printemps pour vider le campus et les résidences des étudiants. Fait inattendu, ils sont plus nombreux dans la rue maintenant qu’ils n’ont aucun engagement en classe ! L’histoire a bien prouvé que les étudiants sont porteurs de changement, comme en mars 1956 lors de la Révolution, et en avril 1980, et en octobre 1988… Note complète leur a été attribuée !

5 Participation de toutes les catégories de la société

Il faut savoir que le premier appel àmanifester après la prière du vendredi, le 22 février dernier, n’a pas drainé les intellectuels qui craignaient la récupération par les islamistes. Mais depuis, il y a une implication de toutes les catégories comme on n’en a jamais vu. Ceci est, certes, dû àl’éveil des consciences, au travail de mobilisation notamment via les réseaux sociaux, mais surtout grâce au caractère pacifique des manifestations. C’est ce qui a encouragé les femmes et les familles às’impliquer massivement, comme ce fut le cas le 8 mars. Le caractère pacifique et la détermination du peuple a drainé le secteur de la justice avec la participation des avocats puis des magistrats, ce qui était impensable il y a quelques semaines ! Ces derniers veulent une réelle indépendance de la justice. Puis, le mouvement s’est libéré avec la participation de toutes les classes et toutes les couches de la société.

Nous avons vu des manifestations des travailleurs de l’OPGI, de Soantrach, de Naftal, de la Casnos, de la CNAS, des banques privées et publiques, de l’ADE, des étudiants, des médecins, des pharmaciens et bien d’autres, et même celle des personnes souffrant de handicap !Aujourd’hui, c’est tout le peuple algérien qui crie son désaroi et manifeste son rejet du pouvoir. Il veut le changement radical du système. Tous les Algériens, dans les 48 wilayas, sont impliqués, ce qui a réussi notre mouvement. Je pense qu’on aura même des surprises dans les jours àvenir.

Quand je vois les réactions des militaires, des policiers et des gendarmes, qui nous saluent et mettent une main sur l’autre comme pour nous dire que nous sommes tous ensemble. Sûr qu’eux aussipeuvent aussi nous rejoindre d’ici là… Il ne reste qu’eux pour isoler définitivement le pouvoir et ses soutiens. On arrivera et on vaincra. Il n’y a qu’une seule voix. Celle du peuple.