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Algérie : Mohamed Sifaoui : « La dernière escroquerie de Bouteflika pour se maintenir au pouvoir »

samedi 16 mars 2019, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2019/03/12/31001-20190312ARTFIG00148-mohamed-sifaoui-la-derniere-escroquerie-de-bouteflika-pour-se-maintenir-au-pouvoir.php

Mohamed Sifaoui : « La dernière escroquerie de Bouteflika pour se maintenir au pouvoir »

Par Etienne Campion

Mis àjour le 13/03/2019 à21h49 | Publié le 12/03/2019 à18h41

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Mohamed Sifaoui analyse la situation en Algérie après le renoncement de Bouteflika àse représenter aux élections présidentielles. Il y voit une « escroquerie » pour sauver le régime.

Mohamed Sifaoui est journaliste et écrivain, spécialiste de l’islam radical et de l’Algérie. Il vient de publier Où va l’Algérie ?... et les conséquences pour la France (Cerf, 2019).

FIGAROVOX.- Quelle analyse faites-vous de la situation en Algérie et du renoncement de Bouteflika àse présenter aux élections présidentielles ?

Mohamed SIFAOUI.- Ce qui a été mis en place par Bouteflika et son régime est une escroquerie qui vise àpermettre àBouteflika d’être président àvie, car tel est son objectif, pour sauver le régime et le pérenniser, puisque dans sa chute il risquait d’entraîner l’ensemble du régime. Aujourd’hui les Algériens, qui ne sont pas dupes de cette manÅ“uvre, sortent dans la rue pour réclamer la liberté et la démocratie. Et donc le départ de sa personne et de l’ensemble du régime. Un régime qui essaye ainsi de se sauver en faisant croire que Bouteflika s’en va, ce qui est parfaitement faux.

C’est pour cela que je parle d’escroquerie, car la définition de l’escroquerie est de créer des conditions pour faire croire àune personne qu’elle pourra recevoir ce qu’elle espère, tout en lui donnant le contraire. Nous n’avons d’ailleurs accès en grande partie qu’aux images de la télévision algérienne, ou d’une télévision privée liée au régime.

Le régime et Bouteflika ont les moyens de faire sortir un millier de personnes en sa faveur, mais des millions sont dans la rue pour l’empêcher de briguer un cinquième mandat. Et àtravers cette manÅ“uvre, il crée les conditions pour briguer une fois de plus le pouvoir. Comme disait ironiquement un caricaturiste algérien, il renonce àexercer un cinquième mandat de cinq ans, mais il va accomplir un quatrième mandat de dix ans.

Il renonce àexercer un cinquième mandat de cinq ans, mais il va accomplir un quatrième mandat de dix ans.

Il n’est donc pas une marionnette comme certains le laissent entendre ?

Contrairement àce que l’on croit, Bouteflika n’est pas une marionnette, il est certes dans l’incapacité diriger le pays, il est très malade, mais il agit comme ce vieux parrain de mafia qui est diminué mais en un mot va pouvoir donner la ligne directrice. Il a encore la capacité sur les questions importantes de prendre les décisions. Et en l’occurrence de continuer àgouverner.
Il est donc encore lucide ?

Absolument. Il est amoindri et dans l’incapacité de mener ses fonctions de président, mais il est suffisamment lucide pour prendre les décisions importantes ou pour renoncer àêtre président, et personne ne l’oblige àcontinuer àl’être. Le premier responsable de cette situation, c‘est donc Bouteflika lui-même, et ses frères ne font qu’appliquer ses directives avec l’appui de l’armée.

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Renoncement de Bouteflika : un tour de passe-passe ? - Regarder sur Figaro Live

À quel scénario pensez-vous maintenant ? À plus long terme, croyez-vous àl’option démocratique, ou risque-t-on une dérive islamiste ?

On observe que ce mardi dans de nombreuses villes comme Alger, Constantine, Tizi Ouzou ou Béjaïa, des acteurs de la société civile et la jeunesse disent clairement qu’ils refusent cette mascarade dans laquelle veut l’entraîner Bouteflika. Mais concernant l’opposition, je pense que le problème des journalistes français est qu’ils n’arrivent pas àdonner du crédit aux gens sérieux. Ils ne voient par exemple que Rachid Nekkaz, qui est un clown. Je ne comprends pas l’intérêt que lui accordent les médias français, qui tournent autour de lui qu’ils présentent comme l’opposant numéro un àBouteflika, c’est surréaliste. C’est une anomalie incompréhensible. Il y a de nombreux opposants sérieux en Algérie, si les médias français ne les connaissent pas je peux leur donner leur contact. Il y a comme une folklorisation de l’opposition en Algérie et du devenir du pays. J’ai l’impression que c’est presque de l’incompétence, voire une volonté de nuire àla population algérienne.
En Algérie, les frères musulmans sont alliés au pouvoir, c’est ce pouvoir qui est donc le meilleur allié des islamistes et je suis sidéré par l’inconscience des médias français àce sujet.

À quoi ressemble cette opposition dont vous parlez ?

Il y a de nombreux opposants qui représentent tous les courants, des plus conservateurs aux plus démocrates et laïcs, jusqu’aux communistes et aux féministes. Cette opposition existe, et il y a des cadres qui ont monté des mouvements politiques. Je pense àSaïd Saadi, ancien président du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) ou Karim Tabbou, militant démocrate, crédible et structuré. Des dizaines de personnes sont compétentes et ont des choses àdire…

D’autant que nous avons de bonnes raisons de penser que l’islamisme n’aura pas voix au chapitre. Car, premièrement, la population n’a pas laissé exister les islamistes dans les manifestations. Deuxièmement, il n’y a pas eu un slogan àconnotation islamiste, on parle plutôt de liberté et de démocratie. Troisièmement, il n’y a aucun parti islamiste structuré capable de représenter une force majeure en Algérie, comme en Égypte avec les frères musulmans. En Algérie, les frères musulmans sont alliés au pouvoir, c’est ce pouvoir qui est donc le meilleur allié des islamistes et je suis sidéré par l’inconscience des médias français àce sujet.

Quelle incidence ces évènements peuvent-ils avoir sur la France ?

Le risque pour la France est qu’il y a 10 à15 millions d’individus qui ont un lien juridique avec la France, ces personnes pourraient venir demain légalement en France. Mais il ne faudrait pas voir cela comme une crainte et soutenir Bouteflika, c’est l’inverse : la population veut un changement pour pouvoir rester chez elle. Pour éviter les migrations, il faut donc justement soutenir l’opposition démocratique.

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