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France : Tariq Ramadan s’invite àune conférence sur les violences faites aux femmes

mardi 19 mars 2019, par siawi3

Source : Le Figaro 20/03/2019.

Tariq Ramadan s’invite àune conférence sur les violences faites aux femmes

Par Stéphane Kovacs

Publié le 19/03/2019 à18h17

La Mairie de Saint-Denis avait organisé une réunion publique sur les violences au quotidien. L’arrivée de l’islamologue a créé l’émoi.
« Une provocation ignoble  », s’indigne la Ville de Saint-Denis. Ce lundi soir, Tariq Ramadan s’est invité, « sans prévenir personne », àune réunion organisée par la Mairie, ayant pour thème « Lutter contre les violences envers les femmes au quotidien ». Les participants ont eu « une hallucination collective », raconte l’un d’eux, quand ils ont vu le prédicateur suisse, plusieurs fois mis en examen pour viol, venir s’asseoir au deuxième rang, accompagné de sa fille. Prié de quitter la salle, il s’est imposé, tandis que plusieurs femmes préféraient rentrer chez elles.

La réunion en question, organisée dans le cadre des « Journées des droits des femmes », a débuté à18 heures, dans la salle des mariages, devant quelque 70 personnes. En présence de plusieurs élus, dont Madjid Messaoudène, militant décolonial et conseiller municipal La France insoumise (FI) en charge de l’égalité et des droits des femmes, Sonia Pignot, maire adjointe écologiste àla culture, et Danièle Obono, députée FI de Paris. « Tariq Ramadan n’a évidemment pas été invité, assure la Mairie. Il n’a rien àfaire dans de tels débats. Sur la trentaine de réunions que nous organisons dans ce cadre, il a en plus choisi celle qui se rapproche le plus de ce dont il est accusé. » Tariq Ramadan est inculpé depuis le 2 février 2018 pour deux viols, dont un sur personne vulnérable, des accusations qu’il conteste. Il a été remis en liberté mi-novembre, sous contrôle judiciaire, après neuf mois de détention provisoire. Il est domicilié àSaint-Denis depuis.

« Quand je suis arrivée, un peu en retard, les intervenantes, les élus et la moitié des participantes discutaient dans le couloir, rapporte Saskia Cousin, enseignante àl’université, habitante de Saint-Denis. Pendant près d’une demi-heure, personne n’a osé parler àTariq Ramadan. Certaines, sidérées, se demandaient si ce n’était pas un sosie… La question était de savoir s’il valait mieux le virer ou pas. J’ai eu l’impression d’un piège. Ce qui était terrible, c’est que sa présence elle-même était encore une énième violence faite aux femmes. »

Stupéfaction

L’élue chargée de l’animation de la soirée « tout comme de nombreus.e.s participant.e.s, précise le communiqué de la mairie, ont demandé àde multiples reprises àM. Ramadan de partir. Son refus de quitter la salle est une insulte envers les personnes légitimement choquées par sa présence ». Une discussion s’engage alors pour savoir si le débat doit tout de même se tenir. « Il voulait sans doute qu’on le sorte manu militari pour pouvoir se victimiser, commente-t-on àla mairie. Ça aurait été une victoire supplémentaire pour lui… »

« On l’a interpellé plusieurs fois, des participantes aussi, rapporte-t-on àla municipalité. Lui n’a rien dit. C’est sa fille qui a répondu qu’il n’était pas condamné, et qu’on ne pouvait pas l’empêcher de participer àune réunion publique. Ce qui est vrai, bien sà»r, mais le moins que l’on puisse dire, est qu’il a un comportement inapproprié vis-à-vis des femmes… Des victimes de violences se sont retrouvées àcôté de lui, c’est ignoble. » Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs décidé de quitter la salle. Mais quand le débat s’est lancé, Tariq Ramadan s’est finalement éclipsé, « puisqu’il n’était plus le centre de l’attention », estime la Mairie.

[(« Je préfère y voir une sorte d’aveu, comme quelqu’un qui irait àune réunion d’alcooliques anonymes »
Me Éric Morain, avocat d’une plaignante)]

Chez les avocats des deux femmes qui l’accusent de viol, c’est aussi la stupéfaction. « Quand j’ai vu le communiqué de la Mairie de Saint-Denis, j’ai d’abord cru àun article du Gorafi !, raconte Me Jonas Haddad, conseil de Henda Ayari. Mais ce n’est malheureusement pas drôle du tout. Je n’en reviens pas  » Pour Me Éric Morain, avocat d’une plaignante qui se fait appeler Christelle, « ou bien il est venu pour écouter comment fonctionnent les associations pour s’en imprégner pour sa future défense. Ou bien c’est de la pure provocation, ce qui ne serait pas une première ! Je préfère y voir une sorte d’aveu, comme quelqu’un qui irait àune réunion d’alcooliques anonymes ». Me Emmanuel Marsigny, l’avocat de Tariq Ramadan ne nous a pas répondu.

À la mairie de Saint-Denis, on appelle en tout cas Tariq Ramadan à« respecter un minimum de décence en laissant en paix celles et ceux qui se battent contre les violences faites aux femmes ». « On s’est fait parasiter notre débat par un homme qui joue son plan com personnel, regrette-t-on. On espère qu’il ne mettra plus jamais les pieds dans une de nos réunions. »