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France : Colloque « Genre et santé à Lyon

4-6 avril 2019

samedi 23 mars 2019, par siawi3

Source : http://triangle.ens-lyon.fr/spip.php?article8389

Colloque « Genre et santé »
4 avril 2019 - 6 avril 2019, 14h-18h à l’université Lyon 1 Rockefeller (jeudi), 9h-18h à l’ENS de Lyon, site Descartes (vendredi) et 9h-13h à l’Université Lyon 3, quais (samedi)

Présentation

Si le concept de « maladie féminine » ou de « maladie de femme » s’est imposé au 18ème siècle, et jouit aujourd’hui encore d’un solide statut d’évidence malgré ses errements (l’ostéoporose est-elle réservée aux femmes ?), celui de « santé des femmes » ne bénéficie pas du même crédit. Au contraire, sa valeur est largement négligée. De fait, gynécologie, obstétrique, médecine de la reproduction sont des disciplines qui prospèrent au cœur de l’institution médicale, tandis que les dispensaires de santé des femmes et autres groupes de self-help, apanage de collectifs ou d’associations militantes pourvus de peu de moyens, demeurent marginaux dans les prises en charge. De manière significative, les spécialités anatomo-physiopathologiques, biologiques et génétiques de tout ce qui touche à la santé sexuelle et reproductive des femmes affrontent les risques et dérives éventuels d’une surmédicalisation de ce champ de la santé humaine, quand à l’inverse c’est le manque d’expertise qui est reproché aux soins alternatifs.

La résistance à l’institutionnalisation de la « santé des femmes » est loin d’être univoque et peut provenir autant des institutions médicales que des groupes militants, de même qu’elle peut contenir un intérêt tout à la fois politique, scientifique, épistémologique et pratique. En outre, cette constatation, si elle décrit certains mécanismes structurels à l’œuvre notamment au sein de la société française, non seulement ne rend pas suffisamment compte des intrications et des dialogues qui existent tout de même entre ces deux dispositifs sanitaires, mais révèle de plus l’évidence d’un traitement différencié en fonction des sexes et des genres. Et c’est bel et bien cette évidence qu’il s’agit d’interroger. Or, cette interrogation ne va pas sans une analyse de la fabrication de la connaissance scientifique et de l’articulation des pratiques thérapeutiques à l’endroit des corps humains.

Le corps est un objet particulièrement stimulant pour les études de genre car il est souvent conceptualisé comme relevant de la biologie ou des sciences naturelles, c’est-à-dire comme étant hors de portée des sciences sociales ; considérant partant que celles-ci ne s’occupent que des représentations ou, plus largement, des objets sous contrôle du cerveau et de la conscience. Pourtant, certain-e-s auteurices, provenant de disciplines diverses aussi bien que de contextes variés, ont su mettre en lumière les effets corporels des représentations en général, des conduites genrées en particulier (C. Delphy ; A. Fausto-Sterling). En effet, faire du genre l’organisation sociale par laquelle l’humanité est divisée en deux sexes distincts, ce d’après une logique hiérarchisée et déterministe, c’est déjà agir sur les corps. D’une part, la division des sexes opère sur le mode d’un logiciel programmatique, dans la mesure où elle participe au façonnement des corps et qu’elle conditionne les comportements depuis l’enfance, voire depuis l’existence in utero. D’autre part, la domination n’est pas qu’un système symbolique, elle se double d’inégalités tout à fait matérielles (la plus connue restant l’inégalité salariale), inégalités qui ont forcément des conséquences sur le corps et la santé des uns, des unes et des autres. C’est pourquoi il semble nécessaire d’interroger l’idée selon laquelle les corps sont des « donnés originels », et de critiquer autant les phénomènes d’hypermédicalisation, que ceux d’hypomédicalisation des corps féminins ; ces phénomènes relevant à la fois de la représentation pathologique des femmes (E. Dorlin) et de la production effective de corps, sinon malades, du moins fragiles.

D’abord, ce colloque aura pour mission de critiquer, tant au sens de délimiter que de réfuter, la « naturalité » du corps, laquelle demeure invoquée pour asseoir un système de domination. Il s’agira donc de faire le point sur ce que les études de genre peuvent nous apprendre des liens entre système organisé de domination sociale et ontogenèse des organismes, c’est-à-dire entre les représentations, les corps et les pratiques. De fait, les représentations socioculturelles engendrent des conduites spécifiques, les conduites individuelles comme collectives façonnent les corps, les corps perçus et vécus génèrent des figurations différenciées de soi ou des autres. En d’autres termes, il s’agira de faire un examen de nos systèmes de genre, en tant qu’ils sont articulés autour de l’idée qu’il existe une naturalité de la différence des sexes, et que de cette naturalité découlent des pathologies associées. S’il y a deux sexes, alors ils doivent se comporter différemment, exister différemment, être différents jusque dans la moindre cellule, et avoir des maladies différentes (R.J. Young ; A. Fausto-Sterling).

Ensuite, ce colloque aura pour but d’examiner les apports des études de genre et du féminisme à la santé ; cette dernière demeurant comprise en même temps comme une discipline scientifique qui participe à définir les corps, comme un champ institutionnel qui organise la prise en charge sociale de ces corps, comme un ensemble de pratiques thérapeutiques qui relèvent autant du soin que de l’appropriation de soi. Il s’agira donc d’examiner les effets de la critique féministe sur la santé en prenant en compte les liens entre ces trois axes transversaux que sont savoirs experts, savoirs profanes et savoirs expérientiels. Autrement dit, il s’agira d’adopter d’un côté une approche « bottom-up », qui nous permettra d’observer la manière dont les pratiques travaillent la théorisation féministe à l’endroit de la critique de la médecine ; de l’autre une approche « top-down », qui nous invitera à considérer les effets de la critique féministe jouissant d’une légitimité académique sur ces usages militants ou alternatifs qui, par leur discours ou leur visée, participent déjà d’une forme de résistance. L’enjeu sera d’explorer la manière dont la santé légitime les corps (qu’ils soient « typiques », « normaux », « pathologiques » …) et les pratiques (qu’elles soient conventionnelles, militantes, alternatives …), et, an amont, comment elle définit voire construit certains troubles. Souvenons-nous par exemple que le « Gender Identity Disorder » a disparu du DSM en 2012, au profit du terme de « dysphorie de genre », lui-même devenu « incongruence de genre » il y a peu.

Si la mise en dialogue entre connaissances académiques, vécus individuels et partages d’expériences n’est pas le propre du féminisme, cette forme de pensée et de critique est primordiale, ce dans la mesure où elle a mis au jour depuis une vingtaine d’années les processus « d’invention du naturel » (D. Gardey & I. Löw) dans le champ de la médecine et des sciences. Mais loin de réduire le savoir scientifique et biomédical à une stratégie de domination, loin de prôner une « profanisation » des connaissances et pratiques sanitaires, loin d’individualiser les parcours de soin pour échapper à toute pression sociale, les études de genre proposent tout à la fois d’ausculter les catégories utilisées dans ce domaine, de publiciser le contexte de production du savoir, d’articuler théorie et pratique thérapeutique.
Aussi ce colloque sera-t-il construit autour de trois axes principaux, à savoir
1. Genres et biologie,
2. Genres et épistémologie,
3. Genres et pratiques.

Programme provisoire

JEUDI APRÈS-MIDI
Université Lyon 1, site Rockefeller, faculté de médecine Lyon Est, salle des
thèses

14h-14h30 : Introduction

Anaïs Choulet (doctorante en philosophie, laboratoires EVS/IRPhiL/S2HEP, CNRS/Université Lyon 3/Université Lyon 1) ;
Thomas Crespo (doctorant en philosophie, laboratoire Triangle, ENS de Lyon) ;
Claire Grino (docteure en philosophie, laboratoire S2HEP, Université Lyon 1).

14h30 – 16h30 : Panel « Quand les études de genre interrogent les
catégories biologiques et médicales »
Modération : Muriel Salle (Maîtresse de conférence en Histoire, LAHRHA, ESPE de l’Université Lyon 1)

Thomas Crespo (doctorant en philosophie, laboratoire Triangle, ENS de Lyon) :
« Combien de sexes ? Pourquoi deux types de sexuation ne font pas deux sexes » ;
Anne-Charlotte Millepied (Doctorante à l’EHESS – laboratoire IRIS / Université de Genève – Institut des Etudes Genre) :
« Visualiser l’endométriose : éléments pour une épistémologie féministe de l’ignorance » ;
Jérôme Laubner (doctorant en littérature française, laboratoire CELFF, Sorbonne Université / Universität Basel) :
« La syphilis au prisme du genre dans les écrits médicaux de la première modernité : une mise en péril de la santé masculine au détriment des femmes ? »

16h30 – 17h : pause

17h – 18h : Plénière « Critique du naturalisme ou naturalisme critique ? Le féminisme et sa contribution à une ontologie réaliste. »
Thierry Hoquet (PU de philosophie, laboratoire IRePh, Université Paris-Nanterre)
Discussion : Claire Grino.

VENDREDI MATIN
ENS de Lyon, site Descartes, Institut LSH, Amphithéâtre Descartes

9h – 10h : Plénière « Savoirs du sexe, politique du désir. Les sciences, la médecine et la sexualité des femmes XIXe-XXe siècle »
Delphine Gardey (Professeure ordinaire d’Histoire contemporaine, Institut Etudes Genre, Faculté des sciences de la société, Université de Genève),

10h – 10h30 : pause

10h30 – 12h30 : Panel « Corps des femmes sous surveillance médicale : constats et résistances »
Modération : Laurine Thizy

Cécile Thomé (doctorante en sociologie, laboratoire IRHIS, EHESS Paris) :
« Des normes et des pratiques « naturelles » ? Contraception médicale et scripts (hétéro)sexuels en France depuis les années 1960 » ;
Jesse Olszynko-Gryn (Chancellor’s Fellow, School of Humanities, University of Strathclyde, Glasgow) :
« L’affaire Primodos : de dangereuses hormones, des femmes enceintes et le spectre des anomalies congénitales » ;
Sezin Topçu (chargée de recherches au CNRS, Centre d’études des mouvements sociaux, Ehess) :
« De la médecine dissidente aux dénonciations féministes : critiques et controverses autour de la « big » obstétrique française depuis les années 70 ».

VENDREDI APRÈS-MIDI
ENS de Lyon, site Descartes, Institut LSH, Amphithéâtre Descartes

14h00 – 16h30 : Panel « La santé globale : prendre en compte la race et la migration en contexte néo/postcolonial »
Modération : Laurie-Anne Galiby

Saïda Barkat-Daoud (doctorante en sociologie, laboratoire CADIS, EHESS Paris) :
« Soigner ou Sauver les femmes excisées d’Europe ? Le dispositif de la chirurgie des mutilations sexuelles : technologie de genre, citoyenneté, et marchandisation du Sexe Noir altéré » ;
Andrea Sagni (doctorant en philosophie, laboratoire IRPhiL, Université Lyon 3 / Institut ONLUS, Università di Salomé) :
« Anorexies niées. Préjugés et inégalités dans la prise en charge des troubles alimentaires selon l’origine ethnique et le genre » ;
Hélène Brettin (maîtresse de conférence en sociologie, laboratoire IRIS, Université Paris 13) :
« Contraception, travail, emploi : produire et (se)reproduire au prisme de la race et de la migration » ;
Francesca Arena (Maîtresse-assistante en Histoire, Institut Éthique Histoire Humanités, Université de Genève /Collaboratrice scientifique à la Maison de l’histoire, Université de Genève) :
« (re)Penser l’histoire de la santé de genre : l’intersection masculinité, race et classe ».

16h30 – 17h : pause

17h-18h : Table ronde : « La santé sexuelle pour tout le monde ? »
Christine (Syndicat des travailleurses du Sexe) ; membres de l’association FRISSE (Femmes Réduction des Risques et des dommages Santé Sexuelle)

SAMEDI MATIN
Université Lyon 3, Site des quais, Faculté de philosophie, salle Caillemer

9h – 10h15 : Dialogue « Retour à deux voix sur l’histoire croisée du mouvement self-help »
Lucile Ruault (post-doctorante en sociologie, laboratoire CERAPS, Université Lille 2) & Rina Nissim (Dispensaire de santé des femmes de Genève / Editions Mammamélis),

Discussion : Anaïs Choulet

10h15 – 10h30 : pause

10h30 – 11h45 : Table ronde « Édition des guides de santé des femmes »
Rémi Lefloche* (Mairie de Lyon) ; membres du collectif « Notre corps nous-mêmes » ; Rina Nissim. (Dispensaire de santé des femmes de Genève / Editions Mammamélis)
Animation : (à confirmer)

11h45 – 12h : pause

12h – 12h20 : Carte blanche à la Maison de santé de la Guillottière

Site du colloque (disponible fin février)
Comité d’organisation

Muriel Salle, Université Lyon 1 / ESPE
Stéphanie Ruphy, Université Lyon 3
Claire Grino, Université Lyon 1
Claude Gautier, ENS Lyon
Thomas Crespo, ENS Lyon
Anaïs Choulet, CNRS / Université Lyon 3 / Université Lyon 1
Delphine Frasch, ENS de Lyon