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Algérie : S’entendre sur un projet politique avant de chercher des personnes pour l’incarner

l’écrivain et journaliste Kamel Daoud parmi les personnalités préférées pour mener une transition

dimanche 24 mars 2019, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2019/03/22/01003-20190322ARTFIG00124--alger-la-rue-veut-faconner-sa-transition.php

À Alger, la rue veut façonner sa transition

Par Adam Arroudj

Mis àjour le 22/03/2019 à18h34 | Publié le 22/03/2019 à17h33

Après un premier recul du pouvoir, la société civile compte bien peser sur la préparation de l’après-Bouteflika.

La blague fait le tour d’Alger. « Si tu vois le 021 (indicatif de la capitale, NDLR) s’afficher sur ton téléphone, ne décroche pas, c’est Bedoui qui cherche des ministres pour son gouvernement. » Depuis qu’il a été nommé il y a onze jours premier ministre àla place d’Ahmed Ouyahia, Noureddine Bedoui n’a toujours pas formé son cabinet. L’attelage qu’il forme avec Ramtane Lamamra, vice-premier ministre surnommé « Raspoutine » jusque dans les couloirs de la décision, a suscité un rejet attendu chez les Algériens qu’une laborieuse conférence de presse n’a pas réussi àapaiser. « C’est compliqué », commente, gêné un ancien collaborateur du gouvernement. « On le voit bien, le président est lâché par tous ses soutiens. Le régime Bouteflika est devenu une marque d’infamie, un gros mot. »

« Trop naïve »

De la rue, ou plutôt de la société civile algéroise, sont bien montés quelques noms : Zoubida Assoul, avocate et ancienne magistrate depuis longtemps dans le circuit politique - elle participa au Conseil national de transition après le départ de Chadli Bendjedid -, impliquée dans le mouvement d’opposition Mouwatana. « On la respecte pour ses engagements mais elle est politiquement trop naïve », la condamne un parlementaire du FLN. Ou bien Karim Tabbou, dernière flamboyante figure du Front des forces socialistes (FFS), dont il fut le premier secrétaire de 2006 à2011, « Ã qui il est impossible de nier une envergure politique, mais trop radical pour accepter les compromis dont on ne pourra pas faire l’économie », souligne un ancien militant du FFS. Ou encore Mustapha Bouchachi, ex-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme et ex-député FFS, mandat dont il démissionna en 2014, entre autres pour contester le fonctionnement du Parlement. Son aura - àsa carrière s’ajoute le CV d’une famille révolutionnaire - ne suffit toutefois pas àfaire oublier un caractère autoritaire qui fait encore trembler ses anciens étudiants.

Cette semaine, les Algériens ont reçu par message un sondage dans lequel il est leur est demandé de choisir leurs personnalités préférées pour une transition. Parmi elles, en plus des noms cités ci-dessus, l’écrivain et journaliste Kamel Daoud, l’ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) Saïd Sadi*, l’ex-chef de gouvernement Ahmed Benbitour ou l’ex-président de la République Liamine Zéroual.

Un casting qui ne séduit pas forcément Youssef, jeune avocat. « La réelle question qu’on doit se poser, ce n’est pas celle des personnes, mais celles des idées. Le champ politique s’est polarisé pendant vingt ans en pro-Bouteflika et anti-Bouteflika, et ces derniers doivent désormais se réinventer. Or, pour l’instant, aucun projet politique, aucun projet de société n’émerge véritablement. »

Feuille de route

C’est aussi l’avis d’Abdelouahab Fersaoui, président du Rassemblement actions jeunesse (RAJ) : « Commençons d’abord par nous entendre sur le contenu de cette transition, par trouver un consensus sur la forme àchoisir : Assemblée constituante ? gouvernement de transition ? Après seulement, on cherchera les hommes pour la mener. » Le RAJ, membre du nouveau « collectif de la société civile algérienne pour une sortie de crise pacifique », composé d’associations et de syndicats, a publié lundi 18 mars une feuille de route pour « l’instauration d’une nouvelle République ». Il propose que le départ du président, au plus tard le 27 avril, soit accompagné par la mise en place d’un haut comité de transition, « instance collégiale composée de personnalités » ayant en commun « autorité morale et large acceptation populaire ».

Depuis une semaine, les idées jaillissent de partout. Il est évidemment question des libertés, de la refonte du processus électoral, de l’indépendance de la justice, de l’identité collective, de lutte contre la corruption, du rôle de la diaspora, etc. Les femmes, les artistes, les professeurs de droit… chacun y va de son comité de réflexion, de sa feuille de route, de son projet pour une nouvelle République, avec une soif de profils indemnes de toute connivence avec le système. « Même si ça part dans tous les sens, c’est bien, assure, enthousiaste, Daikha Dridi, qui organise samedi àAlger une rencontre pour discuter du thème de l’égalité dans le changement, pour qu’àterme, les femmes soient présentes dans les structures de transition. Ça montre que les gens sont impliqués, que certaines personnes veulent servir d’intermédiaires entre les manifestants et le pouvoir, qu’ils décident de leur propre agenda. Les leaders ? Ils émergeront plus tard  »

* laïque (note de siawi)