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France : La laïcité : le désaccord

mercredi 27 mars 2019, par siawi3

Source : http://www.creal76.fr/medias/files/combat-laique-72-mars-2019-.pdf#page=13

Combat Laïque 76 N° 72 - Mars 2019 - page 13

La laïcité : le désaccord

La grande difficulté à unir à défaut d’unifier les associations se revendiquant de la défense de la laïcité réside en un non-dit qui sépare, comme un secret de famille, deux courants idéologiques.

Administrative ou politique ?

Pour caricaturer disons que s’est installée une incompréhension entre ceux qui considèrent que la loi de 1905 est l’aboutissement indépassable du projet laïque et ceux qui la considèrent comme une étape dans l’œuvre émancipatrice portée par la réflexion républicaine constante depuis la Révolution.

Les premiers considèrent la Loi de séparation sous son seul aspect administratif organisant, sous le regard bienveillant de la République neutre en la matière, la présence visible et assumée des religions dans l’espace public qui serait le lieu de leur coexistence pacifique. Les seconds envisagent la laïcité comme un principe politique engageant les citoyens et citoyennes à dépasser leurs convictions spirituelles dans la recherche de l’harmonie de la cité.

On s’aperçoit que la formule si pratiquée dans la période à savoir « vivre ensemble » masque bien des incompréhensions. Incompréhensions entretenues. Réduire la laïcité à la loi de 1905 (qui ne comporte pas ce mot !) permet d’en faire un simple objet juridique à même de réguler, y compris localement au prix d’accommodements « raisonnables », les diverses exigences confessionnelles sans avoir besoin d’en mesurer les conséquences politiques pour l’ensemble de la société.

Réduite à son seul principe juridique

La loi de 1905 établit le primat de la liberté de conscience, l’égalité en droit de tous les citoyens au regard de leurs convictions « y compris religieuses » comme le précise déjà l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et neutralité de l’État au regard de toutes les convictions spirituelles sans exception ; sous la seule condition du respect de la loi commune.

S’en tenir à la lettre de la loi de 1905, c’est réduire la laïcité à son seul principe juridique ce qui permet plus commodément d’écarter la réflexion indispensable sur les problèmes soulevés par la mise en œuvre de la laïcité dans la société dans son ensemble. Cela permet en particulier de faire semblant d’ignorer le caractère politique de certaines demandes religieuses investissant l’espace public ou le monde des entreprises en se contentant de rechercher des arrangements pratiques ignorant l’impact qu’ils pourraient avoir dans les relations sociales. La plus déplorable des conséquences étant que la personne ne serait plus considérée comme un-e citoyen-ne libre du choix de ses convictions mais un-e fidèle soumis-e à une tradition extérieure à la loi commune.

‘’ Il leur faudra se positionner : une laïcité ouvrant la porte à des accommodements administratifs identitaires ou une laïcité principe politique de cohésion sociale ? Soutenir une régression cléricale ou poursuivre l’œuvre émancipatrice ?.’’

Ouverte, plurielle, positive, inclusive...

Autant d’adjectifs qui, ces dernières années, sont venus à dessein pervertir la réflexion sur la laïcité détournant - comme un leurre - le débat plus sur l’adjectif que sur le principe politique dont elle est porteuse. Ceci oriente la mise en œuvre de la laïcité vers la recherche d’arrangements avec les cultes, induisant la reconnaissance des fidèles dans la vie publique plutôt que vers la promotion du principe politique universel qui privilégie l’égalité de considération des citoyen-ne-s. Dénier la dimension politique de la laïcité pour la réduire à un code administratif de bonne conduite aménageable selon les demandes remet en cause le mouvement général de sécularisation de la société engagé et poursuivi depuis la Révolution (article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen) qui a fait des convictions religieuses des opinions respectables mais ordinaires. On comprend que cette propension à remettre en cause le principe de laïcité en réinstallant le religieux dans la vie publique permettrait probablement d’apporter, dans une période de régressions sociales envisagées sans possible recours, « la chaleur d’un monde sans cœur », dont parlait Marx.

Quelle laïcité ?

À partir du moment où on accole un adjectif à la laïcité, on en vide la portée égalitaire. Le statut de citoyen-ne pourrait être ainsi modifié par un marqueur spirituel. Si la loi de 1905 ne définit pas la laïcité, elle assure la liberté de conscience à chaque citoyen-ne et indépendamment garantit la liberté d’exercice des cultes. Libre à chacun-e de nous de participer à celui de son choix comme de s’abstenir de toute affiliation sans avoir à en rendre compte à quiconque. L’article 31 de la Loi de séparation1 en est la garantie.
Il faudra bien que les partis politiques, et principalement ceux se prétendant dans la tradition de la Révolution française, définissent enfin leur doctrine sur ce sujet éminemment politique après l’avoir si longtemps négligé ou falsifié alors que nous sommes dans un contexte de retour du religieux dans la société. S’opposer, de façon politicienne, aux propositions macroniennes de modifications de la loi de 1905 relèverait de la facilité et ne saurait suffire. Il leur faudra se positionner : une laïcité ouvrant la porte à des accommodements administratifs identitaires ou une laïcité principe politique de cohésion sociale ? Soutenir une régression cléricale ou poursuivre l’œuvre émancipatrice ?

Note :
ρ1. Article 31 de la loi de 1905 : « Sont punis de la peine d’amende prévue pour les contraventions de la 5èmeclasse et d’un emprisonnement de six jours à deux mois ou de l’une de ces deux peines seule-ment ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d’exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association cultuelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un culte ».