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« Laïcité : la France inspire le Québec  »

dimanche 31 mars 2019, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2019/03/29/31002-20190329ARTFIG00113-laicite-la-france-inspire-le-quebec.php


« Laïcité : la France inspire le Québec  »

Par Mathieu Bock-Côté

Mis àjour le 29/03/2019 à18h42 | Publié le 29/03/2019 à18h37

CHRONIQUE - Depuis deux siècles et demi, le Québec lutte pour s’affirmer comme une nation de langue et culture françaises en Amérique. D’après Mathieu Bock-Côté, c’est ce combat qu’il poursuit aujourd’hui au nom d’une laïcité qu’il entend placer au cÅ“ur de son existence collective.

Après plus de dix ans de débats portant sur la question des accommodements raisonnables et de la place des signes religieux ostentatoires dans l’espace public, et suite àl’élection en octobre dernier d’un gouvernement de la Coalition Avenir Québec (autonomiste de centre droit), le Québec s’est enfin engagé sur le chemin de la laïcité. Le 28 mars, le gouvernement québécois a présenté le projet de loi sur la laïcité de l’État (dit projet de loi 21), qui entend proscrire le port de signes religieux chez les employés de l’État en situation d’autorité. Il inclut les enseignants (sans l’étendre aux éducatrices dans les crèches), et impose cette interdiction àcertaines autres catégories de fonctionnaires. Ce projet de loi, qui inscrira le principe de laïcité au cÅ“ur de la Charte québécoise des droits et libertés, prévoit toutefois une clause de droits acquis pour les employés de l’État portant déjàun symbole religieux. Ils ne seront pas congédiés s’ils refusent de s’en départir. Le gouvernement québécois a voulu agir sous le signe du compromis. L’appui populaire au projet d’une Charte de la laïcité est massif.

Vue de France, une telle proposition peut sembler modeste - et même trop modeste. Il n’en demeure pas moins que dans un contexte nord-américain, le Québec vient de faire un geste qui suscitera une opposition radicale. Justin Trudeau, le premier ministre canadien, a ainsi affirmé qu’« il est impensable […] de légitimer, dans une société libre, la discrimination de citoyens en se basant sur leur religion ». Cette position ne surprend guère dans la classe politique canadienne, qui voue un culte au multiculturalisme, dont le principe est inscrit dans la Constitution du pays. En d’autres mots, l’exigence de discrétion religieuse demandée aux représentants de l’État conduirait le Québec às’exclure de la famille des sociétés libres - en Europe, on l’accuserait de basculer dans le camp des « démocraties illibérales ».

Ils sont nombreux, dans la mouvance multiculturaliste, àaccuser le Québec de s’inspirer de la France. Et cela se veut une accusation grave. On reproche au pays de Voltaire de cultiver au nom de la laïcité une intolérance religieuse au point où les populations musulmanes issues de l’immigration qui habitent les banlieues se seraient retournées contre elle. En 2016, une étude de la Brookings Institution accusant la laïcité française de pousser àla radicalisation les jeunes musulmans avait ainsi reçu une presse très favorable dans le monde anglo-saxon. La presse américaine fait preuve, àcet égard, d’une complaisance coupable àl’endroit de la mouvance indigéniste qu’elle assimile àune forme d’activisme des droits civiques àla française. L’empire américain considère comme autant de provinces rebelles historiquement retardataires les pays qui ne se plient pas avec enthousiasme àl’imaginaire diversitaire. On se souviendra des commentaires désobligeants des États-Unis devant la volonté de nombreux pays européens de proscrire le voile intégral dans l’espace public.

Est-il encore possible, pour une nation, de proposer un modèle de « â€Šgestion de la diversité  » qui ne soit pas aligné sur les prescriptions du multiculturalisme  ?

Situons la réflexion plus largement. Les signes religieux ostentatoires témoignent moins de l’expression hardie d’une spiritualité irrépressible qu’ils ne témoignent d’une colonisation progressive de l’espace public par certains communautarismes qui entendent le marquer toujours plus de leur empreinte en instrumentalisant frauduleusement le langage des droits. Le politique est tout àfait légitime àremettre les religions àleur place, ce qui ne limite en rien la liberté de conscience des uns et des autres. Car la laïcité bien compromise a l’immense vertu de dégager un espace où l’individu peut s’émanciper des tutelles communautaires qui pèsent sur lui. Est-il encore possible, pour une nation, de proposer un modèle de « gestion de la diversité » qui ne soit pas aligné sur les prescriptions du multiculturalisme ? Cette question n’est pas désincarnée et s’impose àcause d’un certain islam qui s’accommode moins des codes culturels de la civilisation occidentale qu’il ne cherche àlui imposer les siens.

Depuis deux siècles et demi, le Québec lutte pour s’affirmer comme une nation de langue et culture françaises en Amérique. C’est ce combat qu’il poursuit aujourd’hui au nom d’une laïcité qu’il entend placer au cÅ“ur de son existence collective. Il entend le faire malgré l’idéologie dominante du continent. La véritable action politique consiste souvent àbrandir un principe essentiel contre les fausses évidences qui dominent une époque. Que le Québec s’inspire àsa manière de la France nous rappelle par ailleurs que cette dernière demeure dans notre monde un pôle de résistance, incarnant une autre idée de la civilisation occidentale, et aussiune autre manière de faire société, où le commun ne s’efface pas devant la survalorisation victimaire des minorités et le culte d’un individualisme exacerbé.