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FRANÇAIS ENCORE UN EFFORT... POUR RESTER LAà QUES !

mardi 2 avril 2019, par siawi3

Source : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=62058

FRANÇAIS ENCORE UN EFFORT... POUR RESTER LAà QUES !

Renée Fregosi

Avant de constituer un corpus de lois, la laïcité est un esprit et un combat. En se constituant au cours de leur histoire sur des modes propres àchacun, les Etats occidentaux ont abouti àla liberté religieuse et au droit àl’apostasie et àl’athéisme, ainsi qu’au principe de la libre disposition de son corps par tous les individus. L’esprit laïque s’enracine dans le rationalisme et la philosophie libertine des XVIIe-XVIIIe siècles. Réduire la laïcité française àla loi de 1905 relève alors d’un juridisme aveugle et coupable face aux assauts de l’islamisme. Pourtant, des intellectuels et des politiques ignorent ou minimisent ces attaques. Conformisme et servitude volontaire sont alors comme l’envers de l’offensive islamiste sur nos sociétés.

Renée Fregosi est docteur en philosophie et en science politique. Elle s’engage dès 16 ans au Mouvement de libération des femmes (MLF). D’une famille de militants laïques, elle est par ailleurs très tôt sensibilisée àla défense de la libre pensée. Dès la révolution iranienne puis au moment de l’affaire des jeunes filles voilées de Créil, elle alerte, sans succès, le Parti socialiste (auquel elle a adhéré en 1976) sur la menace de l’islamisme pour les libertés individuelles et la libération des femmes. Elle poursuit ici son combat.

Broché - format : 15,5 x 24 cm
ISBN : 978-2-343-16584-4 • 31 janvier 2019 • 196 pages
EAN13 : 9782343165844
EAN PDF : 9782140112058

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Source : http://video.lefigaro.fr/figaro/video/radicalisation-islamiste-la-france-fait-preuve-de-cecite-depuis-plus-de-trente-ans/6010688386001/

Radicalisation islamiste : « La France fait preuve de cécité depuis plus de trente ans  »

Video ici 17.54

Pour Renée Fregosi, philosophe et politologue, auteur de « Français encore un effort… pour rester laïques !  » (l’Harmattan), nos dirigeants ne peuvent réduire la laïcité française àla loi de 1905 face aux assauts de l’islamisme.

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Source : https://www.causeur.fr/france-islam-islamisme-femmes-fregosi-160163

« Pour les islamistes, la France est vouée àdevenir musulmane  »
Entretien avec la philosophe et politologue, Renée Frégosi
par
Gil Mihaely - 27 mars 2019

Photo : Renée Frégosi, novembre 2018. ©BALTEL/SIPA / 00884429_000049

Dans Français encore un effort… pour être laïques !, la philosophe et politologue, Renée Fregosi, livre une lecture de la laïcité àla française. Elle s’interroge sur la place des religions dans la cité, et notamment sur celle de l’islam par rapport aux principes républicains.

Causeur : Dans votre dernier livre, Français encore un effort… pour être laïques !, vous proposez une lecture historique et culturelle de la laïcité àla française, et donc de la place de la religion dans la cité. C’est cette longue évolution des idées, des mÅ“urs et des normes qui a abouti àdes lois, notamment celle de 1905. Pour vous, cette loi est-elle insuffisante aujourd’hui ? A-t-elle perdu son esprit ?

Renée Fregosi : En effet, le corpus juridique constitué par le bloc des lois « laïques  » votées entre 1880 et 1905 (expulsion des congrégations, lois scolaires portant sur la gratuité, l’obligation, la laïcisation des enseignants et enfin « séparation de l’Eglise et de l’Etat  ») est la concrétisation d’une conception philosophique et d’une lutte idéologique fondant l’autonomisation de l’individu et son émancipation vis-à-vis de ce qui s’oppose àsa liberté de conscience et àla libre disposition de son corps. De ce point de vue, ce bloc juridique qui garantit « la liberté de conscience  » n’a rien perdu de sa pertinence.

Par ailleurs, en stipulant dans son article 2 que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte  », la loi de 1905 concerne toutes les religions, y compris l’islam. De ce point de vue également, la loi n’a rien perdu de sa pertinence et se suffit àelle-même. Tout ajout de type concordataire (co-construction avec l’Etat d’un islam de France par exemple) viendrait en pervertir l’esprit et en saper la cohérence.

A lire aussi : « Islamisation française  », 40 ans de soumission médiatique

Enfin, les lois laïques, qui formalisent la primauté du droit national sur la loi religieuse n’ont rien perdu de leur pertinence, si tant est qu’elles soient appliquées ; preuve en est faite a contrario par la polémique que suscite aujourd’hui la question laïque face àl’expansion de la religion musulmane en Europe et notamment en France, et àl’offensive islamiste. Les islamistes revendiquent pour tous les musulmans vivant en France le droit de vivre selon le particularisme communautaire religieux, et en quelque sorte, pour les Français musulmans, leur appartenance àla nationalité française « dans le statut de l’indigénat  » de l’Algérie coloniale.

Sans toucher donc àla loi de 1905, il conviendrait en revanche de répondre àl’offensive islamiste actuelle par une refonte de la loi de 2004 qui rate sa cible en assimilant le voile àun signe religieux comme un autre et en en limitant l’interdiction dans l’enseignement primaire et secondaire. Il s’agit plutôt de s’opposer explicitement àla tentative d’imposition d’éléments de la charia dans la République : port du voile, reconnaissance du blasphème, séparatisme communautaire (menus spécifiques, aménagements horaires, lieux de prières autres que les mosquées, etc.).

La laïcité en France a longtemps été façonnée par rapport àla place de l’Eglise et la religion catholique. En quoi l’interruption de l’islam àpartir des années 1980 a-t-elle changé la donne ? Pour certains la soumission de l’Eglise catholique a été aussi difficile et conflictuelle…

D’abord un rappel : si en 1905 l’islam n’est guère présent en France métropolitaine, au moment de sa promulgation, la loi devait concerner tout autant les colonies, notamment l’Algérie. Le code de l’indigénat est en effet en débat depuis 1887 avec les propositions de lois visant àla naturalisation collective des « indigènes  » (qui devraient pour acquérir la pleine nationalité française, non pas renier leur religion musulmane mais respecter le Code civil français, c’est-à-dire ne plus pratiquer les coutumes qui lui sont incompatibles, notamment la polygamie, le droit du père àmarier son enfant, le droit de rompre le lien conjugal àla discrétion du mari ou le privilège des mâles en matière de succession). Mais la naturalisation collective de toutes les populations algériennes s’est heurté tout autant àla minorité des prédateurs coloniaux et aux anti-assimilationnistes de droite, qu’aux autorités musulmanes traditionnelles qui craignaient de perdre leur emprise.

Mais en quoi l’opposition de l’islam àl’esprit et aux lois concernant la laïcité diffère-t-elle de l’affrontement entre l’Eglise catholique et l’Etat au tournant des XIXe-XXe siècles en France ?

Il existe deux différences principales.

Tout d’abord, àpartir de l’indépendance de l’Algérie et surtout àpartir des années 1970, la religion musulmane est une religion importée en France àtravers une immigration principalement maghrébine et ensuite subsaharienne. L’islam de ces populations immigrées puis descendantes d’immigrés vient contester la construction historique de la laïcité française àla fois de l’extérieur en quelque sorte, et postérieurement àl’édification de la France laïque. L’islam se heurte donc àdes lois et àdes mœurs élaborées en dehors de lui, de ses références et de son histoire. C’est pourquoi la contestation de la laïcité en France par certains musulmans peut apparaître comme illégitime àdes Français qui se sont construits avec et parfois contre mais finalement en accommodement avec la laïcité qui fait maintenant partie du patrimoine commun àtout un chacun, quelles que soient ses options métaphysiques.

D’autre part, outre la dimension géographique et historique, l’islam se distingue plus généralement de la religion catholique par son degré de sécularisation, c’est-à-dire son niveau d’acceptation de la primauté du droit positif des Etats sur la loi religieuse et son acclimatation àl’époque et àla culture ambiante (occidentale, européenne, française).

En Occident, la sécularisation s’est réalisée sur le temps long et repose sur deux mouvements historiques : le christianisme a mis d’abord plusieurs siècles àdevenir religion d’Etat (en 380), puis de nombreux autres àrenoncer àl’être, cet abandon prenant des rythmes et des formes différentes selon les pays. On a ainsi assisté àun double processus : laïcisation des Etats, c’est-à-dire prise d’autonomie de la politique par rapport aux religions, et soumission de l’ordre religieux àl’ordre politique. Ce mouvement a procédé àla fois par une lente évolution des mÅ“urs et par des phases de grande tension voire de violence extrême entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Ainsi, les lois laïques en France ont-elles en effet été imposées àl’Eglise catholique sans ménagement.

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Enfin, ce lent processus a été accompagné d’une transformation interne aux dogmes religieux tant dans le christianisme que dans le judaïsme. La pratique religieuse s’est peu àpeu cantonnée àla sphère privée : les croyants ont considéré que l’adhésion religieuse procèdait d’avantage de la foi personnelle qu’elle ne relèvait de l’appartenance àune « communauté  » de naissance, àune nature ou àune culture spécifique. L’appartenance religieuse n’étant donc plus considérée comme indéfectible, le pluralisme des religions, comme l’apostasie et l’athéisme, peuvent être acceptés par tous.

Or, pour ce qui concerne l’islam, le monde musulman a abordé cette question de la sécularisation des sociétés àla fois tardivement et de façon biaisée : la sécularisation intellectuelle et politique s’est inscrite dans un cadre conflictuel, àtravers la colonisation occidentale, la défaite et la chute de l’Empire ottoman et la décolonisation, souvent par la lutte armée. Aussi, aujourd’hui, de l’Algérie des généraux du FLN àl’Égypte post-nassérienne, en passant par les partis Baas syrien et irakien décomposés, ou l’Autorité palestinienne, la laïcisation des pays arabes, naissante dans les années 1950, ou de façade dans les années 1960-70, comme celle plus profonde mais autoritaire en Turquie, a-t-elle cédé sous l’assaut des différents mouvements islamistes et l’on y assiste depuis les années 1980 àune ré-islamisation.

La France avec son modèle laïque est-elle un champ de bataille dans une guerre globale de l’islamisme radical contre l’Occident ?

Oui et non. D’une part, le principe laïque est bien né en Occident, mais l’Occident a aussi produit cette notion étrange d’universalisme. Autrement dit, si la laïcité est àl’origine occidentale, son principe d’émancipation individuelle, lui, concerne tous les humains et dépasse largement les limites géographiques de l’Occident. Et cela d’autant plus dans un monde globalisé comme il l’est désormais.

Au demeurant, les tenants de l’islam politique s’évertuent àpersuader les musulmans que la laïcité est strictement occidentale et qu’elle doit, àce titre, être combattue comme un héritage colonial. Mais c’est bien àune vision globale humaniste et démocratique que s’opposent les islamistes. D’ailleurs, les Occidentaux ne sont pas les seuls ennemis des islamistes : tout musulman qui ne se conforme pas àl’orthopraxie islamiste est àconvertir àla « vraie foi  » ou àanéantir au même titre que les « mécréants  » chrétiens, juifs et athées. Et face àcette offensive islamiste, une solidarité se constitue entre tous les résistants àl’islamisme quelle que soit leur origine, en Occident et ailleurs.

Ainsi, la France est bien en première ligne dans la guerre que livre l’islamisme àtous ses ennemis, parce que la défense du principe laïque y est plus forte et argumentée qu’ailleurs, et parce que le nombre de musulmans y étant en croissance régulière depuis les années 70, les islamistes considèrent le pays comme étant « al islam  », c’est-à-dire voué àdevenir musulman àtitre plein. L’offensive islamiste y prend donc toutes les formes : violentes ou non, politiques, sociales, idéologiques.

Elle vise les corps àtravers les attentats terroristes, mais aussi la démographie, la sexualité en général, la séparation des sexes et des communautés, l’endogamie àl’intérieur des communautés. Cette islamisation travaille aussi les esprits àtravers une lutte pour la reconnaissance du blasphème, la remise en cause de l’esprit scientifique, la perversion de la posture critique, l’utilisation du droit àla différence et de la cause multiculturaliste pour minimiser, voire annihiler, la culture occidentale et les notions universelles d’émancipation individuelle, de libre pensée et de libre disposition de son corps.

Pour vous le corps de la femme est devenu un enjeu majeur de la laïcité contemporaine. Est-ce une nouveauté liée àl’islam ?

Comme la laïcité ou encore la démocratie, le féminisme historique égalitariste (des Suffragettes au Mouvement de Libération des Femmes des années 1970) est aujourd’hui accusé par certains d’être d’essence occidentale et partant colonialiste, dominateur et donc àrejeter. Il est vrai que la lutte pour la libération des femmes a commencé en Occident et que l’égalité des sexes y a considérablement progressé même si le combat n’est pas achevé.

Au demeurant, le corps des femmes en tant qu’objet sexuel et instrument de procréation a toujours constitué un enjeu de pouvoir dans àpeu près toutes les civilisations, l’Occident ne faisant pas exception. Et le mouvement féministe s’est heurté tout autant aux religions dans leur ensemble qu’au pouvoir politique non religieux. La laïcité en France s’est d’ailleurs instaurée dans un paradoxe historique : au motif que l’Eglise catholique était réputée avoir une forte emprise sur les femmes, nombre de Radicaux promoteurs des lois laïques, étaient par ailleurs opposés au droit de vote des femmes. L’émancipation des femmes n’était pas conçue comme partie intégrante de l’émancipation des individus pourtant objet du principe laïque universel.

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Il n’en reste pas moins que l’esprit de la lutte féministe de « libération  », d’émancipation, d’autonomisation, relève pleinement du principe laïque de libre pensée et de libre disposition de son corps pour tout individu. Ce n’est pas un hasard si au début des années 60, le mouvement du Planning familial a inscrit dans ses statuts le principe de laïcité comme consubstantiel àson combat. Et ce n’est pas un hasard non plus si depuis quelques mois, une lutte « intersectionnelle  » regroupant « décoloniaux  », « féministes islamiques  », multiculturalistes et islamo-gauchistes, s’organise pour réclamer la suppression de cette clause de laïcité dans les statuts de l’organisation.

Car oui, évidemment, la domination des femmes est aujourd’hui un élément essentiel de l’offensive islamiste. Et il est ainsi piquant d’entendre certains politiciens qui ne se sont guère illustrés dans la défense des droits des femmes par le passé, les revendiquer aujourd’hui haut et fort pour des raisons purement tactiques dans leur opposition aux islamistes. Quoi qu’il en soit, la charia institue objectivement la domination des femmes par les hommes àtravers nombre de ses préceptes, le plus visible étant le voilement, d’autant que les islamistes en ont fait l’étendard de leur offensive. Chacun sait pourtant que toutes les religions monothéistes, dans leur acception rigoriste originelle, imposent le voile aux femmes comme le dit l’apôtre Paul (1ère épître aux Corinthiens V.11) en double signe d’impureté et de soumission aux hommes. Mais en s’appropriant en quelque sorte ce signe universel, les islamistes rappellent en outre que leurs femmes leur appartiennent et sont destinées aux hommes musulmans exclusivement.

Vous consacrez plusieurs pages aux défis auxquels fait face la démocratie libérale aujourd’hui. En quoi cette problématique est-elle liée àla laïcité ?

La démocratie est une construction proprement humaine qui parie sur la capacité des humains àsupporter l’incertitude, c’est-à-dire àêtre libres, àdonner sens àleur vie par leurs seules actions. Elle se réalise au jour le jour, se construit non pas en référence àun absolu fantasmé mais àune relation du plus au moins satisfaisant. Pas de parousie àl’horizon de l’humanité, pas de projection eschatologique illuminée, mais des avancées et des reculs et toujours la nécessité d’innover, d’inventer des méthodes prosaïques pour répondre au mieux, c’est-à-dire le moins mal possible, aux nouveaux défis de l’époque et aux nouvelles demandes sociales.

La démocratie « libérale  », c’est cette « démocratie des Modernes  » qui se fonde sur la fiction de l’individu libre. Le choix est donné àchacun en supposant qu’il s’exprimera librement, mais la liberté de pensée de chacun est conçue également comme étant perfectible et s’accroissant au fur et àmesure que les conditions matérielles et morales de cette expression du libre choix s’améliorent (notamment grâce àune éducation émancipatrice)… ou àl’inverse régressent dans d’autres types de contextes.

Car la démocratie n’est jamais acquise définitivement et l’individualisme est une réalité ambivalente. Il existe un individualisme « négatif  » (égoïste, consumériste, jaloux, « identitaire  », revanchard et du ressentiment) qui peut choisir la servitude volontaire, se soumettre àdes communautés et àdes modes qui finalement tendent àdéfaire la démocratie. En revanche, l’individualisme émancipateur, de l’autonomie et de la libre conscience, de l’esprit logique et critique, permet de lutter contre les conformismes oppressifs et les séparatismes communautaires religieux ou autres, et renforce la démocratie.

Cette double notion de responsabilité et de liberté individuelle qui fonde la démocratie moderne est une source commune au principe laïque qui lutte contre les emprises sur les esprits et les corps. Si Dieu s’est retiré du monde sans en achever la création, comme le pensent les juifs, et que les hommes sont maîtres de leur destin et responsables de l’amélioration du monde, la foi ne relève que du privé et croyants et incroyants peuvent Å“uvrer ensemble àl’amélioration de la société et àl’émancipation individuelle de chacun. Laïcité et démocratie sont donc sÅ“urs jumelles de la modernité. Alors, pour entrer dans ce cadre démocratique et laïque, l’islam doit se réformer comme a dà» le faire le catholicisme en son temps. C’est ce que le totalitarisme islamiste cherche àempêcher àtoute force, représentant aujourd’hui l’ennemi principal et de la démocratie et de la laïcité.

[(Français encore un effort... pour rester laïques !)]