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Algérie : Le président par interim boycotté et refusé, les manifestations continuent

Qui pour une transition consensuelle ?

mercredi 10 avril 2019, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/edition/actualite/qui-pour-une-transition-consensuelle-05-04-2019

Qui pour une transition consensuelle ?

La démission de Bouteflika ne suffit pas, le peuple exige le départ de tout le système (Photo : Sami K.)

Sofia Ouahib

05 avril 2019 à10 h 15 min

La démission du président de la République actée, c’est le président du Sénat qui doit assurer l’intérim et organiser l’élection présidentielle conformément àla Constitution. Sauf que l’option Bensalah est rejetée par le peuple. Quelle serait alors la meilleure transition ?

Aujourd’hui, les Algériens se préparent pour le 7e vendredi de manifestations et de marches pacifiques. Mais c’est surtout le premier vendredi, depuis 20 ans, sans Abdelaziz Bouteflika àla tête du pays.

En effet, mardi dernier, la nouvelle est tombée : « Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a notifié officiellement au président du Conseil constitutionnel sa décision de mettre fin àson mandat en qualité de président de la République ». Cette décision est intervenue suite au communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN) annonçant l’activation des articles 7, 8 et 102 de la Constitution.

Le lendemain, le Conseil constitutionnel a accepté sa démission. « La vacance définitive de la présidence de la République est constatée conformément àl’article 102 alinéa 04 de la Constitution. L’acte de déclaration de la vacance définitive de la présidence de la République sera communiqué, en ce jour, 27 rajab 1440 correspondant au 3 avril 2019, au Parlement conformément àl’article 102 alinéa 05 de la Constitution », indique un communiqué du Conseil constitutionnel.

Mais alors, quelle lecture peut-on faire de cette nouvelle donne ? Pour Mohamed Hennad, politologue, Bouteflika et son entourage ont tout essayé pour se maintenir au pouvoir, et ce, d’abord àtravers la candidature àun 5e mandat.

Ensuite par le prolongement du 4e mandat dont le but était de piloter, directement, une « période de transition » qui leur serait favorable. Enfin, par la promesse de démission àla fin du mandat, mais après que le président ait pris « d’importantes mesures pour assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’Etat durant la période de transition », entendre des mesures visant àpermettre aux proches du président de se tirer d’affaire.

Pour le politologue, ces développements dans l’attitude du clan présidentiel ne peuvent être expliqués que par la persévérance des marches nationales avec, àchaque fois, plus de virulence pour arriver au fameux slogan « dégagez tous  », slogan devenu une exigence non négociable. « Le commandement militaire, se trouvant acculé, a choisi d’être aux côté de la ‘‘rue’’ pour prévenir tout débordement, dont il sait bien qu’il serait le premier àen pâtir. Et c’est le sens de la déclaration du chef d’état-major, Gaïd salah, du 2/04/19, où il parle d’une démarche de sortie de crise ».

De ce qui précède, M. Hennad explique : « Nous pouvons aisément conclure que le président Bouteflika a bien été forcé de démissionner mais certainement avec un certain nombre de garanties pour sa personne et ses proches. Et dire que cela aurait plus simple pour lui de démissionner pour raisons de santé évidentes au lieu de se confondre en justifications ».

Si le clan Bouteflika pensait pouvoir calmer les esprits en proposant la démission du chef d’Etat, cela n’a absolument pas été le cas.

En effet, les Algériens, sortis « fêter » la nouvelle le soir même, sont unanimes : « On exige le départ de tout le système ». Certains demandent l’application des articles 7 et 8 de la Constitution. « Ce que beaucoup ignorent, c’est que les deux articles sont en parfaite contradiction », explique Fatiha Benabbou, constitutionaliste.

Interprétations

En effet, l’article 7 stipule : « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple ». Pour ce qui est de l’article 8, il stipule : « Le pouvoir constituant appartient au peuple. Le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne.

Le peuple l’exerce aussi par voie de référendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus. Le président de la République peut directement recourir àl’expression de la volonté du peuple ». Ainsi, pour Fatiha Benabbou, l’application de l’article serait une « révolution contre la Constitution ».

C’est-à-dire que « l’on va pulvériser la Constitution, qui est l’acte de naissance de l’Etat, les institutions et l’Etat ». Finalement, quelle serait la meilleure transition sachant que les Algériens refusent catégoriquement l’option Bensalah ? Pour Mahrez Bouich, enseignant-chercheur en philosophie politique àl’université Abderrahmane Mira de Béjaïa, les slogans portés par les peuple depuis la marche du 22 février sont clairs : départ du système et rupture radicale avec ce dernier. Dès lors, selon lui, le chemin constitutionnel ne peut être qu’une provocation de plus. « Le choix d’appliquer l’article 120 et désigner Bensalah comme chef d’Etat n’est qu’une façon de mener une contre-révolution », explique-t-il.

Selon M. Bouich, seul un processus constituant dans le cadre d’une période de transition politique peut sauver l’Algérie du naufrage et provoquer une véritable rupture avec le système politique en place.

Mahrez Bouich propose de passer par un processus constituant qui repose sur la mise en place d’une instance présidentielle composée de personnalités nationales neutres et autonomes et la mise en place d’un gouvernement transitoire d’unité nationale composé de personnalités compétentes et autonomes.

Vient ensuite l’élection d’une Assemblée constituante pour refonder l’Etat algérien et bâtir la IIe République pour l’avènement d’une République moderne bâtie sur l’identité originelle de l’Algérie, pour un Etat garantissant l’Etat de droit, la séparation des pouvoirs, le respect et la promotion des droits humains, des institutions allant dans le sens de la sécularisation de la société et lutter contre les pratiques prédatrices et rentières qui ont mis en péril l’économie nationale. Fatiha Benabbou, quant àelle, confie : « J’ai le vertige quand je vois 20 millions d’Algériens dans la rue mais qui n’ont aucun représentant ».

La constitutionnaliste s’interroge : « Comment allons-nous faire la transition si nous n’avons pas de représentants ni de feuille de route  ». La constitutionnaliste n’oublie pas la situation économique du pays : « Il ne faut pas oublier la crise économique qui frappe l’Algérie et qui risque de nous essorer. Qui aura donc la légitimité pour prendre des décisions courageuses pour sortir de cette crise  »

Transition

De plus, selon elle, l’extérieur est un autre problème. « Dans une récente déclaration, Ali Bensaad, géopolitologue, avait déclaré que certains pays du Golfe financent des groupes afin de faire dévier la démocratie en Algérie.

La raison, selon moi, c’est qu’ils craignent que ça réussisse en Algérie car il y aura un effet boule de neige et un effet domino dans les autres pays ». C’est pour cette raison que Fatiha Benabbou souhaite : « Il faut que les Algériens restent conscients.

Un homme averti en vaut deux. Il faut faire attention pour ne pas faire capoter la transition ». De son côté, Mohamed Hennad confie qu’une confrontation entre « la rue » et le commandement militaire qui a fait démissionner M. Bouteflika n’est pas àexclure. Selon lui, la solution devrait être politique, avec des affinités constitutionnalistes autant que faire se peut. « Le chef d’Etat par intérim devra être autre que M. Bensalah.

Est-ce la présence de ce dernier lors de la présentation de M. Bouteflika de sa démission au président du Conseil constitutionnel qui est le signe que c’est bien lui qui assurera l’intérim ? Probablement », confie-t-il.

Pour le politologue, le nouveau chef d’Etat devra être désigné d’une manière consensuelle grâce àune concertation entre, d’une part, le commandement militaire – puisque c’est lui qui a forcé M. Bouteflika àla démission – et, d’autre part, les forces politiques du pays, mais avec l’assentiment populaire pour que l’opinion publique n’ait pas l’impression de se sentir victime d’une concertation àhuis clos.

Une fois désigné, le chef d’Etat par intérim devra procéder immédiatement, selon Mohamed Hennad, àla dissolution du Parlement dans ses deux Chambres et du Conseil constitutionnel connus pour être les deux foyers de la fraude par excellence.

Ensuite, il devra désigner un nouveau gouvernement provisoire pour expédier les affaires courantes, puis une commission souveraine pour l’organisation d’une élection présidentielle. « A mon avis, la période transitoire ne devrait pas dépasser les six mois pour éviter tout retour des réflexes anciens.

Quant àl’élaboration d’une nouvelle Constitution, il est préférable qu’elle ne survienne qu’après l’élection du nouveau président pour éviter toute surenchère dilatoire pendant la période de transition », conclut-il.

De son côté, Mourad Goumiri, politologue, confie ne pas croire àla phase transitoire qui est « extra constitutionnelle par définition ». Selon lui, la sagesse commande àtous de demeurer dans le strict cadre constitutionnel pour éviter ànotre pays un saut vers l’inconnu. « Certains posent, avec raison, le problème de l’organisation de l’élection présidentielle et sa transparence.

Les partis de l’opposition (et même ceux de la majorité, s’ils osent le faire), la société civile et les ‘‘personnalités politiques’’ peuvent proposer au président par intérim de prendre les mesures idoines pour rendre ce scrutin transparent », propose-t-il.

Toujours selon Mourad Goumiri, « ils peuvent même, pour des raisons évidentes de préparation et de campagne électorale, demander une révision raisonnable du timing. »

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Source : www.la-croix.com/Monde/Afrique/En-Algerie-rue-sembrase-contre-nouveau-president-interim-2019-04-09-1201014535?from_univers=lacroix

9.04.19

En Algérie, la rue s’embrase contre le nouveau président par intérim

Les faits

Malgré la forte contestation populaire, le président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, a été nommé mardi 9 avril pour assurer la présidence par intérim après la démission d’Abdelaziz Bouteflika.

« Dégage, Bensalah  ! Dégage, Système  !  ». Les cris de colère des étudiants, descendus une nouvelle fois dans les rues d’Alger, n’auront finalement pas eu raison du cadre constitutionnel algérien. À l’issue d’une session parlementaire houleuse, boycottée par une partie de l’opposition, le président du Sénat Abdelkader Bensalah a officiellement été désigné, mardi 9 avril, comme le successeur par intérim d’Abdelaziz Bouteflika, poussé une semaine plus tôt vers la sortie par la pression conjuguée de l’armée et des mouvements de révolte populaire.

« Je vais travailler àconcrétiser les intérêts du peuple. C’est une grande responsabilité que m’impose la Constitution  », a réagi, peu après sa nomination, le nouveau chef d’État provisoire. Considéré comme un « pur produit  » du pouvoir algérien, le septuagénaire, àla tête de la chambre haute du Parlement depuis 2002, tiendra donc les rênes du pays pendant les 90 prochains jours. Durant cette période, une élection présidentielle, àlaquelle il ne pourra pas candidater, doit être organisée.

« Gouvernement de la honte  »

Cacique du régime dominé par le Front de libération nationale (FLN) depuis l’indépendance algérienne en 1962, Abdelkader Bensalah passe dans le pays pour avoir voué une loyauté sans failles àson prédécesseur déchu. Sur la scène internationale, son visage rond et sa chevelure argentée sont ainsi loin d’être inconnus  : ces dernières années, l’homme aux multiples casquettes – il a par le passé occupé des postes de député, de sénateur, d’ambassadeur, de haut fonctionnaire ministériel… – a été àplusieurs reprises chargé de représenter àl’extérieur le président démissionnaire, absent de la scène publique depuis son AVC en 2013.

« Contesté àla fois àl’intérieur du régime et dans la rue, il se retrouve aujourd’hui en charge d’une mission très délicate. Il n’a pas les compétences requises pour assurer cette fonction, mais son principal handicap reste surtout d’avoir compté parmi les grands proches d’Abdelaziz Bouteflika, analyse Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen àGenève. Dans le climat actuel, où préside ce “gouvernement de la honte†, comme l’appellent les Algériens, aucun parti politique n’est en tout cas prêt àprésenter ses candidats pour la course àla présidentielle.  »

« Plan B  »

Bien des incertitudes règnent ainsi en Algérie au lendemain de cette nomination controversée. Mardi 9 avril, la police de la capitale a fait usage, pour la première fois en sept semaines de mobilisation, de gaz lacrymogènes pour évacuer la foule d’étudiants protestant contre la présidence d’Abdelkader Bensalah. « Il est aujourd’hui sur un siège éjectable, et pourrait àson tour être amené àdémissionner, poursuit le spécialiste, l’institution militaire pourrait bien attendre de voir l’ampleur de la mobilisation de ce vendredi [jour traditionnel des mouvements populaires hebdomadaires qui embrasent le pays depuis le 22 février, NDLR] pour décider d’activer un plan B.  »

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Source : http://www.leparisien.fr/international/algerie-abdelkader-bensalah-nomme-president-par-interim-09-04-2019-8049483.php

Algérie : Abdelkader Bensalah nommé président par intérim, la rue continue de protester

Le Parisien avec AFP

09 avril 2019, 12h03|MAJ : 09 avril 2019, 17h19|9

Les manifestants algériens contestent déjàl’arrivée au pouvoir de Bensalah, vu comme un homme clé de l’appareil mis en place par Bouteflika.
Conformément àla Constitution, Abdelkader Bensalah, président de la chambre haute algérienne, a été nommé ce mardi chef de l’Etat par intérim lors d’une réunion du Parlement algérien. Pendant 90 jours, il va remplacer Abdelaziz Bouteflika qui a démissionné le 2 avril après 20 ans de gouvernance. Durant cette période, une élection présidentielle, àlaquelle Abdelkader Bensalah ne pourra pas être candidat, doit être organisée.
« Je vais travailler àconcrétiser les intérêts du peuple  », a-t-il déclaré devant le Parlement. « C’est une grande responsabilité que m’impose la Constitution.  »

Cette nomination ne risque pas de calmer la colère du peuple algérien. Ce mardi, àla mi-journée, des milliers de d’étudiants descendus dans la rue àAlger scandaient toujours « Dégage Bensalah !  » et « Système dégage  », devant la Grande poste, en centre-ville. La police a tiré des grenades lacrymogènes et fait usage de canon àeau pour les disperser mais les manifestants étaient encore présents en fin d’après-midi, encerclés par les forces de l’ordre.

Vendredi déjà, les manifestants étaient nombreux àdéfiler en masse pour exiger que soient exclus du processus de transition les hommes-clés de l’appareil mis en place par Bouteflika. Parmi les noms particulièrement visés figurait celui d’Abdelkader Bensalah.

Du haut de ses 77 ans, ce vieux soutien du clan Bouteflika est un bon serviteur du système, président depuis près de 17 ans du Conseil de la Nation. Député, ambassadeur, haut fonctionnaire ministériel, sénateur, il a multiplié les fonctions et présidé les deux chambres du Parlement, sans jamais devenir ministre.

Boycott des partis d’opposition

Les partis d’opposition ont boycotté la réunion du Parlement. Parmi eux, le Mouvement de la société pour la paix (MSP, 34 députés sur 462), principal parti islamiste et longtemps soutien du camp Bouteflika avant de rompre en 2012, qui avait indiqué refuser de « valider la désignation d’Abdelkader Bensalah comme chef de l’Etat par intérim  » car « contraire aux revendications du peuple  ».

L’éditorial du quotidien gouvernemental El Moudjahid, traditionnel vecteur de messages du pouvoir, avait également suggéré de l’écarter de la présidence par intérim. « Cette personnalité […] n’est pas tolérée seulement par le mouvement citoyen, qui exige son départ immédiat, mais aussi par l’opposition et une partie des représentants des formations politiques de la majorité des deux Chambres du Parlement  », a indiqué El Moudjahid.

Mais face àeux, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, de facto le nouvel homme fort du pays, exigeait que la succession d’Abdelaziz Bouteflika se fasse dans le strict cadre de la Constitution.

La présidence de la chambre haute étant désormais laissée vacante, la Constitution charge de l’intérim le président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz, autre personnalité honnie par les manifestants. « C’est làoù il y a un vrai problème. L’armée tient àce que la transition se fasse àl’intérieur de la Constitution et la rue veut que cela se fasse àl’extérieur de la Constitution. Si l’armée n’assouplit pas sa position, on va vers la rupture  », s’inquiète Rachid Grim, enseignant en Sciences politiques àl’Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) d’Alger.