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Algérie : Les manifestants ont brillé avec les slogans et les montages photo

samedi 13 avril 2019, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/edition/actualite/ces-slogans-qui-taclent-les-responsables-du-regime-bensalah-et-gaid-salah-dans-le-viseur-des-manifestants-13-04-2019

Ces slogans qui taclent les responsables du régime : Bensalah et Gaïd Salah dans le viseur des manifestants

Photo : Les manifestants ont brillé avec les slogans et les montages photo (photo : H. Lyes)

Salima Tlemcani

13 avril 2019 à 10 h 15 min

Les Algériens ne cessent d’innover dans leur manière de créer et de choisir les messages les plus percutants, qu’ils enrobent de dérision et d’humour . Hier, les slogans sont restés collés à l’actualité politique de la semaine écoulée, marqués essentiellement par l’intronisation de Abdelkader Bensalah comme chef de l’Etat, le maintien du gouvernement de Noureddine Bedoui et les déclarations du chef d’état-major de l’Anp, Ahmed Gaïd Salah.

Pour ce 8e vendredi, il faut dire que c’est Abdelkader Bensalah qui a le plus été vilipendé par les manifestants à travers les impressionnantes marches.

Cela va de ce cri : « Bensalah dégage ! » ou « Koulou Al Bensalah mayzidch dkika, djibou al BRI zidou saîka » (Dites à Bensalah qu’il ne reste pas une minute de plus, ramenez la BRI et les forces spéciales), lancé d’une seule voix, haut et fort par la foule, jusqu’à ces milliers de pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Nous ne voulons pas de Bensalah », « Nous n’avons pas confiance en toi Bensalah, dégage », « Pas d’alternance de pouvoir entre les membres de la bande au pouvoir », « Nous voulons l’application de l’article 2019, qui stipule vous partez tous, parce que le violeur de la Constitution ne peut pas construire un Etat démocratique », « Traîtres partez, nous voulons les dignes de ce pays », « Bensalah gheir saleh » (Bensalah n’est pas valable), « Les symboles du pouvoir, Bensalah, Bedoui, Bouchareb, profitent de la Constitution, pour se maintenir. Partez tous », « Article 87 de la Constitution, Bensalah n’est pas constitutionnel, sa nationalité a été obtenue en 1968 ».

Bref, autant de messages qui rejettent catégoriquement la désignation du président du Sénat à la tête de l’Etat, même si sa mission se limite à organiser l’élection présidentielle dans trois mois. Pour les Algériens, il incarne le régime que son parti a cautionné durant 20 ans, et qui a applaudi le 5e mandat.

Les manifestants ont brillé également par le montage de photos pour critiquer avec humour le chef de l’Etat. Tantôt il est présenté sous le visage de Hitler disant : « Je mens gages » et en dessous, le mot « dégage », tantôt, assis sur les genoux du chef d’état-major de l’Anp, Gaïd Salah, et marqué par le message : « Nous ne voulons pas de Ibn Salah », tantôt endormi dans une conférence avec en dessous cette phrase : « Va dormir chez toi, l’Algérie est trop importante pour toi ».

Les photos de Bensalah mais aussi de Bedoui et de Belaïz, violemment critiqués et rejetés par la foule, étaient trop nombreuses. A un degré moindre les portraits de Gaïd Salah, chef d’état-major de l’Anp et vice-ministre de la Défense nationale, sont désormais parmi les personnages de l’Etat décriés par la rue.

Les slogans utilisés pour exprimer ce rejet sont tout aussi dérisoires que bien réfléchis. « ça suffit les coups d’Etat, nous refusons la façade civile avec un arrière fond militaire », « Non au régime militaire, avec une casquette civile, nous voulons que vous partiez tous », « Ya Bensalah troh wedi maak Gaïd Salah » (Bensalah, tu dois partir et prendre avec toi Gaïd Salah), « Le peuple veut un constitutionnel et non pas un pouvoir à la Sissi », « Le peuple choisit celui qui le dirige, l’armée protège les frontières, non au retour de l’ancienne garde au pouvoir », « Ya Gaïd pour sortir par la grande porte, il faut faire partir toute la bande, ceux qui la protègent et poursuivre ceux qui ont volé le pays », « Gaïd Salah, es-tu avec le peuple ou avec la bande ? » « Gaïd Salah, le peuple te demande d’enlever la bande et non pas de la protéger », « Faites attention au pouvoir Sissi ».

La photo du vice-ministre en tenue militaire est aussi utilisée pour illustrer les slogans, qui ont ciblé particulièrement la France et les Emirats arabes unis, présentés comme les régimes protecteurs de la bande au pouvoir. D’autres images très fortes, qui ont retenu l’attention aussi bien des manifestants que des photographes et des journalistes, laissent transparaître le génie des Algériens à peindre les situations les plus inquiétantes avec humour.

C’est le cas de ce citoyen qui apparaît au milieu de la foule avec un sortie-de-bain, une serviette et un peigne, comme pour se préparer au bain des canons à eau de la police.

Il y a aussi cette petite fille drapée de l’emblème national qui tient dans sa main une pancarte sur laquelle est écrit : « Nous sommes petits et nous avons compris : vous partez tous », ou encore ce jeune homme avec ce slogan : « J’ai abandonné mes révisions pour le bac, pour penser à après le bac ».

Toujours avec l’humour, ces jeunes manifestants, habillés en peintres tenant dans la main des pinceaux et des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Partez parce que nous sommes venus vous enlever comme on enlève l’humidité avant de peindre ».

Plus drôles encore, toutes ces femmes tenant dans la main des balais pour « Nettoyer l’Algérie de la bande », ou encore ces adolescents en tenue à rayures jaune et noire, comme celles des frères Dalton (la célèbre série des cinq frères Dalton, tous des voleurs), avec des boulets au pied, criant : « Djiboulna Haddad nkounou labas », (Ramenez-nous Haddad on se portera mieux).

Il faut dire que beaucoup d’hommes d’affaires ont été pris à partie avec virulence par les manifestants, qui les voient comme les complices de la bande et des voleurs. Leurs noms et leurs portraits sont souvent sur les pancartes et les banderoles.