Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Yemen : Les livraisons d’armes par la France

Yemen : Les livraisons d’armes par la France

lundi 13 mai 2019, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/10/le-cargo-saoudien-qui-devait-charger-des-armes-ne-fera-finalement-pas-d-escale-au-havre_5460577_3224.html

Yémen : le cargo qui devait charger des armes françaises ne fera finalement pas d’escale au Havre

Des ONG s’opposaient à l’arrêt du navire saoudien, arguant que ces armes pouvaient être utilisées contre des civils dans la guerre en cours.

Le Monde avec AFP

Publié hier 10 mai 2019 à 14h35, mis à jour à 06h26

Photo : Le cargo saoudien « Bahri-Yanbu », au large du Havre, le 10 mai. BENOIT TESSIER / REUTERS

Le cargo saoudien Bahri-Yanbu, attendu depuis plusieurs jours au Havre où il devait procéder à un chargement d’armes, ne fera finalement pas escale dans le port français, a appris l’Agence France-Presse, vendredi 10 mai, de source portuaire.

Attendu mercredi au port, le cargo mouillait depuis plusieurs jours au large du Havre. Mais la polémique n’a cessé d’enfler sur la destination des armes qu’il devait embarquer : plusieurs associations affirmaient qu’elles pourraient être utilisées « contre des civils » au Yémen. Emmanuel Macron a déclaré jeudi « assumer » la vente d’armes françaises à l’Arabie saoudite, et assuré avoir la « garantie » qu’elles « n’étaient pas utilisées contre des civils » au Yémen.

Le tribunal administratif rejette des recours

Le président français n’a pas précisé quelles armes devaient être chargées au Havre, ni à quelle destination elles devaient arriver. Mais le site d’investigation Disclose a avancé que le navire devait prendre livraison de « huit canons de type Caesar » et les amener à Djedda, en Arabie saoudite. Or, note Disclose, « le Caesar, monté sur un camion tout-terrain, fait feu sur des zones habitées par des centaines de milliers de civils au Yémen ».

Lire aussi Une note « confidentiel-défense » détaille l’emploi des armes françaises au Yémen

L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) et l’ONG Action Sécurité Ethique républicaines (ASER) avaient de leur côté déposé des recours en urgence au tribunal administratif de Paris pour empêcher le départ du Havre du cargo chargé d’armes. Vendredi, la justice a rejeté celui déposé par l’ACAT, estimant dans sa décision que « l’autorisation de sortie douanière de ces armements ne crée pas un danger caractérisé et imminent pour la vie des personnes » exposées au conflit au Yémen.

L’avocate de l’ACAT, Me Laurence Greig, conteste le raisonnement du tribunal : « L’imminence existe bien car c’est le dernier moment où on pouvait arrêter cette livraison d’armes. Une fois que le bateau sera parti, on ne pourra plus intervenir », a-t-elle expliqué.

Le cargo était passé par le port belge d’Anvers puis par la Grande-Bretagne avant de se diriger vers Le Havre. Il fait désormais route vers le nord de l’Europe avant de se rendre vers Santander (Espagne), selon plusieurs sources.

Lire aussi En France, « la transparence sur les exportations d’armes est quasi inexistante »

La diplomatie belge pour une suspension des ventes d’armes

De son côté, le chef de la diplomatie belge Didier Reynders a plaidé vendredi soir pour une suspension des ventes d’armes à l’Arabie saoudite en raison du conflit yéménite, invitant les trois régions du pays, particulièrement la Wallonie, à prendre une telle décision. En Belgique, l’attribution de licences d’exportation aux fabricants d’armes ou d’équipements militaires est une compétence de l’exécutif des régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles).

Et d’insister auprès de la radio La Première (RTBF) : « Ça a été annoncé d’ailleurs par Willy Borsus [ministre-président du gouvernement wallon], s’il y a des éléments démontrant effectivement l’utilisation d’armes dans un conflit en cours aujourd’hui comme au Yémen, on doit aller vers ces suspensions et je pense que le gouvernement wallon doit le faire ».

Cette prise de position intervient au moment où des ONG belges s’émeuvent de la poursuite des chargements d’armes ou de munitions à Anvers (nord) par la compagnie nationale saoudienne Bahri. Le week-end dernier, avant de poursuivre sa route vers le port du Havre en France où il s’est retrouvé au cœur d’un imbroglio politico-judiciaire, le cargo Bahri Yanbu avait effectué un chargement dans le grand port belge, ont reconnu les douanes, sans en préciser la nature.

Vendredi, le cargo s’est finalement mis en mouvement à destination de l’Espagne, sans s’approcher du port du Havre.

INFOGRAPHIE LE MONDE ici

Mise à jour le 10 mai à 15 h 30  : modification du paragraphe sur les recours des associations, dont un seul a été examiné par la justice au moment de la publication.

°°°

Source : https://francais.rt.com/france/61906-guerre-yemen-macron-assume-livraisons-armes-arabie-saoudite

Guerre au Yémen : Macron « assume » les livraisons d’armes à l’Arabie saoudite (VIDEO)

Alexis Le Meur

10 mai 2019, 10:27

Guerre au Yémen : Macron « assume » les livraisons d’armes à l’Arabie saoudite (VIDEO)
© Ludovic Marin Source : AFP
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse à l’issue d’un sommet regroupant les chefs d’Etat et de gouvernement européens, le 9 mai 2019, à Sibiu, en Roumanie (image d’illustration).

Lors d’un sommet européen, Emmanuel Macron a déclaré assumer la vente d’armes à l’Arabie saoudite. Plusieurs associations ont déposé un référé au tribunal administratif de Paris contre une livraison devant avoir lieu dans le port du Havre.

En déplacement dans la ville roumaine de Sibiu, le 9 mai, pour une réunion des chefs d’Etat et de gouvernement européens, Emmanuel Macron est revenu sur la polémique provoquée par une livraison d’armes à l’Arabie saoudite qui devait charger sa cargaison dans le port du Havre. Le président de la République a dit « assumer » la vente d’armes l’Arabie saoudite, précisant avoir la « garantie » que celles-ci « n’étaient pas utilisées contre des civils » au Yémen, alors que plusieurs recours ont été déposés afin d’empêcher que le cargo n’amarre sur les côtes françaises.

Pour le moment, le Bahri Yanbu, nom du navire, a jeté l’ancre à une trentaine de kilomètres de la cité normande car « les conditions d’accueil techniques ne sont pas là », explique une source portuaire à l’AFP, ajoutant que le bâtiment « ne rentrera[it] pas au port aujourd’hui [le 9 mai] ». D’après le site d’investigation Disclose, la livraison comprendrait « huit canons de type Caesar ».

Les associations montent au créneau

Deux associations ont pour leur part déposé des recours en urgence au tribunal administratif de Paris afin d’empêcher le cargo de pouvoir charger le matériel. L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) et l’ONG Action Sécurité Ethique Républicaine (ASER) contestent la justification d’Emmanuel Macron. « La Direction du renseignement militaire [DRM] a informé le gouvernement que les canons Caesar étaient susceptibles de frapper plus de 400 000 civils yéménites. La France doit respecter le TCA [Traité sur le commerce des armes] et interdire l’exportation, au moins le temps que les exactions cessent [au Yémen] », a affirmé l’avocat de l’Acat, Joseph Breham, dans un communiqué publié le 8 mai.

L’Acat réclame que soit levé « le dédouanement (c’est-à-dire l’autorisation pour le cargo de prendre la mer, avec son chargement) en vue de faire en sorte que la France ne puisse se rendre complice des exactions commises au Yémen et respecte ses obligations internationales ». Elle conteste la décision de la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) autorisant le Bahri Yanbu à procéder au chargement des canons.

Plusieurs autres ONG comme Human Rights Watch, Amnesty International ou encore l’Observatoire des armements ont eux aussi critiqué la transaction. « Un tel transfert serait en effet contraire aux règles du Traité sur le commerce des armes que la France a signé et ratifié. Une nouvelle fois, cela montre à quel point un contrôle parlementaire est indispensable face à l’opacité des ventes d’armes autorisées par le seul pouvoir exécutif », a déploré Amnesty international France dans un communiqué du 8 mai.
Doutes sur les « garanties »

De son côté, le président a été clair sur les liens entre Paris, Riyad et Abou Dhabi, dès son arrivée en Roumanie : « L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont des alliés de la France. […] Nous l’assumons totalement. […] Il y a un comité qui gère ces exports, sous l’autorité du Premier ministre, dans lequel les choses ont été durcies ces dernières années, et où nous demandons la garantie que ces armes ne puissent pas être utilisées contre des civils. Elle a été obtenue. » Il a reconnu que « l’essentiel des armes qui ont été vendues sont plutôt utilisées à l’intérieur du territoire ou à la frontière ».

Un argument qui ne convainc pas Jean-Paul Lecocq, député communiste, qui avait notamment interpellé Edouard Philippe à ce sujet lors des questions au gouvernement du 7 mai. Lors d’un rassemblement organisé dans le port du Havre, auquel une « centaine » de personnes étaient présentes selon l’AFP, l’élu de Seine-Maritime a ironisé. « Quelles garanties ? Quand on vend des armes à un pays, il en fait ce qu’il veut. […] Les canon ne sont pas faits pour décorer le palais du cheikh », a-t-il rappelé parlant d’un « mensonge d’Etat ».

« Il ne suffit pas de dire « j’ai des garanties », il faut nous les montrer. De même, nous aimerions qu’on nous explique, clairement, nettement, comment l’Arabie saoudite lutte contre le terrorisme au Yémen », s’est insurgé, toujours à l’AFP, Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer armes chez Amnesty international France.

Lire aussi Manifestation pour protester contre le chargement d’armes à bord du Bahri-Yanbu, cargo saoudien opérant au Havre. Manifestation au port du Havre contre la vente d’armes française à l’Arabie saoudite (VIDEO)

Depuis plusieurs mois, la France n’a cessé d’affirmer que les armes livrées aux Saoudiens étaient uniquement utilisées de manière défensive et ne se trouvait pas sur la ligne de front. Or, une note de la DRM, révélée par Disclose mi-avril, assure que prêt de 50 canons Caesar, fabriqués par l’industriel français Nexter appuient « les troupes loyalistes, épaulées par les forces armées saoudiennes, dans leur progression en territoire yéménite ». Une carte de la DRM estime que 436 370 personnes pourraient être « concernées par de possibles frappes », dont potentiellement celles des canons français.

Depuis 2015, Riyad est à la tête d’une coalition militaire, comprenant les Emirats arabes unis, la Jordanie, le Qatar ou encore l’Egypte, afin de soutenir le président Abd Rabbo Mansour Hadi dans le conflit qui l’oppose aux rebelles Houthis. Selon l’ONU, plus de trois millions de personnes sont toujours déplacés et 24 millions, plus de deux tiers de la population, ont besoin d’assistance. Les Nations unies parlent de « la pire crise humanitaire du monde ».

Lire aussi : Le Havre : une ONG tente d’empêcher le chargement d’armes françaises sur un navire saoudien