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Allemagne : quand l’AfD invite Milo Yiannopoulos, la « pop-star de la haine »

mercredi 15 mai 2019, par siawi3

Source : https://www.liberation.fr/planete/2019/05/12/allemagne-quand-l-afd-invite-milo-yiannopoulos-la-pop-star-de-la-haine_1726453

VU D’ALLEMAGNE
Allemagne : quand l’AfD invite Milo Yiannopoulos, la « pop-star de la haine »

Par Johanna Luyssen,
correspondante à Berlin

12 mai 2019 à 17:14

Le Britannique Milo Yiannopoulos à Canberra, en décembre 2017. Photo Mark Graham. AFP

Des députés du parti d’extrême droite ont organisé samedi la première conférence dite « des médias libres » au Bundestag, où les médias « traditionnels » étaient interdits d’entrée. Mais la venue de cette figure de l’alt-right a suscité la controverse au sein même de l’AfD.

Allemagne : quand l’AfD invite Milo Yiannopoulos, la « pop-star de la haine »

Une conférence regroupant des médias d’extrême droite dits « libres » et interdite à toute autre publication s’est tenue samedi à Berlin avec en invité d’honneur la « pop star de la haine », l’entrepreneur britannique Milo Yiannopoulos, tout juste banni de Facebook et Instagram au prétexte qu’il entre dans la catégorie des « individus et organismes dangereux ».

Cette « conférence des médias libres » était organisée par quatre députés du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), et elle s’est déroulée dans sa quasi-intégralité au Bundestag. Dans un premier temps, la présence de Steve Bannon avait été annoncée, ce qui a immédiatement donné du crédit médiatique à l’événement. Las, la venue de l’ex-stratège de Trump, qui aime à se présenter comme le grand instigateur des extrêmes droites européennes via sa fondation bruxelloise The Movement, a été annulée.

Mais très vite il a été remplacé par Yiannopoulos – par ailleurs ex-collaborateur de Breitbart News, site ultra-conservateur longtemps dirigé par Bannon –, décrit par le blogueur d’extrême droite allemand David Berger comme « un provocateur gay et brillant, aux articles et aux propos décapants tels que « le féminisme est un cancer » ou « la contraception rend les femmes horribles et folles » ». Le Britannique tient en effet des propos sexistes et antiféministes, racistes, islamophobes et conspirationnistes, quand il ne fait pas l’apologie de la pédocriminalité. Sa venue, hautement controversée, a fait polémique jusqu’au sein de l’AfD. Le groupe AfD au Bundestag a fini par se déclarer opposé à sa venue à la Chambre basse du Parlement car il aurait ensuite fallu justifier une telle action auprès des contribuables allemands, par l’intermédiaire de la Cour fédérale des comptes. Après bien des remous, sa visite a finalement été maintenue, mais en des lieux plus informels, non loin de la porte de Brandebourg.

« Mettre sous surveillance les médias mainstream »

Parmi la petite centaine de participants à cette conférence (selon les organisateurs), on trouve des publications d’extrême droite « classiques » telles que la revue Compact, mais aussi des sites comme Okzident Media, dont le directeur de la publication est également membre du bureau fédéral des identitaires. Dans un discours, le député AfD Martin Renner a exhorté les participants, qui se « défendent contre les exigences du politiquement correct », à « mettre sous surveillance les médias mainstream ».

« Il ne s’agit en aucun cas de comprendre les médias ou de défendre la liberté de la presse, a commenté Frank Überall, le président de l’Association des journalistes allemands (DJV). C’est un cercle autopréservé qui ne cherche qu’à se louer mutuellement et qui ne tolère aucune critique, ce qui est plus caractéristique des régimes autocratiques que des démocraties libérales. »

Cette réunion témoigne sans doute d’une radicalisation d’une partie de l’AfD, dont la rhétorique « antisystème » faisait certes depuis longtemps la guerre aux médias « traditionnels », systématiquement qualifiés de « Lügenpresse », presse menteuse, dans les manifestations organisées par le parti – une attention toute particulière étant apportée aux médias audiovisuels. Mais il s’agit ici d’une nouvelle étape. Il ne s’agit plus seulement de dénigrer systématiquement les médias « traditionnels » et de saturer l’espace médiatique à l’aide de polémiques vaines, mais désormais de passer à une nouvelle étape, la « réinformation ».

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