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USA : Pour ne plus choquer personne, le « New York Times » arrête de publier des caricatures

mardi 11 juin 2019, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/medias/pour-ne-plus-choquer-personne-le-new-york-times-arrete-de-publier-des-caricatures?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Le monde est fou
Pour ne plus choquer personne, le « New York Times » arrête de publier des caricatures

Par Louis Nadau

Publié le 11/06/2019 à 11:36

Après une polémique sur un dessin jugé antisémite, l’institution de la presse américaine a annoncé ce lundi 10 juin que ses pages seraient désormais fermées aux caricatures politiques.

C’est ce qu’on appelle tuer un moustique au bazooka. Après une polémique sur une caricature taxée d’antisémitisme, le quotidien américain New York Times a annoncé ce lundi 10 juin qu’aucun dessin de presse politique ne paraîtrait plus dans les colonnes de son édition internationale, diffusée dans 160 pays, à compter du 1er juillet.

Le quotidien a indiqué qu’il réfléchissait depuis un an à « aligner » l’édition internationale sur celle publiée aux Etats-Unis, qui ne comprend déjà plus de dessins politiques depuis de nombreuses années. Mais c’est bien la caricature du 25 avril dernier, signée par le dessinateur portugais António Moreira Antunes, qui justifie cette décision, selon le dessinateur vedette du journal, Patrick Chappatte. Le dessin de presse figurait Benjamin Netanyahu en chien d’aveugle de Donald Trump, l’un arborant un collier orné d’une étoile de David, l’autre une kippa. Ce cartoon avait provoqué un concert de critiques en Israël et dans la communauté juive, auquel les voix des contempteurs habituels du New York Times, dont celle de Donald Trump, s’étaient immédiatement jointes.

« Toutes ces années de travail restent inachevées à cause d’un seul dessin - qui n’était pas de moi - qui n’aurait jamais dû être publié dans le meilleur journal du monde, déplore sur son blog Patrick Chappatte. Ces dernières années, certains des meilleurs dessinateurs de presse aux Etats-Unis (...) ont perdu leur travail parce que leurs éditeurs les trouvaient trop critiques envers (Donald) Trump ».

« Une erreur de jugement »

Le NYT avait d’abord battu sa coulpe : « Cette image était offensante, et c’était une erreur de jugement de la publier. Une telle imagerie est toujours dangereuse. A une époque où l’antisémitisme connaît un regain partout dans le monde, elle est tout à fait inacceptable », s’était excusée l’institution de la presse américaine. La polémique ne faiblissant pas, le directeur de la publication, A.G. Sulzberger, avait décidé de lancer une procédure disciplinaire contre le responsable d’édition qui avait choisi ce dessin, et décidé de ne plus utiliser de caricatures proposées par une société extérieure, d’où provenait l’image controversée.

« Cesser d’être effrayé par une foule en colère »

Le journal, qui avait choisi de ne pas publier les caricatures du premier numéro post-attentat de Charlie Hebdo, a donc choisi d’aller plus loin. « Peut-être devrions-nous commencer à nous inquiéter. Et nous révolter. Les dessinateurs de presse sont nés avec la démocratie et lorsque les libertés sont menacées, ils le sont aussi, a condamné Patrick Chappatte. Je crains qu’il ne s’agisse pas que de caricatures, mais de journalisme et d’opinion en général ». « Nous vivons dans un monde où des foules moralisatrices se rassemblent sur des réseaux sociaux et se lèvent comme une tempête (…). Cela requiert des parades immédiates des éditeurs, qui ne laisse de place ni à la pondération, ni au dialogue », constate le caricaturiste, qui enjoint la presse de « cesser d’être effrayée par une foule en colère ». « Dans ce monde fou, l’art du commentaire visuel est plus que jamais requis, tout comme l’humour », conclut-il.

Le responsable de la rubrique éditoriale du New York Times, James Bennet, a quant à lui indiqué que le quotidien souhaitait continuer à travailler à l’avenir avec Patrick Chappatte et avec Heng Kim Song, son autre dessinateur star, sur d’autres formats.