Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > impact on women / resistance > France : Les Gilets Jaunes dénoncent le traitement médiatique et (...)

France : Les Gilets Jaunes dénoncent le traitement médiatique et gouvernemental... et continuent !

mercredi 26 juin 2019, par siawi3

Source : http://www.fondation-besnard.org/spip.php?article3326

À contretemps / Odradek /juin 2019 –
[http://acontretemps.org/spip.php?article727]

mercredi 26 juin 2019,

par Assemblée des Gilets jaunes de Belleville

AÌ€ d’autres !
Fascistes, racistes, antiseÌ mites, homophobes, haineux, vermines,poujadistes, populistes, putschistes, complotistes, idiots, jojos, gueux... sans oublier le plus important : feignasses. Vraiment, vous avez l’embarras du choix, parmi toutes les bonnes raisons que les « eÌ lites  » (car elles existent) tiennent libeÌ ralement aÌ€ votre disposition pour condamner les Gilets jaunes et pour vous condamner aÌ€ l’impuissance par la meÌ‚me occasion.

De novembre aÌ€ juin, on se sera servi d’un arsenal d’anatheÌ€mes finalement aussi accablants que monotones pour claquemurer ce qui s’est reÌ veilleÌ avec le mouvement des Gilets jaunes. Soyons clairs, comme les journalistes savent l’eÌ‚tre quand ils ont un message aÌ€ faire passer :
nous eÌ tions fascistes, racistes et homophobes deÌ€s novembre ; nous eÌ tions d’extreÌ‚me droite, antiseÌ mites et manipuleÌ s en deÌ cembre ; puis toujours manipuleÌ s, mais aussi seÌ ditieux, haineux et putschistes (et homophobes, bis) fin deÌ cembre ; en janvier, les choses se preÌ cisaient : en plus d’antiseÌ mites donc, nous eÌ tions manipuleÌ s par l’extreÌ‚me droite, infiltreÌ s par l’ultra-gauche, idiots au point d’appeler au meurtre, encore et toujours homophobes ; antiseÌ mites, racistes, d’extreÌ‚me droite en feÌ vrier ; antiseÌ mites, homophobes, d’extreÌ‚me droite et deÌ cideÌ ment idiots en mars ; idiots utiles mais vermines quand meÌ‚me en avril ; de nouveau manipuleÌ s et d’extreÌ‚me droite en mai ; d’extreÌ‚me droite, c’est un scoop, en juin... Il est tout de meÌ‚me assez eÌ tonnant qu’ait eÌ chappeÌ aÌ€ la sagaciteÌ des observateurs que nous mangions nos enfants et que nous appelions aÌ€ l’entieÌ€re destruction du systeÌ€me solaire, et au chaos cosmique, pour faire bonne mesure.

Pour varier les plaisirs, la plupart des meÌ dias ont reÌ cemment adopteÌ une tac- tique eÌ prouveÌ e : minimiser l’inqualifiable pheÌ nomeÌ€ne que repreÌ sente d’ores et deÌ jaÌ€ la persistance du mouvement des Gilets jaunes, en occultant purement et simplement cette persistance qui deÌ termine pourtant de part en part la peÌ riode. En avril et en mai, il fallait faire le calme pour ramener les gens dans les bureaux de vote. DeÌ sormais, la plaisanterie a assez dureÌ . Il est temps de reprendre une activiteÌ normale, puis de partir en vacances, pour celles et ceux qui peuvent se le permettre. On connaiÌ‚t la vieille ruse de l’information : ce dont on ne parle pas n’existe pas. Effet performatif. On parlera donc de moins en moins des Gilets jaunes. La menace est passeÌ e, d’ailleurs le mouvement se deÌ gonfle.

On aurait duÌ‚ le savoir, puisque le mouvement des Gilets jaunes est neÌ asthmatique, essouffleÌ deÌ€s ses premiers pas. Huit mois qu’il braille et renverse les bibelots sur son passage, huit mois qu’on nous reÌ peÌ€te, qu’on nous asseÌ€ne sur tous les tons : le mouvement s’essouffle. Et puis il s’est essouffleÌ , n’est-ce pas. Inexorablement, il a continueÌ de s’essouffler. Il n’en finit pas de s’essouffler d’ailleurs. Il s’essouffle encore et toujours. On pourrait meÌ‚me dire qu’il passe son temps aÌ€ s’essouffler. Il s’essouffle aÌ€ force d’enthousiasme. Aux dernieÌ€res nouvelles, nous sommes aÌ€ bout de souffle. Comme aÌ€ Paris le 16 mars ou aÌ€ Montpellier le 8 juin. Comme lors des AssembleÌ es des AssembleÌ es. C’est dingue ce que nous aimons l’essoufflement. Ça doit eÌ‚tre l’effet pervers des gaz que nous respirons goulument.
Mais bien suÌ‚r ce n’est pas aÌ€ cause de la reÌ pression massive qui nous a toucheÌ s, nous, nos proches et nos semblables, incarceÌ reÌ s, blesseÌ s ou terroriseÌ s, ni aÌ€ cause de la calomnie qui l’a secondeÌ e avec ferveur, nous isolant dans une con- damnation morale et une suspicion savamment entretenue : c’est bien parce qu’il eÌ tait dans la nature de notre mouvement d’avoir le souffle court. Tout le deÌ montre. Non ?

Les gouvernants et leurs journalistes le deÌ montrent, il suffit de les eÌ couter, eux qui se sont enfonceÌ s dans le mensonge proclameÌ comme une veÌ riteÌ , un mensonge sans retour, et dans le deÌ ni hallucineÌ d’une reÌ aliteÌ incompatible avec le logiciel qui bourdonne sous leur craÌ‚ne. Cela va meÌ‚me au-delaÌ€ de l’arrogance et du meÌ pris ; c’est l’inquieÌ tante tentative d’un gouvernement aux abois d’imposer un discours faux sur le reÌ el, d’instaurer un deÌ lire auto-reÌ alisateur et glaçant en lieu et place de tout langage humain. Cette chose curieuse qu’on appelle « l’information  » s’est mise aÌ€ croire aÌ€ l’effet de ses propres annonces. Vous le savez bien. Si l’on reÌ prime les manifestants, c’est pour deÌ fendre le droit de manifester, tout comme on organise des « grands deÌ bats  » pour clarifier le deÌ bat des rues, et qu’on ferme des hoÌ‚pitaux pour deÌ fendre plus efficacement l’avenir de l’hoÌ‚pital. Cela va sans dire.

Ainsi donc, les Gilets jaunes ne seraient plus d’actualiteÌ . Et ça tombe plutoÌ‚t bien en deÌ finitive, car nous n’en avons rien aÌ€ carrer de rentrer meÌ‚me inconforta- blement dans un quelconque agenda politicien, ni d’eÌ‚tre « aÌ€ la mode  » (sauf peut-eÌ‚tre pour les enfants, vos enfants aussi, dans les cours de reÌ creÌ ation, qui ne jouent plus aux cowboys et aux indiens mais aux flics et aux Gilets jaunes, avec comme par hasard une nette preÌ feÌ rence pour ces derniers). Nous sommes preÌ‚ts aÌ€ ceÌ der la place dans « l’actualiteÌ Â » aÌ€ celles et ceux qui y tiennent tellement, qui la fabriquent de toutes pieÌ€ces, pour nous occuper du reÌ el qui les menace constamment.

Nous sommes cette constance. Nous sommes la profondeur du reÌ el.

Les Gilets jaunes incarnent l’uniteÌ fabuleusement foutraque d’une critique veÌ loce, d’une critique vorace, non sectorielle, non parcellaire, d’une critique instinctive et reÌ fleÌ chie fondeÌ e sur le refus de la vie miseÌ rable, avec ou sans travail, mais toujours encombreÌ e de marchandises et de distractions. Ça s’est entendu dans les rues de Paris, un samedi il n’y pas si longtemps, quand un chant cinglant s’imposa aÌ€ toutes et aÌ€ tous : « Travaille, consomme, et ferme ta gueule !  » La voilaÌ€, votre actualiteÌ .

Notre inactualiteÌ aÌ€ nous s’ancre plutoÌ‚t dans la reÌ aliteÌ de ce que nous nous sommes mis aÌ€ partager depuis novembre. Sur les ronds-points. Dans les corteÌ€ges. Au cours des assembleÌ es. Pendant que les cameÌ ras et que les drones nous surveillent. DeÌ€s que l’occasion se preÌ sente ou que nous la provoquons, qu’il s’agisse de bloquer ou de deÌ valer, d’un barrage, d’une occupation ou d’une course poursuite, en multipliant les modes d’action, en expeÌ rimentant. Car contrairement aÌ€ l’ordre obseÌ deÌ par l’eÌ talage de ses forces deÌ mesureÌ es et steÌ riles, nous savons improviser. Nous ne savons pas ce que nous faisons, et nous savons treÌ€s bien ce que nous faisons. Avec nos voix, nos corps et nos teÌ‚tes, meÌ‚me amputeÌ s. Quelle rage, mais quel bonheur aussi, de s’attaquer aÌ€ ce qui nous nuit. De s’eÌ prouver, de se deÌ couvrir, un et multiple, avec tout ce que nous avons en commun et en diffeÌ rences, solidaires.

Et partout nous parlons. DeÌ€s que l’occasion se preÌ sente ou que nous la provoquons. Une forme de parole qui ne s’eÌ tait pas entendue depuis longtemps, une parole directe et qui s’assume, dans son prosaïsme et dans sa poeÌ sie, fondeÌ e dans l’expeÌ rience individuelle et prenant place dans une expeÌ rience collective.

Une parole qui affirme une subjectiviteÌ nouvelle, faite de sinceÌ riteÌ deÌ sarmante, d’eÌ coute deÌ bordante de l’autre et de bienveillance deÌ niaiseÌ e, meÌ‚me dans la dis- pute qui nous est cheÌ€re. Car oui, nous sommes vivants, nous sommes mutants, nous sommes deÌ sordonneÌ s et nous sommes ordonneÌ s aÌ€ la fois, nous ne cessons de nous transformer. Et rien de ce que le pouvoir trouvera aÌ€ dire, aÌ€ baragouiner, avec ses petites combines et ses coups tordus qui sont la speÌ cialiteÌ des bureaucraties partidaires, syndicales et meÌ diatiques, ne nous coupera plus la parole. Le virus se propage.

Cette forme de parole libeÌ ratrice et organisatrice, que nous n’avons pas inventeÌ e mais que nous faisons surgir, peÌ neÌ€tre peu aÌ€ peu toute la socieÌ teÌ . Une attitude Gilet jaune se geÌ neÌ ralise dans tous les milieux,
chez les dockers, chez les infirmiers ou chez les professeurs, dans la radicale remise en cause des hieÌ rarchies machinales, de la morale qui les maintient, des reÌ€gles iniques, des manipulations banaliseÌ es, des inteÌ reÌ‚ts cacheÌ s.

AÌ€ d’autres ! Mais pas aÌ€ nous, qui sommes qui nous sommes, qui sommes nous tous.

Alors assez de leur actualiteÌ , de leur monde fatigueÌ et fatiguant. Avec les Gilets jaunes, tout le reÌ el reÌ clame voluptueusement ses droits.

AssembleÌ e des Gilets jaunes de Belleville
juin 2019