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Algérie : La permanence d’une insurrection inédite

dimanche 7 juillet 2019, par siawi3

Source :https://www.elwatan.com/edition/actualite/la-permanence-dune-insurrection-inedite-07-07-2019

La permanence d’une insurrection inédite

Hacen Ouali

07 juillet 2019 à 10 h 00 min

Un rebond. Un second souffle de la révolution démocratique. L’acte 20 de la mobilisation populaire, qui a coïncidé avec le 57e anniversaire de l’Indépendance nationale, a porté l’insurrection citoyenne à son apogée.

Avec la vigueur et la détermination des premières semaines, le « peuple du vendredi » et partout dans le pays reprend ses forces et repousse les frontières de l’impossible. Défiant le temps, le climat et l’hostilité du pouvoir, les Algériens avancent vaillamment sur le chemin de la liberté et ouvrent de nouveaux horizons pour le pays. A l’impasse politique au sommet du pouvoir, il propose un dépassement historique du système de gouvernance crisogène. Dans leur façon d’agir et de se mobiliser, ils tracent les contours du nouvel ordre politique à instaurer. Pour la première fois depuis l’indépendance, les Algériens des villes et des campagnes, de classes sociales diverses et de toutes les générations deviennent la centralité et expriment une conscience collective en mouvement. Ils portent un projet global en gestation dont ils sont les vrais artisans.

Et c’est la raison pour laquelle il serait difficile de les imaginer rentrer chez eux de sitôt et renoncer à cette ambition qu’ils portent et qui les porte. Au fil des vendredis, ils déjouent les basses manœuvres de diversion, balayent les campagnes de propagandes innommables. Par-dessus tout, ils font montre d’une capacité politique à anticiper sur les événements et prendre de court les « démarches » du pouvoir. A la ruse dévastatrice employée par les rescapés du régime de Bouteflika – une tare en héritage –, ils opposent l’intelligence constructive. Le tout dans une ambiance joyeuse. La dynamique enclenchée dans toute l’Algérie depuis l’historique journée du 22 février est un phénomène politique fascinant. Elle séduit, entraîne du monde sur son chemin et conjure la résignation longtemps paralysante. Les citoyens descendent dans les rues d’Algérie avec enchantement. Bravant interdit et contrainte, ils ne redoutent plus l’emprisonnement. Réhabilitée, la chose politique ne s’est jamais aussi bien portée que durant ces semaines insurrectionnelles.

Il est vrai que la symbolique du 5 Juillet a joué en faveur de la mobilisation pour ce 20e vendredi de manifestation générale. Faut-il encore préciser que grâce à cette insurrection citoyenne qui secoue le pays de fond en comble que cette date marquante a retrouvé toute sa vigueur. Elle lui a donné un autre sens à l’aune de la nouvelle histoire qui s’ouvre pour la nation. Massivement et à gorge déployée, les manifestants à travers tout le territoire se sont donné le mot pour crier leur soif d’indépendance. « Libérez l’Algérie, rendez-nous notre indépendance », scandaient-ils dans les principales villes. 57 ans après le recouvrement de la souveraineté nationale, il reste la conquête des libertés sans lesquelles l’indépendance n’aura été acquise qu’à moitié.

Et c’est en cela que la révolution démocratique partie des gorges de Kherrata et des monts de Khenchela renoue le fil coupé avec « l’esprit d’indépendance ». Comme celle de Novembre, celle de Février – toute proportion gardée – sera longue et douloureuse avec son lot de violences. La plus insupportable est l’arrestation du vétéran de la Guerre de Libération nationale, Lakhdar Bouregaâ, qui a « célébré » le 5 Juillet au cachot.

Cependant, les « insurgés » mesurent la difficulté du processus, d’autant que les élites politiques ont toutes les peines du monde à être en phase. En effet, rares sont les luttes politiques et sociales des mouvements populaires dans l’histoire qui durent dans le temps sans perdre de leur ampleur ni dévier de leur trajectoire, encore moins dans leur méthode de lutte. Signe de son enracinement profond dans l’esprit algérien post-22 Février. Mais également d’une mutation culturelle et politique de la société forgée à l’épreuve du combat. Quand bien même, la révolution démocratique en cours ne se traduit pas encore en projet concret – ce n’est pas de la responsabilité des millions d’Algériens insurgés –, il reste que les mobilisations populaires successives ont changé la face de l’Algérie. Elles ont profondément bouleversé les rapports sociaux et politiques. L’Algérie post -22 Février s’éloigne de plus en plus de celle des interminables et destructeurs mandats présidentiels.

Elle est en rupture définitive avec la culture de l’allégeance et de la soumission forcée ou volontaire. Il va sans dire que les survivances du système honni vont se manifester. Elles prennent forme dans les tentations autoritaires à l’œuvre et dans les forces de résistance au changement. C’est un fait naturel et classique dans les annales des révolutions. Mais il est insignifiant dans cette marche de l’histoire.