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Algérie : « Ils m’ont frappé, les coups pleuvaient »

mardi 9 juillet 2019, par siawi3

Source : https://www.algerie-focus.com/2019/07/une-enquete-ouverte-sur-la-video-montrant-une-scene-de-violence-policiere-vendredi-dernier-la-dgsn-evoque-des-affrontements/

Algérie

Une enquête ouverte sur la vidéo montrant une scène de violence policière vendredi dernier / La DGSN évoque des « affrontements  »

Par La rédaction -

8 juillet 20192736

Le patron de la DGSN, Abdelkader Kara Bouhedba, a annoncé l’ouverture d’une enquête au sujet de la vidéo tournée lors de la marche du vendredi 5 juillet montrant des actes de violence extrême.

Dans son communiqué, la DGSN souligne des « affrontements  » avec la police, qui auraient eu lieu « probablement vendredi dernier ». La sà»reté nationale a insisté sur « l’impératif d’enquêter sur les faits et de situer les responsabilités afin que toutes les mesures prévues par loi soient prises ».

La vidéo en question est devenue virale sur les réseaux sociaux. La séquence commence avec une intervention musclée des forces de police, utilisant du gaz lacrymogène, matraquant une foule compacte et usant de coups de poings, coups de rangers sur le visage et usage excessif de la violence contre des personnes tombées au sol.

Ceci-dit, la vidéo en question ne montre qu’une partie de l’action, mais cela ne justifie nullement le comportement de ces policiers !

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Source : https://www.liberation.fr/.../algerie-ils-m-ont-frappe-les-coups-pleu


VU D’ALGER
Algérie : « Ils m’ont frappé, les coups pleuvaient »

Par Amaria Benamara,
correspondance àAlger

8 juillet 2019 à20:56

photo : Echauffourées entre les manifestants et les forces de sécurité, vendredi àAlger. Photo Ryad Kramdi. AFP

Le mouvement populaire antirégime, né le 22 février, subit une répression accrue. Alors que le mandat du président par intérim, Abdelkader Bensalah, arrive àson terme ce mardi, le pouvoir cherche une porte de sortie.

• Algérie : « Ils m’ont frappé, les coups pleuvaient »
Sur le trottoir de l’avenue Didouche-Mourad, au cÅ“ur d’Alger, un jeune homme est poussé àterre par des policiers. Il est ensuite roué de coups par plusieurs agents en uniforme et finit sur la civière d’une équipe de street medics, en se tordant de douleur. Ces scènes de brutalités policières, très relayées en ligne ces dernières semaines, montrent la recrudescence des violences contre les manifestants et indignent de plus en plus les Algériens. Depuis le début de la contestation antirégime, le 22 février, la conduite des manifestants est placée sous le mot silmiya (« pacifique »).

« Ce n’est pas une nouveauté. Ce sont des faits que nous subissons depuis vingt ans. A chaque rassemblement pacifique, c’est monnaie courante de finir au commissariat », explique Hakim Addad, militant de la première heure, plusieurs fois arrêté pour avoir tenu le pavé devant la Grande Poste, place privilégiée de la contestation dans le centre de la capitale. Le quinquagénaire, les yeux d’un bleu profond et les cheveux poivre et sel taillés de près, a assuré la présidence du Rassemblement action jeunesse (RAJ), une association citoyenne, jusqu’en 2010. Aujourd’hui, il est le cofondateur du collectif « Soutien vigilance au mouvement du 22 février ». D’une voix posée, il revient sur le récit de son arrestation : « Ils m’ont repéré alors que je marchais en direction du rassemblement. Ils m’ont frappé, les coups pleuvaient. D’autres ont aussi été arrêtés. » C’était le 13 avril. Ce jour-là, quatorze personnes, dont quatre femmes, sont emmenées au commissariat de Baraki, àune trentaine de kilomètres de la capitale.

« Ils ont réussi àme rendre paranoïaque »

« On prenait juste un café en terrasse, on nous a emmenées àBaraki. On nous a dénudées et nous avons subi des attouchements sexuels. On nous a libérées plus tard vers une heure du matin », relate Hania, jeune militante qui a depuis déposé plainte, ainsi que les trois autres femmes présentes ce jour-là. Cet acte, perçu comme une tentative d’intimidation des femmes pour les dissuader de manifester, a choqué l’opinion publique. L’affaire est en cours. « Baraki est à20 bornes d’Alger alors que les arrestations ont lieu dans le centre-ville où il y a d’autres commissariats. Avec cet éloignement, l’accès àl’aide devient plus difficile. Cela participe de l’intimidation. C’est une vieille pratique », explique Hakim Addad.

Les arrestations multiples de ces dernières semaines sont dénoncées par la société civile et les organisations de défense des droits, àl’instar d’Amnesty International qui appelle àla libération des détenus. La même revendication était au cœur des manifestations du vendredi 5 juillet, également 67e anniversaire de l’indépendance algérienne. Un jour particulièrement émouvant pour les Algériens qui commémorent leur première fête nationale en vingt ans sans Abdelaziz Bouteflika, qui avait instrumentalisé l’événement et privatisé sa mémoire àdes fins politiques.

Il y a quinze jours, le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, a interdit de brandir dans les rassemblements tout autre drapeau que l’emblème national rouge et vert. Le vendredi d’après, toutes les personnes qui portaient des drapeaux amazigh (l’emblème berbère) ont été ciblées par la police. Hania fulmine : « Ils ont réussi àme rendre paranoïaque. Je regarde derrière moi quand je marche dans la rue. On embarque pour un drapeau des jeunes filles de 19 ans. Que des gens se retrouvent en prison pour ça, c’est grave ! »

« Atteinte àl’unité nationale »

Pour l’heure, difficile de connaître de façon précise le nombre de personnes mises en détention provisoire pour avoir agité le mauvais drapeau ou crié un slogan antisystème. On peut estimer néanmoins àplusieurs dizaines les hommes et les femmes emprisonnés pour « atteinte àl’unité nationale », une mesure censée être une exception du droit. « Les autorités ont recours àl’article 79 du code pénal avec une interprétation large du principe d’atteinte àl’unité nationale alors qu’il ne fait référence àaucun emblème. C’est un prétexte pour réprimer et affaiblir le mouvement populaire », dénonce Mahmoud Rechidi, secrétaire général du Parti socialiste des travailleurs (PST). Face àl’accroissement du nombre d’interpellations, il a fondé, début juin, avec d’autres militants, le Réseau contre la répression et pour la libération des détenus d’opinion, chargé « d’organiser la solidarité et de centraliser les informations ».

« Il y a entre 36 et 38 détenus àAlger. Cinq sont passés hier devant la chambre d’accusation de la cour d’Alger et sont maintenus sous mandat de dépôt. Dix autres personnes sont jugées ce mercredi pour avoir brandi un emblème de leur algérianité », alerte Mahmoud Rechidi. Son réseau, qui recense des avocats, journalistes, artistes et militants de terrain, assiste les détenus et leur famille dans les tribunaux.

LIRE AUSSI : Dialogue national algérien : la rue et l’Etat en lutte libre

Au sein des partis d’opposition et des associations, les voix se multiplient pour mettre en garde contre le durcissement des autorités àl’égard du mouvement populaire. « Aucune négociation ne se fera avant la libération des détenus d’opinion, c’est un préalable àtoute discussion », prévient Hakim Addad, citant le cas le plus emblématique, celui de Lakhdar Bouregaâ, un célèbre moudjahid de la guerre d’indépendance algérienne, arrêté le 29 juin.

Face àla contestation qui ne dégonfle pas, l’homme fort du pays, le général Ahmed Gaïd Salah, a défendu jusqu’au bout l’option du processus institutionnel. C’est lui qui a insisté sur l’organisation de l’élection présidentielle dans les trois mois après la démission du président Bouteflika le 2 avril. Initialement prévu au 4 juillet, le scrutin a finalement été annulé, faute de candidatures àla date limite du 25 mai, car les Algériens ont largement boycotté l’idée même d’une élection sans un changement du système. Ce mardi 9 juillet, le mandat du chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, expire. Et le pays est ànouveau plongé dans un vide constitutionnel.

A travers une réponse qualifiée de répressive par les médias algériens, le pouvoir actuel cherche avec difficulté une porte de sortie. Le mouvement populaire, quant àlui, s’organise et maintient la pression pour la mise en place d’une assemblée constituante chargée d’assurer une transition politique pacifique.

Amaria Benamara correspondance àAlger