Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > Uncategorised > Algérie : L’indispensable voie de la concertation

Algérie : L’indispensable voie de la concertation

jeudi 11 juillet 2019, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/chronique-de-a-merad/la-chronique-de-a-merad-lindispensable-voie-de-la-concertation-11-07-2019

La chronique de A. Merad : L’indispensable voie de la concertation

A. Merad.

11 juillet 2019 à 10 h 00 min

Le pouvoir militaire reste intransigeant face au hirak. Malgré les pressions qui se sont exercées sur lui, il n’a fait à ce jour aucune concession à sa feuille de route.

Tout en poursuivant sa traque contre les anciens responsables corrompus, il veut une élection présidentielle dans les délais les plus courts, unique voie selon lui pour sortir de la crise. Cet objectif résonne comme une mission de l’extrême qui n’a pas droit à l’erreur.

Car, après avoir échoué dans l’organisation du 5e mandat de Bouteflika, et de celle qui devait être un « 4e mandat bis » fixée au 4 juillet dernier, l’état-major de l’armée ne peut plus se permettre un autre revers électoral à mettre à l’actif du soulèvement populaire qui sera lourd de conséquences pour son prestige et sa crédibilité.

On comprend mieux dès lors son acharnement à rejeter toute proposition qui ne cadre pas avec son objectif et qui ouvrirait des perspectives politiques dans lesquelles il refuse de s’impliquer.

Et aussi sa propension à recourir à l’emploi de la force pour neutraliser toute initiative qui serait susceptible de lui mettre des bâtons dans les roues. Cette tendance à baliser le terrain de la contestation vise de plus en plus la liberté d’expression là où elle a encore la possibilité d’apporter une tonalité, une vision contradictoire.

Comme au temps fort de la pensée unique, le nouveau pouvoir qui régente le pays dans cette phase insurrectionnelle semble plus que jamais déterminé à n’accorder du crédit qu’à sa propre prospective. Il se résout en conséquence à ne pas s’encombrer de compromis sans fin qui ne feraient, à ses yeux, qu’aggraver la crise.

L’état-major voudrait-il simplifier, par un calcul tactique, l’équation pour ne pas trop s’embourber dans les marécages de la confrontation politique en préconisant l’élection, au plus vite, d’un Président sur lequel sera transférée la responsabilité de prendre en charge les destinées du pays ?

Ce poids de la responsabilité a-t-il déjà trop pesé sur l’armée ? Les deux réflexions ne sont pas tout à fait fausses car si effectivement l’institution militaire n’a pas pour vocation de faire de la politique pour gérer un pays, elle n’a surtout pas été préparée à le diriger à « visage découvert », ce qui lui rend la tâche très caduque au moment où elle est devenue le centre de convergence par lequel doit transiter la résolution de la crise.

Et partant, le fossé de l’incompréhension entre elle et le peuple ne peut que s’élargir tant qu’elle n’assouplit pas ses positions en renonçant un tant soit peu à son puritanisme de circonstance qui a valu déjà un retard énorme quant au dénouement du marasme constitutionnel dans lequel nous vivons.

L’état-major pourrait-il se mettre un peu plus à l’écoute des masses populaires qui demandent simplement et sans aucune forme de manipulation à son armée de les accompagner pour construire un projet de société démocratique conforme à leurs aspirations ? La question est cruciale.

Et pour cause, faute d’un rapprochement parfaitement réalisable si la prise de conscience s’élève par-dessus toutes les divergences, toutes les défiances, tous les faux calculs, nous retrouvons aujourd’hui dans une impasse totale dans la mesure où les résistances au projet électoral à sens unique de l’armée sont nombreuses.

Si le hirak reste fidèle à ses exigences fondamentales portant sur le changement du système avec le départ de toutes les figures le symbolisant, et estime que l’élection d’un nouveau Président ne peut se faire dans la précipitation mais dans un cadre démocratique qu’il faut d’abord mettre en place, la majorité de la classe politique qui adhère aux thèses du mouvement révolutionnaire suspecte pour sa part l’institution militaire de vouloir, à travers son plan, maintenir l’ancien système sous une autre forme.

La reconduction du président Bensalah par un artifice constitutionnel inédit et celle du Premier ministre Bedoui pour montrer que le pouvoir d’agir sur les affaires de l’Etat n’appartient pas au peuple, illustre cette velléité affichée par le nouveau pouvoir de contrer les revendications populaires au lieu de leur prêter assistance pour les faire aboutir, comme Ahmed Gaïd Salah l’avait promis tout au début du soulèvement.

C’est dire que du côté de l’armée, c’est l’étrange durcissement des positions qui prévaut et qui complique encore davantage la relation avec le hirak.

Si on relève par ailleurs que le dialogue est inexistant faute d’un cadre de concertation approprié et approuvé en toute liberté par toutes les parties engagées dans la recherche de sortie de crise, qu’aucun geste n’a été fait pour libérer les détenus d’opinion, qu’une répression brutale continue de s’abattre sur des manifestants pacifiques, et qu’aucune considération n’a été accordée aux initiatives prises par les forces du changement et de la société civile pour engager des propositions sérieuses, il y a lieu de s’interroger sur tous ces blocages alors que de tels préalables sont indispensables pour trouver une issue salutaire au malaise sociétal et économique qui empoisonne l’existence des Algériens.

Faut-il rester optimiste quand même en constatant un tel gâchis sur le terrain de la négociation, et en mesurant l’ampleur de l’immobilisme qui est en train de ruiner tous les espoirs d’une solution allant dans le strict intérêt du pays ? Difficile à dire lorsqu’on sait que le pouvoir militaire n’a ouvert aucune voie à la concertation, ni lancé une quelconque passerelle pour montrer qu’il ne reste pas insensible aux exigences légitimes du peuple.

Combien donc durera ce face-à-face qui coûte beaucoup au pays sachant que l’économie est en régression et que le fonctionnement des institutions est affecté par l’instabilité ? Nul ne le sait ni ne peut prédire ce que demain nous réserve, bien que les experts en économie dressent un sombre tableau sur la perspective qui nous attend.

Il reste que l’on se pose toujours les questions sur le refus de l’armée de libérer le champ de la concertation avec les représentants du hirak, de la société civile et les nouvelles têtes politiques qui veulent instaurer la démocratie en Algérie à travers le changement du système…Que craint-elle en leur reconnaissant le droit à exprimer leurs revendications et à s’impliquer dans la nouvelle gouvernance du pays ?

Si elle est d’accord pour instaurer un nouveau système en épurant l’ancien de ses corrompus et de ses incompétents, pourquoi refuser d’associer les nouveaux leaders politiques, les universitaires, les étudiants, les syndicalistes autonomes au grand débat qui fera sortir les idées novatrices dont a besoin l’Algérie pour se reconstruire ?