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USA-Israel : Mariages inter-religieux : une « seconde Shoah  » selon certains Juifs américains

mercredi 17 juillet 2019, par siawi3

Source : https://fr.timesofisrael.com/mariages-inter-religieux-une-seconde-shoah-selon-certains-juifs-americains/?utm_source=A+La+Une&utm_campaign=a-la-une-2019-07-15&utm_medium=email

Mariages inter-religieux : une « seconde Shoah  » selon certains Juifs américains

En 1990, un rapport indiquant un taux de 52 % de mariages inter-religieux parmi les Juifs américains avait conduit des responsables àdénoncer « l’assimilation »

Par Matt Lebovic

15 juillet 2019, 11:11 1

Photo : Marc Mezvinsky et Chelsea Clinton ont combiné les traditions juives et méthodistes lors de leur cérémonie de mariage le 32 juillet 2010. (Genevieve de Manio, via JTA)

Ces dernières années, plusieurs dirigeants israéliens ont affirmé qu’une « seconde Shoah  » se déroulait en Amérique par le phénomène de l’assimilation. Pourtant, l’idée qu’une « seconde Shoah  » ou « Shoah silencieuse  » aurait lieu au Etats-Unis n’est pas née en Israë l, mais dans la « Goldene Medina  » elle-même.

Il y a trente ans, une certaine confusion a émergé suite àla publication de l’Enquête de la population nationale juive (NJPS) et de ses statistiques. Pendant de nombreuses années, des responsables juifs avaient appelé àdes enquêtes scientifiques pour aider àaborder les défis de l’assimilation et des mariages inter-religieux. La NJPS de 1990 a été conduite par le Conseil de Fédération – maintenant appelée JFNA – et avait étudié un échantillon de 5 000 foyers juifs.

Même si les chercheurs s’étaient principalement intéressés aux questions socio-économiques et à« l’intégration  », l’élément choc de l’étude a été la découverte que 52 % des Juifs étaient mariés àdes non-Juifs. Pour mettre ces statistiques en perspectives, il faut préciser que le taux de mariage inter-religieux en 1965 était de seulement 9 %. Peu de bonnes nouvelles ont émergé concernant les autres sujets de l’enquête, que ce soit àpropos du système éducatif des synagogues et de son échec ou de l’influence de la culture pop sur l’identité juive.

Dans son analyse de l’étude, le démographe Sidney Goldstein avait évoqué les « taux élevés de mariage inter-religieux, la persistence d’une fertilité faible, la plus grande dispersion de population, les taux comparativement hauts d’instabilité maritale, la preuve d’une laïcité grandissante, la part des membres les plus traditionnels qui vieillissent et qui meurent, et l’américanisation grandissante  ».

Les défis se dressant devant les Juifs américains étaient alors exposés au grand jour, et le climat prêtait àl’exagération.

Lors des mois qui ont suivi la « bombe  » de la NJPS, certains dirigeants orthodoxes ont commencé àutiliser l’expression de « seconde Shoah  » ou de « Shoah silencieuse  » pour décrire les conclusions de l’enquête. Jusqu’alors, l’expression « seconde Shoah  » était généralement associée aux tentatives de pays arabes de détruire Israë l, et non au sujet de la démographie juive américaine.

Cette semaine, le nouveau ministre de l’Education d’Israë l Rafi Peretz, ancien grand rabbin de l’armée israélienne, a déclaré lors d’une rencontre du cabinet du 1er juillet que l’assimilation des Juifs du monde entier – et principalement aux Etats-Unis – était « similaire àune seconde Shoah  ». Selon un article du site Axios, le chef de l’Union des partis de droite a également déclaré que le peuple juif « avait perdu 6 millions de personnes  » àcause des mariages inter-religieux des 70 dernières années. Axios a avancé qu’un porte-parole de Peretz avait confirmé le chiffre.

Juin 1967 : des brigades blindées Centurion se préparent pour la Guerre des Six Jours. (Photo par Three Lions/Getty Images)

Dans les années 1990, parmi les Juifs américains qui se plaignaient de la perte démographique de la communauté, certains étaient totalement laïcs ou déconnectés de leur religion.

Le critique littéraire Leslie Fiedler a écrit sur « les deux Shoahs  », provoquant une polémique après s’être qualifié de « dernier Juif d’Amérique  ». Ses écrits comprenaient notamment « Le Juif dans le roman américain  », et « Le violoniste sur le toit : essais sur la littérature et l’identité juive  », publié en 1991.

« Aucun de mes huit enfants n’a, jusqu’àprésent, de compagnon juif ; moi non plus  », a écrit Fiedler, alors qu’aucun de ses deux mariages n’était avec une Juive.

« Dans tous les cas, il n’y aura personne pour réciter le Kaddish pour moi quand je mourrai, a écrit Fiedler. Je suis, en résumé, pas seulement comme je le sais depuis longtemps, un Juif minimal – mon Judaïsme est presque inexistant – mais, comme j’en ai récemment pris conscience, un Juif en phase terminale, le dernier d’une lignée de quatre mille ans. Pourtant, quels que soient les regrets que je peux ressentir, je ne peux pas nier le fait que je l’ai voulu, que j’ai travaillé pour cela.  »

« Comment peut-on rester làsans rien faire ?  »

En novembre 1991, des milliers des responsables juifs du monde entier ont convergé vers Baltimore pour la 60e Assemblée générale du Conseil des Fédérations juives. L’événement principal du rassemblement consistait en une réunion de sept heures et demie sur la question des mariages inter-religieux.

Les dirigeants orthodoxes n’étaient pas les seuls concernés par les statistiques de la NJPS. Des responsables juifs de tous les courants ont parlé de la statistique du « mariage inter-religieux de 52 %  » lors du rassemblement sur six jours, comme cela s’est reflété dans les commentaires prononcés au symposium.

Photo : Dans les cimetières juifs de Baker Street àWest Roxbury, une rangée de dix chapelles mémorielles fait écho àl’âge d’or du judaïsme àBoston, quand Roxbury and Dorchester comptaient 90 000 Juifs. Dans cette photographie de septembre 2014, l’intérieur de l’une d’elles montre des signes d’abandon. (Elan Kawesch/Times of Israë l)

« Si nous ne faisons rien au sujet du mariage inter-religieux, alors nos petits enfants nous diront la même chose que nous avons dite aux Juifs [américains] de 1930 : ‘Comment avez-vous pu rester làsans rien faire ?’  », a déclaré David Sachs de l’Appel des Juifs unis de New York.

En plus du taux de mariage inter-religieux à52 %, une statistique de la NJPS tirait la sonnette d’alarme sur l’éducation des enfants juifs. Selon l’étude, seulement 28 % des 777 000 enfants de familles inter-religieuses étaient élevés comme Juifs. Le Premier ministre israélien Yitzhak Shamir devait parler de la paix cette semaine-là, mais la plupart des gens voulaient parler de ces statistiques.

« Pendant des années, nous avons secoué la tête sur les mariages inter-religieux en déclarant ‘N’est-ce pas horrible !’ Maintenant, nous avons des statistiques concrètes pour nous aider àagir  », a déclaré Helene Berger, co-organisatrice du symposium sur le mariage inter-religieux.

Des Juifs américains se préparent pour Pessah àBrooklyn, àNew York, le 17 avril 2019. (AP Photo/Seth Wenig

Presque 30 ans après sa publication, l’étude du NJPS de 1990 est vue comme un tournant important dans l’historie juive américaine. De nombreuses institutions ont renforcé les programmes de sensibilisation sur ce que l’on appelle maintenant les familles inter-religieuses, et non pas les mariages inter-religieux. Des programmes, notamment Birthright Israë l, ont été lancés en réaction àl’étude, dont certaines des prédictions les plus sombres devraient encore se produire.

« L’impact le plus fort de la NJPS a peut-être porté sur la propre image des Juifs américains  », a écrit le chercheur Benjamin Phillips au sujet de l’étude et de son impact àlong terme.

« En relisant des journaux et magazines juifs des années 1990, on voit que la statistique de 52 % est citée par un nombre incroyable d’articles et d’éditos, presque toujours sur le ton du choc et du désarroi. Le statut des Juifs américains a évolué : d’une communauté qui appréciait son ascension réussie sur l’échelle socio-économique, elle est devenue une communauté préoccupée pour sa survie même  », a écrit Phillips.

« C’est une Shoah spirituelle  »

Certains autres responsables juifs défendant l’idée d’une « seconde Shoah  » l’ont fait de manière différente. Dans le cas le plus extrême, le rabbin Ephraim Buchwald du Programme de recherche nationale juive a déclaré qu’une « Shoah silencieuse  » avait lieu parmi les Juifs américains, mais que le processus était moins lié àl’assimilation qu’àl’obsession de la communauté avec la Shoah elle-même.

Photo : Le rabbin Ephraim Buchwald. (YouTube)

« Nous avons atteint le point absurde où le seul élément du judaïsme avec lequel nos jeunes Juifs s’identifient est le Juif en tant que victime – assassiné, brà»lé et transformé en abat-jour. N’y-a-t-il pas de joie dans la vie juive ? N’avons-nous pas le baume de Galaad [une pommade très prisée àtravers la plaine de Jéricho, selon le Talmud] ? Pas étonnant que nos jeunes Juifs soient découragés et s’écartent de notre héritage  », a écrit Buchwald dans un essai très repris et intitulé « La Shoah tue des Juifs américains  ».

Dans la même logique, Buchwald a écrit que « Deux millions de Juifs américains ne se reconnaissent plus comme étant Juifs. Un million d’enfants juifs américains sont élevés comme des non-Juifs, ou sans aucune religion du tout. Et 625 000 Juifs ou leurs enfants ont été convertis àune autre religion que le Judaïsme… Les Juifs, en tant que groupe, s’éloignent de leur religion  », a-t-il écrit.

Connu pour avoir lancé l’opération « Shabbat àtravers les Etats-Unis  » et d’autres programmes de sensibilisation àsuccès, Buchwald a affirmé que « l’obsession continue des Juifs  » avec la Shoah aidait Hitler à« sortir victorieux  ». La « Shoah silencieuse  » aurait déjàemporté presque deux tiers des six millions de Juifs américains, a-t-il écrit, principalement àcause de l’érosion de la spiritualité du peuple juif.

« Il n’y a pas de chiens qui aboient, pas de Zyklon-B… Mais ne vous détrompez pas : c’est une Shoah spirituelle, a écrit Buchwald. Maintenant, ce qui semble être la priorité, c’est de construire des mémoriels de la Shoah.  »

De son côté, le démographe Sidney Goldstein a présenté un tableau moins sombre en se basant sur les conclusions de la NJPS. Dans l’ensemble, il a écrit que la qualité de la vie juive était tout aussi importante que la quantité de Juifs.

« La stabilité des chiffres, ou même le déclin de ces chiffres, ne doit pas constituer une menace fondamentale àla continuité d’une communauté juive forte et àde hauts niveaux d’identité, a écrit Goldstein. Même si l’impact de la taille est clairement plus important au niveau local qu’au niveau national àcause du besoin d’une densité suffisante de population juive pour permettre une vie communautaire juive locale active.  »