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France : Les revendications pro-burkini : un activisme islamiste féminin

vendredi 19 juillet 2019, par siawi3

Source : https://www.facebook.com/notes/florence-bergeaud-blackler/les-revendications-pro-burkini-un-activisme-islamiste-f%C3%A9minin/10157426935533142/

Les revendications pro-burkini : un activisme islamiste féminin

FLORENCE BERGEAUD-BLACKLER·

VENDREDI 19 JUILLET

Réponse à la tribune du politologue Haoues Seniguer parue dans La Croix

Florence Bergeaud-Blackler

19/7/19

Dans sa tribune[1] Haoues Seniguer affirme qu’il ne faut pas hurler à l’islamisme face aux manifestations pour le droit à se baigner en burkini dans une piscine municipale. Il vise les campagnes des réseaux sociaux et en particulier, mais sans la nommer, celle menée par le bloggeur Naëm Bestandji au sujet des actions pro-burkini qui ont eu lieu dans des piscines grenobloises. Ce militant franco-algérien résidant à Grenoble, qui revendique son engagement laïque et féministe, alerte depuis plusieurs mois ses concitoyens au sujet de ces manifestations qui sous couvert de droit des femmes et de lutte contre les discriminations serait en réalité le fait d’activistes islamistes[2].

Le maître de conférence de sciences Po Lyon affirme qu’il ne faut pas faire d’amalgame, que le burkini est considéré « comme un bricolage a-religieux douteux » sans « le moindre fondement islamique canonique ». Il est « trop moulant » pour plaire aux autorités religieuses de l’islam. Et d’ailleurs les principales composantes de l’islam de France « n’ont (pas) exprimé leur adhésion au burkini ».

Autrement dit, argumente le politologue, puisque le vêtement n’est pas canonique, il est impossible que les islamistes soient dans le coup. Il reproche également au bloggeur de participer à la sur-réaction et au surinvestissement d’ « épiphénomènes qui sont à la marge des préoccupations de nos concitoyens musulmans et non-musulmans ». Il n’y a aucune raison, selon le politologue, de confondre « rigorisme dans l’accoutrement » et « islamisme » qu’il définit comme un projet intrégraliste de construction politique et juridique de société islamique. Puisque le « droit islamique » ne s’applique pas en France, il ne peut y avoir d’islamistes, et rien ne dit que les adeptes du burkini réclament l’avènement de la sharia.
Le politologue mesuré demande ainsi qu’on ne fasse pas d’amalgame, sans pour autant verser dans le soutien inconditionnel au burkini que l’on peut trouver « de mauvais goût, détestable, etc. ». Cela tient au libre choix de ces femmes qui ne sont, affirme-t-il, pas influencées « par les encouragements des hommes ou dispositions d’une supposée « Loi islamique » ».

Examinons, de part et d’autre, l’argumentation.

Les arguments du maître de conférence spécialiste de l’islamisme au Maghreb sont les suivants : 1/ les islamistes ne peuvent agir que dans une société de droit islamique, ce qui n’est pas le cas en France, 2/les femmes qui protestent ne réclament pas la sharia mais seulement de se baigner en burkini, 3/le burkini n’est pas islamique et les autorités islamiques n’expriment pas leur adhésion.

Ces arguments sont faibles. Les islamistes au sens qu’il définit correctement (intégraliste et travaillant à l’avènement d’une société islamique) n’attendent évidemment pas qu’une société soit islamique pour agir. Les femmes contrairement à ce qu’il prétend, ne sont pas nécessairement toujours de simples bigotes mais peuvent être de réelles activistes. Dans ce cas, cette bigoterie consiste à revendiquer dans chaque moment de sa vie la dite « éthique » islamique. Comme l’ont montré les célèbres travaux de l’universitaire américaine Saba Mahmood (c’est là leur principal intérêt), il existe bien une véritable stratégie politique (au sens Foucaldien) qui commence chez les femmes par la transformation intérieure, puis celle de la famille, de l’environnement, pour parvenir à la société islamique idéale. Pour les femmes, point n’est besoin d’adhérer au petit manuel politique du militant islamiste pour travailler à la transformation du quotidien de l’Umma sur le modèle prophétique selon des règles de vie extrêmement précises (sur la façon de manger, de s’habiller, celles de saluer, les fréquentations etc.) déclinées dans les ouvrages destinés aux femmes (souvent écrits ou relayés par des femmes) qui inondent des mosquées et librairies islamiques francophones. Et c’est bien là, la marque du militantisme islamiste féminin, que l’américaine a décrit dans un ouvrage au retentissement mondial (les politiques de piété : le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique paru en 2005 sur la base d’enquêtes menées chez des femmes islamistes au Caire).
Cet activisme féminin ne ressemble pas à celui des hommes, ce qui n’est pas surprenant dans cette société islamique rêvée où la différence sexuelle structure et ordonne les rapports sociaux.

Ce que ne voit pas le politologue, le bloggeur lui, l’a bien vu. L’activisme islamiste féminin, dans sa version actuelle en France, repose essentiellement sur la victimisation, portée à l’extrême par des associations qui en ont fait leur cœur de métier comme le CCIF, les associations féministes islamistes comme Lallab et autres associations d’entrepreneuses islamiques. Ces associations jouent à merveille la petite musique de l’islamisme qui veut faire croire que l’islam -”leur islam” en réalité, on ne cessera jamais de rappeler qu’il ne s’agit que d’une conception parmi d’autres même si elle devient hégémonique car tellement agressive et intolérante envers les autres – est maltraité par la laïcité, quand il ne l’est, en réalité, que par ses grands compétiteurs et excitant identitaires du côté de l’extrême droite.
Dans de longues pages, le bloggeur détaille les succès de la stratégie victimaire, le soutien complaisant et non désintéressé d’associations de gauche, du planning familial au nom d’une idéologie dé-coloniale raciste (elle ordonne le monde en racisés) qui, j’ajoute, après avoir tourbillonné sur les Etats-Unis et épuisé ses forces critiques commence ses ravages en France dans les universités.

Les actions pro-burkini dans les piscines ne visent pas à permettre à toutes les femmes de se baigner, car c’est déjà le cas en France. Elles visent à habituer à l’idée d’une exception islamique, la voie par laquelle tous les islamismes sont arrivés au pouvoir dans les pays concernés. La vidéo du prédicateur frère musulman Hassan Iquioussen, débusquée par le bloggeur, dans laquelle il encourage les femmes à manifester dans les piscines ne fait aucun doute sur les visées et les attendus de ces manifestations.

Notes :

[1] https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Burkini-pas-hurler-lislamisme-2019-07-10-1201034537
[2] https://naembestandji.blogspot.com/2019/05/grenoble-nechappe-pas-la-pression.html