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Algérie : Sur la désobéissance civile

samedi 10 août 2019, par siawi3

Source : siawi.org

Sur la désobéissance civile

Lalia DUCOS

10 aoà»t 19

Le « Hirak  » est àson sixième mois de manifestations pacifiques.

Bravant la canicule , le jeà»ne, les manifestants - femmes, hommes, enfants - font preuve d’une endurance qui n’a d’égale que leur détermination

Le « Hirak  » a obtenu des résultats importants : il a mis en échec le 5éme mandat et obtenu le départ de Bouteflika, il a obligé le commandement actuel àmettre en prison ministres et hommes d’affaires connus pour leur corruption, une corruption rendue possible et chapeautée par les tenants du pouvoir .

Un panel de personnalités, bien que non accepté par le hirak, a exigé des mesures d’apaisement dont la libération des détenus d’opinion, comme condition préalable àson toute discussion. Gaïd Salah a opposé un refus net, a durci la répression tout en utilisant différentes manœuvres pour affaiblir la mobilisation et diviser la population.

Jusqu’àprésent les slogans scandés lors des marches les mardis par les étudiants et les vendredis par la population ont été justes et clairs : « système dégage  » « pas d’élections avec les bandes  » « vous avez ruiné le pays  »

Un nouveau slogan se fait entendre , clamé par certains, prônant la désobéissance civile.

Que veut dire tout d’abord la désobéissance civile ? : c’est tout simplement une forme de révolte et de résistance PACIFIQUE face àdes lois ou àun pouvoir que nous jugeons illégitimes .

Par conséquent notre Hirak est déjàune désobéissance civile, puisqu’il a bravé l’interdiction de manifester, son pacifisme force l ‘admiration et déstabilise le commandement actuel, alors oui , cet appel est dangereux parce que ceux qui sont pour une escalade dans la désobéissance civile, c’est àdire probablement une gréve générale n’ont pas en tête l’intérêt de la population qui peinera às’approvisionner pour la circonstance et qui se détournera du formidable mouvement révolutionnaire .

Hassan Zerrouki dans sa rubrique du Soir d’Algérie du 8/8/2019 écrit ceci ,àpropos de la désobéissance civile :

Outre le fait que celle-ci est porteuse de risques pour la paix civile et la stabilité du pays, elle ne peut que faire le jeu des forces rétrogrades, antirépublicaines, qui n’ont aucun intérêt àun changement démocratique et, en dernière analyse, elle se traduira par la fin du Hirak. Pour rappel, l’Algérie a déjàconnu ce type d’action théorisée par Saïd Makhloufi, ex-dirigeant du FIS-dissous et membre du groupe armé MEI (Mouvement de l’Etat islamique) avant de rejoindre le GIA : cela s’était traduit par la grève insurrectionnelle de mai-juin 1991 àl’appel du duo Abassi Madani-Ali Benhadj. En mars dernier, des appels avaient été lancés dans ce sens et n’ont pas, heureusement, été suivis d’effet.

Cet appel fait peur car il rappelle la grève insurrectionnelle de 1991 àl’appel du FIS (front islamique du salut) qui déboucha sur la constitution des premiers groupes armés .

Le FiS s’est appuyé sur le mécontentement populaire qui dénonçait l’injustice, la HOGRA.

L’ouverture politique aux lendemains des émeutes d’Octobre 1988 a permis le légalisation du FIS, un parti politique religieux contraire aux principes constitutionnels qui interdit la formation de tout parti sur une base religieuse.

Après avoir remporté les élections municipales en 1990, le FIS, estimant que le pouvoir avait manipulé pour assurer la victoire du FLN ordonne la grève insurrectionnelle, c’est àdire la « désobéissance civile  » initiée par Saïd Mekheloufi, un des membres de l’instance suprême du FIS :

« C’est une grève de tout le peuple qui est déterminé àfaire cesser l’arbitraire (…) c’est une protestation et un refus généralisé contre le pouvoir en place et l’expression pratique de cela. La grève générale doit demeurer jusqu’àce que succombe le régime et que se substitue àlui un régime islamique  » (Saïd Makhloufi, La désobéissance civile, cité par Khelladi, p. 23)  »

Alors le pays fut plongé dans la violence pendant dix longues années !

Il ne s’agit pas de brandir cette période comme un épouvantail, mais il est nécessaire de rappeler certains événements ou certains propos et de rester vigilants pour préserver la mobilisation et le pacifisme de notre HIRAK.

L’islamisme politique malgré son échec àprendre le pouvoir n’a-t-il pas enfanté un néo-islamisme au sein même du pouvoir ?

L’alternative islamiste au régime actuel en place est -elle définitivement écartée ?

Peut -on croire que A. Djaballah, président du PJL (Parti Justice et Liberté) ou A. Makri président du MSP ( Mouvt de la Société pour la Paix) soient convertis àla démocratie pluraliste ?,

Rappelons- nous qu’il y a quelques années la Démocratie était KOFR !

Continuons notre lutte pacifique et maintenons nos exigences pour un état de droit , une République démocratique et sociale, pour la séparation du politique et du religieux, pour l’égalité entre les femmes et les hommes, pour la liberté de conscience , la liberté d’expression : tout un projet de société àpréparer pour l’Algérie de demain.