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France : Affaire Ramadan : n’est pas Dreyfus qui veut

mercredi 11 septembre 2019, par siawi3

Source : https://www.liberation.fr/france/2019/09/08/affaire-ramadan-n-est-pas-dreyfus-qui-veut_1750086

Par Laurent Joffrin

8 septembre 2019 à21:06

Photo : Lors du colloque de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), àParis en 2016. « L’affaire Ramadan » a éclaté en octobre 2017. Photo Boby

Dans son livre, Tariq Ramadan se présente comme la victime d’une machination animée par le « racisme systémique » de l’Etat. Une affirmation démentie par le traitement de l’affaire.

Affaire Ramadan : n’est pas Dreyfus qui veut

Tariq Ramadan, le nouveau capitaine Dreyfus ? A peine résumée, c’est la thèse que le prédicateur - et prédateur selon ses accusatrices - développe dans son livre (1). Innocent comme le Don Juan qui vient de naître, Tariq Ramadan serait la victime d’une machination judiciaire qui l’a injustement emprisonné pendant neuf mois, qui l’accuse sur la base de fausses preuves et le présente comme un coupable, dans un climat général d’islamophobie virulente. Un Dreyfus musulman, donc.

Ramadan attribue son sort au « racisme systémique » qui caractériserait la société française, thèse largement diffusée par une certaine extrême gauche qui voit en la France un pays d’apartheid et en tout Français un raciste qui s’ignore. L’ennui, c’est que la lecture de son témoignage - précis, argumenté, émouvant àcertains égards - invalide justement la thèse du « racisme systémique » dont il se réclame.

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Attention ! Sur le point clé de l’affaire - son innocence ou sa culpabilité -, une prudence élémentaire s’impose. Outre que Tariq Ramadan est présumé innocent, rien ne dit, àce stade, qu’il sera condamné par les tribunaux français. Chacun comprend, àla lecture du dossier, ou àcelle de son livre, la duplicité du personnage. Portant la parole d’un islam rigoureux, faisant l’éloge de la famille, de la fidélité, de la pudeur, de la retenue des femmes dans l’espace public, Ramadan menait en fait la vie d’un sybarite itinérant, collectionnant les maîtresses, pratiquant une sexualité débridée et parfois violente, tel un DSK tendance SM. Autrement dit, un Tartuffe au look de play-boy, conduisant sa vie privée àl’opposé exact de sa parole publique. Seulement voilà : la tartufferie n’est pas un délit et le code pénal ne prévoit pas de peine sanctionnant l’hypocrisie. Pour que Ramadan soit condamné, l’accusation devra démontrer qu’il s’est rendu coupable de viol, comme l’en accusent les plaignantes.

Outrance

C’est làoù les choses se compliquent. Les relations sexuelles très particulières décrites dans les dépositions se déroulaient sans témoin, et leur interprétation repose àchaque fois sur les affirmations contradictoires de deux protagonistes, parole contre parole. Y avait-il ou non consentement ? Les preuves sont difficiles àproduire et en droit, le doute doit profiter àl’accusé. D’autant que certaines accusatrices ont commis des erreurs de date, de lieu, ou bien ont échangé avec Ramadan des SMS tendant àmontrer qu’elles ne se plaignaient pas de leurs relations sexuelles avec lui. Ramadan s’en saisit longuement pour tenter de discréditer ses accusatrices. En un mot, la lecture des éléments disponibles laisse àpenser que l’accusation n’a pas gagné d’avance.

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Cette incertitude suffit-elle pour parler d’une nouvelle affaire Dreyfus née d’un climat hostile aux musulmans, comme il l’était aux juifs dans la France de 1894 ? C’est làoù le livre devient très contestable. Alfred Dreyfus a été accusé de trahison par ses supérieurs, des officiers dont certains étaient animés par des préjugés antisémites. Tariq Ramadan n’est pas accusé par l’Etat, ni par des islamophobes, mais par des femmes, elles-mêmes musulmanes pour la plupart, qui affirment avoir été violées. Quel rapport avec le « racisme systémique » ? Ramadan compare ensuite son emprisonnement àcelui du capitaine juif. Outrance ridicule : Dreyfus a été arrêté, mis au secret, condamné àla hâte par un tribunal militaire sur des fausses preuves, puis déporté àvie sur l’île du Diable au large de la Guyane. Ramadan a été placé en détention préventive neuf mois en raison des soupçons graves qui pesaient sur lui (plusieurs accusatrices différentes rapportant des faits de violence), parce que les juges estimaient qu’il pouvait fuir àl’étranger (il dispose d’un réseau de relations internationales) et qu’il risquait de faire pression sur les témoins (le dossier contient des messages où il menace explicitement d’anciennes maîtresses), toutes conditions conformes aux critères du droit. La détention était une mesure dure, mais logique.

Quartier réservé

Quant àsa vie en prison, éprouvante, démoralisante, elle est comparable àcelle des autres détenus français, avec toutes les excessives rigueurs du système carcéral français, sans qu’on lise dans son témoignage d’élément montrant qu’il a été traité plus sévèrement que d’autres parce qu’il était musulman. L’administration l’a placé dans un quartier réservé aux célébrités pour le protéger d’éventuelles attaques. Elle s’est efforcée de le soigner (mal selon lui) puis l’a transféré dans une prison-hôpital. Les juges ont fini par le libérer sous caution en échange d’un strict contrôle judiciaire. Traitement sévère, donc, mais que les juges justifient par la personnalité du prévenu (et non par sa religion).

Libre de parler, Ramadan plaide désormais sa cause, ce qui est son droit élémentaire. Il prépare sa défense avec ses avocats, comme tout accusé. Dans l’état actuel du dossier, ses chances d’être innocenté de l’accusation de viol existent. S’il est renvoyé au tribunal, des juges indépendants en décideront. Nul Zola ne sera nécessaire pour faire éclater la vérité : seulement le débat entre accusation et défense. Et s’il gagne, Ramadan ne devra rien àla « racisation » de son affaire qu’il entreprend avec ce livre, mais tout aux garanties dont disposent les justiciables, quelle que soit leur origine ou leur religion.

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