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Tunisie : Elections présidentielles

jeudi 19 septembre 2019, par siawi3

Source : https://mondafrique.com/tunisie-les-islamistes-vent-debout-contre-la-liberation-de-karoui/

Tunisie, les islamistes vent debout contre une possible libération de Karoui

par La redaction de Mondafrique -

18 septembre 2019

La levée d’écrou de Nabil Karoui, arrivé en deuxième position, le 15 septembre, lors du premier tour de la Présidentielle tunisienne, fait l’objet d’une guerre d’influence au sein d’une Justice tunisienne largement instrumentalisée par les divers clans qui se partagent le pouvoir

Une demande de libération de Nabil Karoui a été déposée le 16 septembre dans la matinée. Mais, selon un avocat interrogé, le mouvement islamiste Ennahdha serait intervenu pour stopper la transmission de la demande au procureur compétent.

On en est à ce blcage de tous les recours dans ce qui s’apparente à un verrouillage administrativo-judiciaire. Les avocats tentent de contourner l’imassse actuelle qui ferait du deuxième tour des Présidentielles une sorte de mascarade, par des pressions elles aussi politiques.

« Leurs chances d’obtenir ne serait-ce que l’examen de cette nouvelle demande de libération relève du miracle », note un magistrat.

A moins que l’ARP, l’assemblée élue, ne trouve les moyens de sortir de la situation inédite que l’emprisonnement de Karoui a créée dans l’actuel campagne pour l’élection d’un Président en Tunisie. Son maintien en détention ternirait un processus démocratique pour l’instant exemplaire et transparent.

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Source : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/qui-sera-le-prochain-president-tunisien-un-rastignac-en-prison-ou-un-robocop-religieux/

L’édito
Qui sera le prochain président tunisien ? Un Rastignac en prison ou un Robocop religieux ?

par Valérie Toranian

Sep 16, 2019

Kaïs Saïed a deux surnoms. Robocop et Robespierre. Austère professeur d’université, c’est un commentateur des institutions politiques, très assidu sur les plateaux de télévision tunisiens. Ses adversaires raillent sa diction atone, son visage impassible et sa raideur. Un bonnet de nuit sans charisme. Il n’a pas de projet politique précis hormis une forte décentralisation, son leitmotiv est la lutte contre la corruption, celle des institutions, de la finance et des âmes. Accusé d’avoir des positions salafistes, il est hostile à l’égalité homme-femme devant l’héritage, se référant à la tradition coranique. Il est pour la peine de mort et le maintien de la criminalisation de l’homosexualité. La normalisation des relations avec Israël constitue pour lui une « haute trahison ». Sans parti, sans troupes et sans réels moyens (il a refusé le financement public auquel il avait droit), l’Incorruptible vient de remporter le premier tour de l’élection présidentielle tunisienne avec 19,5 % des suffrages exprimés (selon les sondages sortis des urnes de l’institut Sigma Conseil).

Stupeur et tremblement au pays du jasmin. D’autant que l’homme qu’il affrontera au second tour est actuellement en prison ! Une première mondiale. Poursuivi pour une affaire de fraude fiscale remontant à 2016, Nabil Karoui, ambitieux et charismatique homme d’affaires, surnommé le Rastignac tunisien, a été incarcéré en août dernier alors qu’il caracolait en tête des sondages. Nabil Karoui a construit sa popularité en sillonnant les régions défavorisées du pays, distribuant vivres et vêtements aux plus démunis. Le tout retransmis en direct sur les réseaux sociaux et sur la chaîne de télévision privée qu’il a fondée, ce qui avait le don de mettre ses adversaires en rage.

« Pris de panique par le vent de dégagisme qui soufflait sur le pays, l’exécutif tunisien avait pensé discréditer et bâillonner définitivement ce candidat « populiste », professionnel du marketing, en l’incarcérant. Mal lui en a pris. »

Pris de panique par le vent de dégagisme qui soufflait sur le pays, l’exécutif tunisien avait pensé discréditer et bâillonner définitivement ce candidat « populiste », professionnel du marketing, en l’incarcérant. Mal lui en a pris. Il vient de rafler la deuxième place, laissant derrière lui les candidats du système.

Depuis 2011 et le déclenchement des printemps arabes, la Tunisie est le laboratoire de la démocratie dans le monde arabo-musulman. Elle constitue une expérience politique unique dans une région verrouillée par des régimes autoritaristes ou en proie aux islamistes, quand elle n’est pas déchirée par des guerres civiles. En 2014, l’enjeu de la toute première élection présidentielle était clair : pour ou contre les islamistes. Le camp des « modernistes » mené par Béji Caïd Essebsi du parti Nidaa Tounes avait gagné, un mois après avoir remporté les élections législatives.

Cinq ans plus tard, la donne a changé. Le camp des héritiers d’Essebsi est fractionné en sept candidats « modernistes » (dont l’ex-Premier ministre Youssef Chahed et l’ex-ministre de la Défense Abdelkrim Zbidi) qui se font la guerre entre eux. Les islamistes de Ennahdha, associés au pouvoir de façon majoritaire en 2012-2013, puis minoritaire à partir de 2015 au sein d’une coalition gouvernementale scellée par le président Essebsi, ont perdu une partie massive de leurs électeurs, comme l’ont révélé les élections municipales de 2018.

« Le dégagisme prospère sur fond de crise économique et de défiance envers la classe politique accusée d’être impuissante à redresser le pays. »

Ennahdha a beau proclamer avoir changé, ne plus être un parti religieux de prédicateur et s’être même qualifié de « parti conservateur » plutôt que parti islamiste, l’opinion publique tunisienne se méfie d’une formation dont elle dénonce souvent les ambivalences, notamment à l’égard du salafisme radical. (Désormais c’est en Europe, et surtout en France que prospère l’islam politique. Dans le Maghreb il subit des revers. En Algérie il était absent des rassemblements de la jeunesse qui s’opposaient autant au système FLN, qu’au système islamiste.)

Le dégagisme prospère sur fond de crise économique et de défiance envers la classe politique accusée d’être impuissante à redresser le pays. Le chômage atteint 15,3 % de la population et le dinar a perdu 223 % de sa valeur face au dollar depuis 2010. L’inflation frôle les 7 %. L’insécurité persiste. Le pays avait été durement éprouvé par les attentats de 2015 revendiqués par l’État islamique (Musée du Bardo, plage et hôtel de Sousse, bus de la garde présidentielle) puis par les attaques djihadistes à la frontière libyenne en 2016. Des heurts ont eu lieu à la frontière algérienne avec des groupuscules d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Preuve que la menace demeure réelle, un double attentat suicide avait fait deux morts en plein Tunis le 27 juin dernier.

Nabil Karoui et Kaïd Saïed se définissent tous les deux comme candidats antisystème. Mais Karoui est un antisystème à la Macron : il est en fait un pur produit des élites qui fustige l’immobilisme et les carences du pouvoir. Il a récupéré une grande partie de l’électorat de Nidaa Tounes, le parti institutionnel. La base électorale de Kaïs Saïed, elle, est constituée majoritairement des abstentionnistes et des non-inscrits de 2014. Et parmi ces derniers, beaucoup de jeunes. Il est « le » candidat du vote sanction. Le taux de participation de l’élection présidentielle était assez médiocre, 45 % alors qu’il avait été de 64 % en 2014. La présence de deux candidats antisystème au second tour pourrait créer un sursaut. Mais dans quel sens ? Les élections législatives qui vont avoir lieu le 6 octobre, une semaine avant le second tour de la présidentielle (une bizarrerie du calendrier électoral tunisien dû au décès prématuré du président Essebsi) vont être déterminantes.

« Le pieux Kaïs Saïed n’a aucun parti mais Ennahdha a une forte implantation et d’ores et déjà il semble acquis que la formation islamiste soutiendra le juriste antisystème. Nabil Karoui sera l’empêcheur de tourner en rond de l’alliance islamo-conservatrice. »

Le pieux Kaïs Saïed n’a aucun parti mais Ennahdha a une forte implantation et d’ores et déjà il semble acquis que la formation islamiste soutiendra le juriste antisystème. Nabil Karoui sera l’empêcheur de tourner en rond de l’alliance islamo-conservatrice. Son parti, Qalb Tounes, est relativement bien implanté dans les territoires où sa politique caritative l’a rendu populaire. Le pouvoir judiciaire va-t-il le maintenir en prison ? Le libérer ? Le disqualifier ? Le condamner à de l’inéligibilité ? Et dans quels délais ? Avec qui peut-il s’allier ? Pour qui vont appeler à voter les candidats institutionnels ? Le Rastignac en prison ou le Robocop proche des islamistes ?

Une seule hypothèse serait catastrophique : que la Tunisie qui brille par sa belle santé démocratique, qui se bat au milieu des épreuves, se ratatine brutalement dans un repli conservateur et religieux qui remette en cause tous ses acquis.