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Trois morts en Algérie alors que le pouvoir accentue la répression

vendredi 20 septembre 2019, par siawi3

Source : https://www.liberation.fr/planete/2019/09/19/trois-morts-en-algerie-alors-que-le-pouvoir-accentue-la-repression_1752428

Récit
Trois morts en Algérie alors que le pouvoir accentue la répression

Par Amaria Benamara,
correspondance à Alger

19 septembre 2019 à 20:56

Une manifestation, à Alger mardi, contre les élections en décembre validées par le Parlement et le président intérimaire. Photo R. Boudina. Reuters
Deux jeunes ont été tués alors qu’ils protestaient contre la mort d’un troisième dans un accident avec un policier. Le tout sur fond d’arrestations musclées d’opposants.

Trois morts en Algérie alors que le pouvoir accentue la répression

Au moins deux jeunes ont trouvé la mort mercredi soir à Oued R’hiou, dans la wilaya de Relizane, à 300 km à l’ouest d’Alger, dans des affrontements avec la police, dans la foulée d’un accident ayant causé la mort d’un adolescent. A l’origine des violences, une course-poursuite engagée entre deux jeunes à moto et un véhicule conduit par un policier, qui n’était pas en service, selon la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Un ado âgé de 15 ans est mort après avoir été percuté par le véhicule, qui a également occasionné de graves blessures à son compagnon, âgé de 25 ans, pour l’heure dans un état critique. Echaudés par la nouvelle du drame, de nombreux jeunes ont alors tenté de mettre la main sur le policier dans le commissariat où il s’était réfugié, selon le parquet.

D’après le journal arabophone El Khabar, les policiers ont alors répliqué par des tirs de gaz lacrymogène puis à balles réelles, faisant plusieurs blessés et au moins deux morts confirmés. Des émeutes nocturnes ont ensuite éclaté dans plusieurs quartiers de la ville. Le ministère de l’Intérieur a annoncé avoir dépêché une commission d’enquête. Un sit-in était organisé jeudi matin par des habitants pour dénoncer les violences policières. Ces incidents surviennent dans un contexte politique déjà très tendu, alors que le mouvement de protestation pacifique connaît ces derniers jours une escalade importante dans la répression. La mort des trois jeunes pourrait bien durcir le bras de fer entre manifestants et autorités tant le virage sécuritaire devient inquiétant.

Mardi dernier, lors de la traditionnelle mobilisation des étudiants dans le centre d’Alger, les messages évoquant des vagues d’arrestations se sont multipliés sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tôt, le 12 septembre, Karim Tabbou, célèbre opposant politique au verbe acéré et tête d’affiche de la contestation, était placé en détention, officiellement accusé de participer à la « démoralisation de l’armée ». Ses discours ciblent directement le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, actuel homme fort de la scène politique depuis la démission de l’ancien président Bouteflika.

Bloquer Alger

D’autres figures de l’opposition ont connu le même sort ces derniers jours, certains étant même enlevés dans la rue ou au domicile d’autres opposants. C’est notamment le cas de Fodil Boumala ou de Samir Benlarbi. « Désormais la répression ne fait qu’augmenter, avec un pouvoir qui perd de plus en plus le contrôle », affirme Hakim Addad, militant de longue date au sein du Rassemblement action jeunesse (RAJ) à Alger.

Mercredi, le général Gaïd Salah, dans un discours au corps militaire, indiquait sa volonté de bloquer les entrées de la capitale les veilles et jours de manifestations. Les bus ou camionnettes n’étant pas immatriculés à Alger seront ainsi interdits d’entrée. Une décision radicale, justifiée selon lui par « les intentions malveillantes » de « certaines parties qui font de la liberté de déplacement un prétexte pour justifier leur dangereux comportement ».

La multiplication des arrestations cible désormais de manière systématique les figures militantes et politiques de la contestation entamée le 22 février. « Le champ des libertés se rétrécit de plus en plus, vu le processus électoral annoncé. Ils essaient de faire le maximum pour assurer sa réussite. Aujourd’hui, interdiction a été faite aux citoyens de voyager. On cible aussi les militants et les politiciens opposants. Il y a une vraie dictature qui s’installe », alerte Mourad Gagaoua, avocat à Alger. Ce dernier assure la défense des manifestants prisonniers d’opinion, qu’il estime à 83 dans tout le pays, essentiellement à Alger.

Escalade

La nouvelle élection présidentielle a été fixée au 12 décembre par le président par intérim, Abdelkader Bensalah, dont le mandat a pris fin officiellement le 9 juillet. Il s’agit du troisième scrutin présidentiel prévu cette année, après la mise en échec de la candidature à un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, qui devait se tenir le 18 avril, puis l’annulation des élections du 4 juillet faute de prétendants à la magistrature suprême. Validée par le Parlement et annoncé par un président intérimaire, tous deux illégitimes aux yeux d’une frange importante de la population, cette nouvelle convocation du corps électoral est également rejetée. Durant les manifestations ainsi que sur les réseaux sociaux, des appels au boycott circulent massivement.

L’escalade visant à museler la protestation populaire, toujours pacifique, exacerbe le climat politique, avec un virage autoritaire de plus en plus évident. « On a remarqué qu’il s’agissait essentiellement de militants qui étaient déférés devant la justice et mis en prison. Et plus particulièrement des membres du Pôle démocratique », précise Hakim Addad. Dans ce contexte de montée de la tension, à la veille de la 31e journée de protestation nationale ce vendredi, la réponse sécuritaire est le grand inconnu, face aux manifestants qui comptent bien conserver, coûte que coûte, le caractère pacifique du mouvement.