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France : « La Ligue islamique mondiale distribue des manuels religieux violents, antisémites et misogynes »

mercredi 9 octobre 2019, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/25/la-ligue-islamique-mondiale-distribue-des-manuels-religieux-violents-antisemites-et-misogynes_6012997_3232.html

« La Ligue islamique mondiale distribue des manuels religieux violents, antisémites et misogynes »

25.09.19

TRIBUNE
Florence Bergeaud-Blackler
Anthropologue

La Fondation pour l’islam de France a organisé le 17 septembre une conférence pour la paix, parrainé par la Ligue islamique mondiale dont « l’ambition est de faire connaître une vision unique et exclusive de l’Islam », comme le souligne l’anthropologue Florence Bergeaud-Blacker dans une tribune au « Monde ».Publié le 25 septembre 2019 à 13h31 - Mis à jour le 25 septembre 2019 à 14h26 « Ghaleb Bencheikh a curieusement fait parrainer la Conférence par la Ligue islamique mondiale [dont] les objectifs sont de « promouvoir l’islam, son dogme, sa législation » et sa « ligne de conduite » contre les autres formes religieuses » ( Le président de la Fondation de l’islam de France, Ghaleb Bencheikh, en 2016).

Tribune. Le 17 septembre, la Fondation de l’islam de France (FIF), institution laïque, organisait à Paris une conférence pour la paix et la solidarité réunissant divers représentants religieux, politiques, académiques.
Son nouveau patron, Ghaleb Bencheikh, a curieusement fait parrainer cet événement par la Ligue islamique mondiale (LIM). Il se trouve que les objectifs explicites de cet organisme sont de « promouvoir l’islam, son dogme, sa législation » et sa « ligne de conduite » contre les autres formes religieuses – en contradiction avec l’esprit d’une conférence visant à réunir « juifs, chrétiens et musulmans » autour d’un « engagement commun au service de l’homme ».

Version agressive de l’islam

Cela pourrait prêter à sourire si la Ligue islamique mondiale (LIM) n’avait effectivement contribué de façon décisive, et depuis sa création en 1962, à « œuvrer à la propagation de l’Islam » (sa version intolérante du moins), « répondre aux calomnies dont l’Islam est en butte en répondant à ceux qui cherchent à le discréditer », « délivrer l’homme du joug du polythéisme [pour] le protéger de ses dangers », ou, par l’intermédiaire de son Conseil suprême mondial des mosquées, à promouvoir « la lutte contre les mauvaises mœurs, les comportements déviants, contre les guerres idéologiques et l’investissement dans les affaires qui concernent la nation islamique ». J’ai cité ici quelques extraits de la présentation de la LIM sur son site officiel.

C’est suffisant pour comprendre ce qu’est cet organisme basé à La Mecque (Arabie saoudite) et peu connu des Français : un organe sous influence saoudienne de prédication du salafisme wahhabite, version agressive de l’islam dont l’objectif est la da’wa, cette « invitation » à faire adhérer le monde à sa version fondamentaliste de l’islam. Il le fait à bas bruit, distribuant méthodiquement depuis quarante ans ses pétrodollars sur tous les continents aussi bien dans les quartiers pauvres de Dakar que dans le Quartier latin à Paris, partout où il peut installer ses centres et bureaux affiliés.

La Ligue parle toujours de paix, de tolérance et de justice mais elle finance et distribue des manuels religieux violents, antisémites et misogynes destinés aux adultes comme aux enfants ainsi que l’a montré en 2018 l’organe officiel belge chargé de l’évaluation de la menace terroriste et extrémiste (OCAM). Elle compte en son sein des membres comme le prédicateur salafiste Mohamed Al-Arifi, l’un des plus populaires au monde (21 millions d’abonnés sur Twitter et 25 millions sur Facebook), connu pour ses prises de position contre les juifs et les femmes (« La Fabrique de l’islamisme », rapport de l’institut Montaigne).

Par ailleurs, la Ligue, qui appelle au dialogue des religions, a joué un rôle essentiel dans la promotion de l’idée que les musulmans ne peuvent pas manger la nourriture des « gens du Livre » (des chrétiens et des juifs). Elle promeut le modèle du marché halal mondialisé « ummique » pour et par les musulmans, permettant de financer des activités religieuses qui relaient sa conception rigoriste, exclusive, légaliste et littéraliste de l’islam. Elle n’hésite pas à soutenir d’autres groupes fondamentalistes comme la confrérie des Frères musulmans si c’est pour combattre « le polythéisme » et l’athéisme « occidental ».

Double discours

Enfin, la rédaction des statuts de la Ligue a reçu l’aide du Frère musulman Saïd Ramadan. Et même si officiellement les relations avec la confrérie sont rompues, la LIM continue d’entretenir des liens avec les organisations fréristes européennes comme Musulmans de France (ex-UOIF).

Ghaleb Bencheikh n’ignore pas l’histoire de la LIM. A l’AFP, il a affirmé : « Il y a deux positions : soit on dit que le passif de la LIM est lourd, et on ne fait rien, soit on dit avec le nouveau secrétaire, il y a un changement de cap, et on l’accompagne. » Mais pourquoi la LIM changerait-elle de cap ? Pourquoi renoncerait-elle aux principes qu’elle affiche fièrement sur son site Internet alors que sa stratégie du double discours a toujours fonctionné ? Elle continue tranquillement d’être membre de l’Unesco, de l’Unicef tout en soutenant via l’Organisation de la conférence islamique (OCI) la supériorité du droit musulman par rapport au droit international ou encore l’institution d’un délit de blasphème.

En organisant cet événement avec la LIM, la Fondation pour l’islam de France, fondée par le très républicain Jean-Pierre Chevènement, ne pouvait pas être plus en contradiction avec son but de faire connaître la religion et les civilisations musulmanes. Car la LIM n’a qu’une ambition, celle d’imposer une vision unique et exclusive de l’islam en éliminant la diversité des expressions culturelles du vaste ensemble historique islamique.
Et croire que la LIM a changé ou changera de position parce qu’elle condamne verbalement le terrorisme, appose sa signature sur un « mémorandum d’amitié » et « promet » un voyage à Auschwitz, a quelque chose de tragique. On ne comprend simplement pas ce qui motive Ghaleb Bencheikh.

Florence Bergeaud-Blackler est chargée de recherche CNRS (HDR) au Groupe sociétés religions laïcités (GSRL). Elle travaille sur l’islam en France depuis plus de vingt ans. Elle est l’auteure de nombreux articles et d’ouvrages dont Le Marché halal ou l’Invention d’une tradition (Seuil, 2017).
Florence Bergeaud-Blackler (Anthropologue)