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France : Sylviane Agacinski censurée : le nouveau visage du fascisme universitaire

mardi 29 octobre 2019, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/sylviane-agacinski-censuree-le-nouveau-visage-du-fascisme-universitaire?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Parti pris
Sylviane Agacinski censurée : le nouveau visage du fascisme universitaire

Par Natacha Polony

Publié le 27/10/2019 à13:36

Michel Eyquem de Montaigne fut sans doute le premier penseur àébranler l’ethnocentrisme spontané des cultures humaines àtravers la remise en cause du concept de barbarie. Raison pour laquelle il est plus que légitime de voir son nom accolé àcelui d’une université. Mais sans doute l’homme des Essais, le sceptique horrifié par les guerres de religion, serait-il effaré de voir le spectacle qui s’est joué le jeudi 24 octobre àl’université Montaigne de Bordeaux. Ou plutôt qui ne s’est pas joué, puisque la conférence prévue autour de la « reproductibilité technique  » de l’être humain a été annulée au motif que des groupuscules avaient promis d’empêcher sa tenue « par tous les moyens  ». Le syndicat « Solidaires étudiant-e-s Bordeaux », les associations GRRR, Riposte trans, Mauvais Genre-s et WakeUp ! sont, certes, des organisations croupions, mais il se trouve que leurs menaces font peser un risque tel que la direction de l’Université ne s’est pas considérée en mesure « d’assurer pleinement la sécurité des biens et des personnes  ».

Climat de terreur

Des petits groupes radicaux faisant peser un climat de terreur pour imposer leurs vues et faire taire les opposants, cela porte un nom : cela s’appelle des milices fascistes. A ceci près que celles-làjouissent d’une mansuétude infinie de la part de certains milieux politiques et médiatiques dans la mesure où elles prétendent incarner le Bien. Qui oserait le contester ? La lutte contre toute forme de discrimination, qu’elle soit sexiste, raciste ou homophobe, est l’horizon de ces démocraties contemporaines qui ont abandonné toute idée de progrès social et d’émancipation collective, et toute idée, même, de dépassement de soi par le savoir et la délibération intérieure, qui était le projet de cet humanisme dont Montaigne est l’incarnation.

Lire aussi : Sylviane Agacinski sur la PMA : « La biomédecine est mise au service des marchés qu’elle génère »

En l’occurrence, les arguments de ces associations sont parfaitement assumés : Sylviane Agacinski serait une « homophobe notoire  » àlaquelle il serait « dangereux et inconscient  » d’offrir une « tribune  » dans un contexte « d’homophobie et de transphobie décomplexées (médias, manifestations anti-PMA, agressions, refus de la PMA aux personnes transgenres…).  » Oui, le refus de la PMA aux personnes transgenres est, pour ces sympathiques étudiants, une preuve de l’homophobie généralisée qui gangrènerait la société française. Peu importe que tous les sondages d’opinion prouvent un progrès majeur des mentalités et que l’agression d’une transexuelle soulève des vagues d’indignation. Le réel n’a aucune importance, seules valent les pétitions de principes qui permettent de justifier la poursuite du combat contre la bête immonde. Et l’on peut traiter d’« homophobe notoire  » (notoire pour qui ? selon quels critères ?) une philosophe qui a défendu le Pacs et le mariage pour tous… En résumé : le racisme, l’homophobie et le sexisme ne sont pas des opinions mais des délits. On ne doit pas les laisser se répandre. Il suffit donc d’accoler les adjectifs « raciste  » ou « homophobe  » àquelqu’un pour avoir légitimement le droit de le faire taire.

Défendre son camp, faire taire l’autre

Élément significatif de l’état du débat public en France : ceux qui se sont élevés contre la terreur intellectuelle imposée par les activistes de Bordeaux sont avant tout des gens de droite, opposés àl’extension de la PMA aux couples homosexuels. François-Xavier Bellamy, Valérie Pécresse, le Figaro ou le site Atlantico… L’indignation vient-elle d’un refus du terrorisme intellectuel ou du fait que, ces derniers temps, il semble émaner toujours du même camp ? On aurait aimé entendre les défenseurs farouches de la PMA pour toutes s’insurger contre ces méthodes d’intimidation. Comme on aimerait être sà»r que ceux qui dénoncent aujourd’hui ce terrorisme défendraient avec la même vigueur le droit d’un de leurs adversaires idéologiques às’exprimer. Mais la radicalisation des opinions met en danger la capacité même des uns et des autres àentendre des discours contradictoires. On défend son camp. Et l’on fait taire l’autre. Au nom du Bien. Parce que l’autre incarne le Mal. Il se trouve qu’actuellement, ceux qui se croient le plus farouchement détenteurs de ce Bien sont les tenants d’un progressisme dévoyé qui abîme les plus belles causes, le féminisme, l’anti-racisme et la défense des droits des homosexuels.

Il est particulièrement inquiétant de constater que les universités sont les lieux privilégiés de ce terrorisme intellectuel. Sylviane Agacinski, pour les positions qui sont les siennes, ne pourrait plus enseigner àl’EHESS. Et nombreux sont les professeurs obligés de mesurer chaque mot pour éviter d’avoir àaffronter une cabale. Les universités, temples dédiés aux savoirs, àleur élaboration et leur conservation, lieux de la disputatio médiévale, c’est-à-dire de la controverse argumentée, ont semble-t-il abandonné, au tournant du XXIe siècle, ce qui faisait leur vocation. Comment expliquer ce naufrage ?

Les savoirs universitaires ne sont plus considérés que comme une opinion imposée par cette majorité, àlaquelle on peut opposer toute autre opinion

L’état d’esprit qui règne dans les universités françaises n’est que le résultat de l’importation de ce qu’on pourrait appeler le « minoritarisme  » américain. L’organisation de la société en communautés appelées àfaire valoir leurs « droits  » contre un Etat considéré comme l’émanation d’une majorité forcément oppressive, conjuguée àun individualisme faisant de la subjectivité de chacun la mesure absolue de toute chose, aboutit àla destruction de tout espace social. Les savoirs universitaires ne sont plus considérés que comme une opinion imposée par cette majorité, àlaquelle on peut opposer toute autre opinion. Jusqu’àce que, ultime étape, toute expression attribuée àla supposée majorité, toute manifestation, même, de l’idée qu’il pourrait exister une majorité, devienne inacceptable. L’extension des droits individuels ne souffre aucune contestation puisqu’elle est en fait une juste réparation de l’oppression séculaire. De sorte qu’il ne peut exister de juste mesure. Cette extension ne peut être qu’infinie, et quiconque émet des doutes sur un point ou un autre est un ennemi du Bien. Sylviane Agacinski, philosophe et ancien professeur àl’EHESS, proche de Jacques Derrida, qui fuit les polémiques de plateaux télé et préfère le temps long de la réflexion, devient l’équivalent d’un Zemmour. Il n’y a pas àargumenter face àelle mais àla faire taire. A caricaturer sa pensée comme le fait de façon effarante le communiqué de presse des associations de l’université de Bordeaux, qui transforme une analogie en comparaison et affiche une incapacité àintégrer toute forme de nuance.

Lire aussi : L’offensive des obsédés de la race, du sexe, du genre, de l’identité…

Le mouvement qui s’est enclenché sous l’effet de la globalisation culturelle gagne l’ensemble des sociétés occidentales. Cette conception minoritariste (que nous avions analysée avec le journaliste Jean-Michel Quatrepoint dans un ouvrage intitulé Délivrez-nous du Bien), par son refus de l’universalisme et son obsession identitaire, est une remise en cause absolue de l’humanisme et des Lumières.

Il serait plus que temps de refuser àces inquisiteurs et àleur affidés le droit de définir au nom des citoyens le progrès et le bien commun

Elle gagne dans l’indifférence générale toutes les facultés de sciences sociales, endoctrinant àcoups de concepts vides les étudiants qui sortent du lycée vierges de toute structure intellectuelle. Jusqu’au moment où l’idée même de débat contradictoire fondé sur des arguments rationnels aura sombré, effaçant plusieurs siècles d’histoire de la pensée. Tout cela horrifie les citoyens lambda. Mais les décideurs, ceux qui, dans les milieux politiques et médiatiques, ont la parole, se gardent bien de prendre leurs responsabilités. Trop peur d’être la cible de la prochaine cabale, d’être classé dans le camp des réactionnaires, d’être accusé d’avoir basculé àl’extrême droite. Il serait plus que temps de refuser àces inquisiteurs et àleur affidés le droit de définir au nom des citoyens le progrès et le bien commun.