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France : Tout anti-PMA est un « chien  » : censure et terrorisme intellectuel àl’université

mardi 29 octobre 2019, par siawi3

Source : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/anti-pma-censure-terrorisme-intellectuel-universite/

Photo : Sylviane Agacinski
L’édito

Tout anti-PMA est un « chien  » : censure et terrorisme intellectuel àl’université

par Valérie Toranian

Oct 28, 2019

Jean-Paul Sartre déclarait en 1965 : « Tout anti-communiste est un chien, je n’en démords pas  ». En ces années de Guerre froide, le terrorisme intellectuel régnait. Spécialement au sein de l’université. L’influence du Parti communiste dans les départements de sciences humaines était devenue hégémonique dès l’après-guerre. S’opposer idéologiquement au marxisme, c’était « faire le jeu de l’ennemi  », c’est-à-dire du « capitalisme et de l’impérialisme américain  ». Aux marxistes succédèrent, àpartir des années soixante, les maoïstes, les structuralistes, et enfin les déconstructionnistes.

Depuis quelques années, l’université est la proie des courants décoloniaux, indigénistes, néo-féministes et transgenres qui, quelles que soient leurs divergences, vomissent mêmement « l’État raciste, sexiste, homophobe  » et toutes les structures bourgeoises et réactionnaires qui en sont les laquais… Leur représentativité est faible. Leur influence énorme. L’université a toujours tremblé devant les gauchistes. Elle panique aujourd’hui devant les tenants du morcellement identitaire et des droits des minorités qui représentent dorénavant en France le camp du bien progressiste.

Une nouvelle tyrannie est en marche

Dernière victime de cette peur qui paralyse l’institution, la philosophe Sylviane Agacinski. Elle devait tenir une conférence sur « L’être humain àl’époque de sa reproductibilité technique  », le jeudi 24 octobre àl’Université Bordeaux Montaigne.

Il aura suffi d’un communiqué signé par Solidaires Étudiant·e·s, GRRR (Collectif étudiant anti-patriarcat), Riposte Trans (Collectif trans et non-binaire), Mauvais Genre-s (association rattachée au Master en Études sur le Genre de l’UBM), Wake-Up ! (Association des jeunes et étudiant·e·s LGBT+), pour que la direction de l’université annule la rencontre.

Ces associations reprochent àl’université d’accueillir « une homophobe notoire  » ; « dans un contexte d’homophobie et de transphobie décomplexées (médias, manifestations anti-PMA, agressions, refus de la PMA aux personnes transgenres…), il est dangereux et inconscient que l’université offre une tribune àune personne aux discours dignes de la Manif pour tous. Nous appelons les étudiant-e-s àse mobiliser contre la venue de cette conférencière au sein de leur lieu d’étude et mettrons tout en Å“uvre afin que cette conférence n’ait pas lieu.  »

Manœuvres d’intimidation

Notons au passage l’hystérie du texte faisant état d’un contexte d’homophobie décomplexée alors que l’Assemblée nationale vient justement de voter la PMA pour toutes… Et peu importe le parcours de Sylviane Agacinski, traitée d’« homophobe notoire  » alors qu’elle s’était déclarée en faveur du Pacs et du mariage homosexuel. Le réel et la nuance ne sont pas convoqués : on jette l’anathème, on bâillonne, on exclut.

Les organisateurs de ce cycle de conférences, censé « promouvoir un usage critique des savoirs qui permette de penser ensemble notre monde et ses enjeux  » ont expliqué leur décision. Ils pensent être « dans l’incapacité d’assurer pleinement la sécurité des biens et des personnes, et les conditions d’un débat vif mais respectueux face àdes menaces violentes.  » Et même s’ils estiment que « empêcher la discussion au sein d’une communauté participe d’une dérive liberticide  », ils ont cédé face aux manÅ“uvres d’intimidation en annulant le déplacement de Sylviane Agacinski.

Ainsi l’université, lieu d’excellence du débat et de la formation de l’esprit critique, capitule devant des groupuscules radicalisés qui la terrorisent au nom du progressisme. Notre époque post-moderne ne considère plus l’université comme le lieu de transmission des savoirs (tous suspectés d’être corrompus), mais comme le temple des nouvelles études assurant la promotion du genre, de la préférence sexuelle, de la race, de l’ethnie, de la religion. Chacun est assigné àson identité, toute vision universelle est bannie, ce que nous avons en commun se réduit àpeau de chagrin.

Que disent les belles consciences, les intellectuels et les politiques ?

Hors le politiquement correct, chacun prend le risque d’être ostracisé, voire évincé. L’idée même du débat contradictoire fait de vous un ennemi du progrès. « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté  », disait Saint-Just. « Tout anti-communiste est un chien  », comme disait Sartre cité plus haut. Toute parole anti-PMA/GPA doit être bannie hors des murs du savoir, exigent et obtiennent cinq associations étudiantes néo-féministes et transgenres. Sylviane Agacinski refuse de se victimiser. Elle déplore « une forme de terreur intellectuelle qui affecte gravement l’état du débat public.  »

Au pays de Voltaire, défenseur de la liberté d’expression, et de Montaigne, fondateur de l’esprit critique, que disent les belles consciences, les intellectuels et les politiques ? Pas grand-chose. François Xavier Bellamy et Nicolas Dupont-Aignan, opposants de droite àla PMA pour toutes et àla GPA, sont montés au créneau. On aurait aimé entendre les pro-PMA et GPA soutenir Sylviane Agacinski au nom de la liberté d’expression et du débat pluraliste.

On aurait aimé que la gauche dénonce les mesures d’intimidation, l’esprit liberticide, la terreur intellectuelle digne des méthodes fascisantes. Non. Seules exceptions notables, Jean-Luc Mélenchon qui a dénoncé un « odieux sectarisme  » sur son compte Twitter, et Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, impeccable lorsqu’elle écrit que les « menaces ne peuvent pas remplacer le débat  » et que « bien qu’en désaccord sur la PMA, je soutiens farouchement la possibilité pour la philosophe de s’exprimer librement.  »

À quand la prochaine censure ? Où aura lieu le prochain autodafé ?

Au nom du bien, le débat en France se porte de plus en plus mal. Mohamed Sifaoui, journaliste et écrivain, laïc et anti-islamiste, devait animer une formation de « prévention de la radicalisation : compréhension d’un phénomène et détection des signaux faibles  », en novembre prochain, àl’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne. Après pressions « d’associations islamistes et de syndicats gauchistes  » dénonçant une tentative de « stigmatisation des musulmans  », il a été informé de la suspension du séminaire. Le programme proposait dans un de ses intitulés : « â€œL’Occident, les espaces démocratiques et la laïcité dans les yeux et la rhétorique des “radicalisés†. Comment nous voient-ils  ?  » Cela a suffi àdéclencher un tollé. Visiblement, il est plus important de neutraliser le débat que de tenter de comprendre les phénomènes de radicalisation…

Alain Finkielkraut a, lui aussi, failli être « annulé  » àSciences Po en avril dernier. Le groupuscule « Sciences Po en lutte, Institut Clément Méric  », rassemblement d’antifas, l’accusait de « xénophobie  », de « racisme  » et de « sexisme  », et a tout mis en Å“uvre pour lui bloquer l’accès de l’établissement. Le philosophe parviendra finalement àentrer rue de l’Université sous escorte policière… Ainsi s’en va le pays des Lumières.

L’auteure de ses lignes ne partage pas les opinions d’Éric Zemmour mais comment ne pas s’indigner quand on entend le chÅ“ur des journalistes supposés défendre l’indépendance et la liberté de leur profession, exiger son interdiction d’antenne ? À quand la prochaine censure ? Où aura lieu le prochain autodafé ? « Je m’avance vers celui qui me contredit  », disait Montaigne. Mais l’université de Bordeaux, qui porte le nom du grand philosophe, l’a sà»rement oublié. Et beaucoup d’autres avec elle, hélas.