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Arabie saoudite : un an après le meurtre de Khashoggi, oublié le boycott français du « Davos du désert » !

samedi 2 novembre 2019, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/arabie-saoudite-un-apres-le-meurtre-de-khashoggi-oublie-le-boycott-francais-du-davos-du-desert?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Economie
Arabie saoudite : un an après le meurtre de Khashoggi, oublié le boycott français du « Davos du désert » !

Par Alexandra Saviana

Publié le 31/10/2019 à 15:23

Après l’assassinat l’an dernier du journaliste Jamal Khashoggi, dont sont soupçonnés les services saoudiens de renseignement, de nombreux groupes et personnalités français s’étaient publiquement désistés du « Davos du désert » à Riyad. « Marianne » s’est penché sur l’édition 2019, se terminant ce 31 octobre, qui les a vus presque tous revenir.

L’argent n’a pas d’odeur et celle du sang, manifestement, s’estompe vite. Un peu plus d’un an après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au sein du consulat de l’Arabie saoudite à Istanbul (Turquie), le « Forum Investment Initiative », joyau du prince héritier Mohammed ben Salmane, refait le plein pour son édition 2019, qui se termine ce jeudi 31 octobre à Riyad. Alors que l’an dernier, ce « Davos du désert » avait été l’objet d’un « boycott » affiché par des entreprises et personnalités du monde entier, on retrouve cette année parmi les invités Jair Bolsonaro, président du Brésil, Jared Kushner, haut conseiller et gendre du président des Etats-Unis, l’économiste français Jacques Attali ou encore, l’ancien Premier ministre François Fillon, ainsi que les dirigeants de quelques unes des plus importantes sociétés de la planète...

Savoir qui en est et qui n’en est pas s’avère une tâche moins ardue que lors de l’édition précédente. Effrayé par les désistements à répétition, le forum avait supprimé en 2018 le programme officiel de son site Internet. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et la liste des conférences sur l’avenir de la planète et ses invités prestigieux s’y déroule fièrement. Mais les stigmates de l’assassinat de Jamal Khashoggi, dont les services saoudiens de renseignement ont été soupçonnés, sont toujours présents. Annoncé dans le brouillon des modérateurs dévoilé par le média en ligne Axios mercredi dernier, le groupe américain Bloomberg s’est par exemple aussitôt rétracté, expliquant : « Bloomberg ne parraine pas l’événement et ne participe pas à son programme. Nous couvrirons l’actualité de la conférence, comme nous l’avons fait l’année dernière ».

société générale, Thales, BNP Paribas…

Côté français, si aucune entreprise hexagonale n’est partenaire du forum, des conférenciers tricolores sont bien présents. Mais un an après le « boycott » affiché du forum - certains groupes avaient tout de même fait le choix d’envoyer leur numéro 2 -, la gêne reste palpable. En 2018, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, avait annoncé qu’il annulait sa participation au sommet économique saoudien en raison de l’affaire Khashoggi. L’édition actuelle ne reçoit pas plus de délégation de Bercy que la précédente - « Il n’y a pas eu d’invitation de notre côté », nous affirme une source proche du ministre. Pas de délégation du Medef non plus, alors que le président de l’organisation patronale, Geoffroy Roux de Bézieux, est en ce moment occupé à Madrid. Annoncée sur la première mouture du programme, Laurence Battle, présidente de la RATP Dev, filiale de la RATP, ne sera pas non plus présente, « pour des raisons personnelles », indique-t-on à Marianne.

En revanche, cette semaine marque le grand retour à Riyad de la Société générale. Si Frédéric Oudéa, son PDG, avait annulé sa visite l’année dernière, il était bien présent ce mardi, à l’occasion d’une conférence sur le rôle des dirigeants de grandes entreprises dans la réalisation des objectifs de développement durable de l’Onu. Même chose pour Thierry d’Argent, responsable adjoint Global Banking and Advisory de la banque, lui aussi participant à un débat sur l’avenir de la planète. Interrogée sur le sujet, l’entreprise n’a pas donné suite à nos sollicitations.

« On n’est pas du tout partenaire de l’événement »

Même musique chez Thales. En 2018, pourtant, le porte-parole du groupe d’électronique avait annoncé que Patrick Caine, son PDG, ne serait « pas présent » et que Thales serait « représenté par le président de son activité spatiale, Jean-Loïc Galle ». Cette année, oubliées ces précautions : Patrick Caine est bien présent sur le forum, et monte même sur scène à l’occasion d’une conférence sur la « deep tech ». En revanche, l’entreprise se fait très discrète sur le sujet… Après plusieurs heures d’hésitation de son service de communication, Thales a en effet choisi de ne finalement pas nous répondre.

Autre retour : celui de la BNP Paribas dont le PDG, Jean Lemierre, avait été le premier patron français à annoncer son boycott du forum en 2018. La banque envoie cette année Alain Papiasse, à la tête de la partie Corporate et Institutional Banking pour une conférence sur l’avenir de l’économie globale. Interrogée par Marianne sur cette présence, la BNP déclare : « Nous avons une activité régionale qui sera représentée par plusieurs responsables de clients régionaux et internationaux. Ils sont présents pour participer aux forums qui impliquent les activités de leurs clients ». Un an après, le groupe aurait-il oublié le boycott de son PDG ? « Pas du tout ! », se récrie-t-on. La preuve : « On n’est pas du tout partenaire de l’événement et la personne présente sur place n’est pas Jean Lemierre, ni Jean-Laurent Bonnafé », l’administrateur et directeur général de BNP Paribas. Sauf qu’Alain Papiasse est loin d’être le stagiaire de service : il est membre du comité exécutif de la banque, dont il supervise l’activité en Amérique du Nord et au Royaume-Uni.

« Nous n’avons pas envoyé un dirigeant du premier cercle »

Même embarras chez Airbus qui, en 2018, avait noyé son boycott de Riyad en nous expliquant qu’une « directive » avait été édictée pour que ses employés s’abstiennent des « engagements les plus médiatiques ». Cette année, l’entreprise y est représentée par Eduardo Dominguez Puerta, dirigeant d’Airbus Urban Air Mobility. Créée il y a un peu plus d’un an à Munich, cette unité est spécialisée dans la recherche sur les drones et les taxis volants. « Nous n’avons pas envoyé un dirigeant du premier cercle, nous signale une source interne. Ici, l’idée est simplement de discuter de l’objet de nos recherches. Pas de faire du business ». Eduardo Dominguez Puerta est tout de même inscrit ce jeudi à une table ronde portant notamment sur les « opportunités d’investissements » des nouveaux modes de transport.

L’édition 2019 est également marquée par l’arrivée de petits nouveaux français, comme Chris Dercon, président de « Réunion des musées nationaux - Grand Palais », ayant « répondu à l’invitation du forum économique », « dans le contexte où de nombreux projets de coopération culturelle se nouent entre les deux pays ». Sa présence est aussi expliquée par « son soutien sans faille aux artistes individuels saoudiens. Il s’est d’ailleurs à plusieurs reprises exprimé publiquement en faveur de la défense d’Ashraf Fayadh, artiste et poète saoudien emprisonné depuis quelques années pour ses opinions critiques », nous indique-t-on, avant d’ajouter : « Sa présence à Riyad sera une nouvelle occasion pour poursuivre ce plaidoyer et poser un regard objectif sur la réalité saoudienne ».

Fillon, Attali et Total au programme

Entre les petits nouveaux et les services de communication embarrassés, il y a ceux pour qui rien ne change. En dépit des annulations en cascade, le PDG d’Accorhotels, Sébastien Bazin, avait refusé d’annuler sa venue à Riyad en 2018, posant même pour une photo aux côtés du prince héritier Mohammed ben Salmane en marge du salon. Business oblige : le groupe hôtelier était alors en négociation avec le gouvernement saoudien au sujet de plusieurs projets, avait rapporté le Wall Street Journal. Un an plus tard, Sébastien Bazin est toujours présent sur le salon, participant cette fois-ci à une conférence sur le futur de la vie et du travail. Il y a notamment partagé la scène avec l’économiste français Jacques Attali. Ni ce dernier, ni le groupe AccorHotels n’ont donné suite à nos sollicitations.

De la même manière, si une source proche de François Fillon nous a bien confirmé sa venue, impossible de savoir ce qu’il pense de l’affaire Khashoggi. L’ex-candidat de la droite en 2017 n’est pas là pour ça : il clôt le forum au cours d’un débat avec d’autres anciens Premiers ministres du monde entier - David Cameron, Matteo Renzi et Kevin Rudd seront de la partie - « dans la perspective du sommet du G20 » qui se tiendra du 21 au 22 novembre 2020… à Riyad.

Comme l’année dernière, une seule et unique entreprise française communique de manière décomplexée sur sa présence à Riyad : Total. En 2018 son patron, Patrick Pouyanné, avait confirmé sa présence en invoquant sa « fidélité » à son partenaire saoudien, Aramco. Cette année, il ne sera pas présent mais il n’est toujours pas question de boycott : Patrick Pouyanné a simplement « des obligations professionnelles » au Danemark et au Japon. Qu’à cela ne tienne : c’est, « entre autres », Julien Pouget, directeur de la branche Renewable de Total, qui le remplace au « Davos du désert ». « La présence de Julien Pouget (...) s’explique par le fait que l’Arabie saoudite présente un grand potentiel pour le développement d’énergies renouvelables et notamment le solaire », explique-t-on à Marianne, avant de renouveler les vœux de fidélité de Total à la compagnie pétrolière saoudienne : « Pour rappel, Total est partenaire depuis 40 ans de SaudiAramco, principalement dans le domaine du raffinage et de la pétrochimie ». Pour le meilleur et pour le pire ?

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