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France : « Le P’tit Libé » sur « les musulmans » ou la soupe islamiste cuisinée pour les enfants

mercredi 6 novembre 2019, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/medias/le-p-tit-libe-sur-les-musulmans-ou-la-soupe-islamiste-cuisinee-pour-les-enfants?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

De la banalisation du port du voile à la promotion du concept aveugle d’indistinct d’islamophobie, le dossier du « P’tit Libé » ravira les tenants d’un islam politique. - Capture d’écran / @LePtitLibé

« Le P’tit Libé » sur « les musulmans » ou la soupe islamiste cuisinée pour les enfants

Par Hadrien Mathoux

Publié le 04/11/2019 à 16:32

La version junior de « Libération » a publié la semaine dernière, sous le couvert d’un dossier consacré au « racisme envers les musulmans en France », un dossier aux allures de tract militant que n’aurait pas renié le CCIF. Le contenu est destiné aux enfants de 8 à 13 ans…

Comment parler de l’actualité aux enfants ? La problématique n’est pas simple : tenir sa progéniture à l’écart des événements qui agitent le monde, c’est la garder dans l’ignorance. A l’inverse, lui asséner un point de vue alors qu’elle ne dispose pas d’une pleine indépendance d’esprit n’est guère respectueux de son libre arbitre. C’est pourquoi la tâche des médias destinés à la jeunesse est ardue. En témoigne le dossier de la semaine dernière du P’tit Libé, déclinaison du journal Libération publiée gratuitement sur le web chaque vendredi « pour les enfants de 8 à 13 ans », consacré au « racisme envers les musulmans ».


Le P’tit Libé
 ?
@LePtitLibe

En France, les musulmans sont souvent montrés du doigt. Pourtant, dans notre pays, chacun est libre d’avoir une religion ou de ne pas en avoir. Je t’explique tout dans ce numéro sur le racisme envers les musulmans, gratuit cette semaine. ???????? https://bit.ly/32MlJAM #islamophobie
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10:22 AM - Oct 25, 2019
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Les musulmans" version Libé

Dès son illustration d’ouverture, Le P’tit Libé annonce la couleur en représentant ainsi « les musulmans » : un homme vêtu d’un qamis et une femme dont le visage est enserré par un hijab. Peu importe que ces vêtements orthodoxes ne soient portés que par une minorité de pratiquants de l’islam en France. L’article qui ouvre le dossier, consacré à une certaine Malika âgée de 24 ans, confirme le biais : c’est en réalité le portrait complaisant d’une militante du CCIF, association activiste proche des Frères musulmans, qui est proposé aux petits lecteurs.

On nous explique que si les parents de Malika ne faisaient pas de la religion leur priorité « car ils ne voulaient pas se faire remarquer », la jeune femme, elle, a « décidé de couvrir ses cheveux avec un voile, comme le font certaines musulmanes » au lycée. Puis d’arborer un « vêtement plus long » à l’université. Malika est donc une musulmane orthodoxe. Mais pour Le P’tit Libé, elle est juste « musulmane ».

La jeune femme, qui argue qu’on « n’a pas le droit de dire à quelqu’un ce qu’il peut porter ou pas », témoigne avoir été « victime de discrimination » puisqu’on lui a par exemple dit, à tort en effet, qu’elle devait enlever son voile au moment de voter. « On se sent impuissant et méprisé », témoigne la jeune femme, qui estime que « c’est plus difficile de trouver du travail quand on porte le voile ».

De ces discriminations, il semble naturellement découler que Malika milite au CCIF « pour aider les musulmans victimes de discrimination ou d’attaques » et « compter les actes contre les musulmans et savoir s’ils augmentent ou pas ». Des proximités du CCIF avec les Frères musulmans, il ne sera pas question, pas plus que de la curieuse tendance de l’association à comptabiliser, comme « actes contre les musulmans », des expulsions de prédicateurs appelant au djihad ou des fermetures de mosquées salafistes… Il s’agit de faire simple - quitte à verser dans le simplisme -, pour les 8-13 ans qui lisent Le P’tit Libé.

Banalisation du voile et du sexisme

Passé ce portrait fort bienveillant, une définition du voile islamique est proposée aux enfants : celui-ci « sert à cacher les cheveux et est souvent porté comme un signe de respect envers Dieu », explique Le P’tit Libé, qui ajoute que « le fait de cacher ses cheveux existe chez les musulmans mais aussi chez les chrétiens et les juifs » et précise que « le port du voile est autorisé dans l’espace public, à condition qu’il ne cache pas le visage ». La dimension sexiste et patriarcale d’un vêtement religieux réservé aux femmes est tue, tout comme l’injonction à la « pudeur » qu’il véhicule. Tout juste est-il mentionné que « dans certains pays, [le voile] est une obligation, et certaines femmes se battent pour pouvoir l’enlever, comme en Iran ».

Le P’tit Libé en vient ensuite à des explications sur « la haine des musulmans » qui prospèrerait en France. Après une évocation de la polémique récemment provoquée par l’élu RN Julien Odoul dans un conseil régional, le journal pour enfants mentionne le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, qui a évoqué comme signe possible de radicalisation à surveiller « le fait que des garçons refusent de donner la main à des filles ». « Alors que ça n’a rien à voir, proteste le journal ! Quand on est enfant, on n’a pas toujours envie de se mélanger entre garçons et filles ». Ou comment banaliser un endoctrinement religieux sexiste - c’est le cas évoqué par le ministre - au rang de simple caprice de l’âge bête…

L’islamisme, quel islamisme ?

« Régulièrement, des hommes et femmes politiques ou même d’autres personnalités déclarent que l’islam pose problème, que les musulmans devraient être plus comme ci, moins comme ça… De nombreux musulmans pensent donc qu’ils ne sont pas acceptés dans le pays », résume le bébé canard. Qui semble avoir oublié un léger détail dans la crispation autour de l’islamisme dans le pays ces dernières années… lequel arrive finalement, mais pas là où on l’attend : la mention des attentats islamistes figure dans le chapitre consacré à l’islamophobie, pour se désoler qu’ils aient « donné au grand public l’image d’une religion menaçante, qui fait peur », comme le constate la chercheuse Nonna Mayer.

« Les terroristes disent qu’ils agissent au nom de l’islam, développe Le P’tit Libé. En réalité, ils veulent forcer les gens à penser comme eux en utilisant la violence. Ils ne représentent pas l’islam et les musulmans. Mais à cause de ça, certaines personnes associent les musulmans aux terroristes ». Le journal relève alors la « poussée des actes antimusulmans » provoquée par les attentats, constatant qu’ils « ont été plus nombreux en 2015 ». Les mêmes chiffres attestent que ces actes ont atteint en 2018 leur plus bas niveau depuis 2010, mais il n’en sera pas question dans ce dossier. Pas plus que d’une poussée de l’intégrisme dans une partie de la communauté musulmane ni d’ailleurs de la différence entre islam et islamisme…

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Le CCIF digéré pour les enfants

Le P’tit Libé se penche ensuite sur une épineuse question, objet de controverse intellectuelle et politique : celle de la définition de l’islamophobie… Là encore, le journal sert à ses jeunes lecteurs une soupe qui a dû ravir le CCIF, décrivant « une attitude négative envers les musulmans ou les personnes considérées comme étant musulmanes », soit « une forme de racisme ». « L’islamophobie s’exprime de différentes manières, écrit le journal pour enfants. Ça va des préjugés à la haine des musulmans, en passant par un discours de rejet, des insultes, des agressions ou de la discrimination. Et c’est puni par la loi, comme les autres formes de racisme ». En effet ces actes sont heureusement punis mais le terme « islamophobie », lui, ne figure dans aucun texte de loi en France, tant il est équivoque, pouvant aussi bien désigner des agressions contre les musulmans que la critique de certains aspects de l’islam. Et les tenants d’un islam politique ne sont jamais tant ravis que quand la distinction n’est pas faite entre les deux…

La liberté de critiquer les religions est tout de même rappelée, plus loin dans le dossier, qui s’attache à définir cette fois la laïcité. « La laïcité, c’est ce qui permet à chacun d’avoir une religion ou pas », simplifie Le P’tit Libé, qui confie le soin d’apporter un éclairage sur le sujet au seul Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité. Sans surprise ne s’exprime donc que la vision libérale et accommodante du principe qu’on lui connaît et ce, jusque dans le quiz proposé aux enfants en fin de numéro, où l’on insiste sur « le droit de couvrir ses cheveux avec un voile » plutôt que sur d’autres principes de la laïcité comme par exemple, l’interdiction pour les fonctionnaires en exercice de le faire.

Si rien dans ce dossier n’étonne de la part de Libé, qui développe là sa vision habituelle de ces questions, parfaitement légitime dans le débat public, le fait qu’une publication aussi idéologiquement orientée soit destinée aux 8-13 ans (et distribuée à ce titre dans de nombreux établissements scolaires) lui donne un furieux air de manuel de rééducation, pour le moins gênant.