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Tunisie : La progression islamiste continue

vendredi 15 novembre 2019, par siawi3

Source : https://www.liberation.fr/planete/2019/11/14/en-tunisie-rached-ghannouchi-agrippe-le-perchoir_1763354

ANALYSE
En Tunisie, Rached Ghannouchi agrippe le perchoir

Par Célian Macé

14 novembre 2019 à 15:36

Rached Ghannouchi, chef du parti conservateur Ennahdha qu’il dirige depuis bientôt quarante ans, a été élu au perchoir de l’Assemblée, mercredi. Photo Fethi Belaid. AFP

Le vieux leader islamiste, passé en quelques années de la clandestinité à la tête de l’Assemblée, assouvit une ambition personnelle tout en verrouillant le contrôle du Parlement, son obsession depuis la révolution.

• En Tunisie, Rached Ghannouchi agrippe le perchoir
Est-ce une nouvelle illustration du fameux « consensus tunisien » ? Mercredi, il aura suffi d’un seul tour de vote aux députés pour porter Rached Ghannouchi, 78 ans, au perchoir de l’Assemblée des représentants du peuple. Le parti musulman conservateur Ennahdha, qu’il dirige depuis bientôt quarante ans, était arrivé en tête des élections législatives du 6 octobre. Mais, avec seulement 52 des 217 sièges du Parlement, soit 16 de moins que pour la précédente législature, il est très loin de pouvoir prétendre à une majorité absolue. Le « cheikh » a donc été élu avec l’appui de la deuxième formation la plus représentée, Qalb Tounes (38 sièges), créée cette année par le publicitaire et magnat des médias Nabil Karoui, candidat malheureux du second tour de la présidentielle.

Karoui, qui fut l’un des cofondateurs de la coalition anti-islamiste Nidaa Tounes en 2012, n’a a priori aucun atome crochu avec Ennahdha. A l’annonce de ce rapprochement, qui rappelle l’alliance surprise entre le président « moderniste » Béji Caïd Essebsi, décédé cet été, et l’islamiste Rached Ghannouchi, en 2014, certains membres de sa formation ont immédiatement claqué la porte du parti. La députée de Qalb Tounes Samira Chaouachi, élue comme Ghannouchi dans la circonscription de Tunis-1, a été nommée première vice-présidente de l’Assemblée.

Revanche

« Il y a une grosse différence avec 2014 : à l’époque, le consensus avait été formé, et tenu, par deux personnalités fortes, rappelle Vincent Geisser, de l’Institut de recherche et d’études sur les mondes arabes et musulmans. Caïd Essebsi était un monstre de la politique tunisienne, qui venait de remporter les élections haut la main. Cette fois, la légitimité sociale et politique de Karoui est faible, surtout après le deuxième tour de la présidentielle où il n’a recueilli que 27 % des voix. L’alliance risque d’être fragile et surtout déséquilibrée. » Ennahda, qui a été associé au pouvoir sans discontinuer depuis 2011, année de la révolution, est aujourd’hui « le parti le mieux structuré et le plus expérimenté » de la scène politique tunisienne, rappelle l’universitaire. Une revanche pour un mouvement longtemps interdit, et dont les membres furent pourchassés sous Ben Ali.

Lui-même condamné par contumace à la prison à vie pour « complot » pendant son exil à Londres, où il séjourna pendant vingt ans, Rached Ghannouchi, l’un des penseurs de référence de l’islamisme politique, accède pour la première fois à un poste institutionnel de premier plan. « C’est un caprice de vieillesse : il reproduit le processus de non-renouvellement tant dénoncé sous l’ancien régime, estime Vincent Geisser. Pourquoi Ennahdha n’a-t-il pas choisi un jeune, ou une femme par exemple ? Ghannouchi, par son passé, est quelqu’un de clivant. » En interne, le leader islamiste, conscient que la Tunisie est désormais dotée d’un système parlementaire, a fait de l’Assemblée la priorité de son parti. En en prenant la tête, il assouvit enfin une obsession personnelle.

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Sa désignation laisse en tout cas le champ libre à la nomination d’un Premier ministre « moins marqué Ennahdha », par souci d’équilibre, juge le chercheur. Le chef de gouvernement, dont le nom doit être annoncé avant vendredi par le parti musulman conservateur, puis soumis au vote des députés, sera « islamo-compatible » sans être forcément un membre du mouvement. Depuis plusieurs années, Ennahdha, tout en contrôlant le Parlement, prend garde de ne pas apparaître en première ligne de l’exécutif afin d’éviter les critiques directes.

Décentralisation extrême

Dans cette configuration, quelle sera la marge de manœuvre du nouveau président de la République, Kaïs Saïed, simple professeur de droit dénué de parti politique, plébiscité par les Tunisiens pour son image de rigueur, de modestie et d’honnêteté ? Constitutionnellement, extrêmement limitée. Ses ambitions de réformes institutionnelles – pendant la campagne, il a plaidé pour une forme de décentralisation extrême du pouvoir – seront contrecarrées par les partis, Ennahdha en tête, très attaché au parlementarisme.

En cas de blocage persistant, Kaïs Saïed pourrait techniquement aller jusqu’à dissoudre l’Assemblée. Mais pour quel résultat ? Lui-même n’a pas de formation politique à lancer dans une élection. Et s’il venait à en créer une, il ne se distinguerait plus des chefs de partis politiciens qu’il exècre, entamant sa crédibilité. « C’est la contradiction de cette double élection [législative et présidentielle],résume Vincent Geisser. Ennahdha va tenter d’entourer Kais Saïed, de le pousser. Lui va tenter de résister. Le Président devra certainement se contenter d’actions symboliques, sur le plan international, mais aussi sur le plan social ou institutionnel. » Au risque de provoquer de nouvelles désillusions.

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